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Croissance et risque social

En dépit d’une situation sanitaire toujours préoccupante dans l’hémisphère nord, nous restons convaincus que 2021 sera une année de forte croissance mondiale. Mais il existe aujourd’hui un vrai risque social qui sera un des enjeux majeurs de l’année à venir.

La Covid 19 poursuit sa progression en Europe et aux Etats-Unis à des rythmes plus ou moins importants. Les réponses sanitaires face à cette résurgence sont plus vigoureuses en Europe avec des reconfinements et des restrictions nombreuses, alors qu’aux Etats-Unis la transition politique ne favorise pas un traitement efficace. Pourtant, les effets économiques de cette seconde vague seront sans doute moins importants qu’anticipé et à coup sûr moins forts que ceux de la première vague de mars-avril. En effet, toute la partie industrielle des économies développées poursuit son rebond initié au printemps. Le commerce international est également solide, profitant encore essentiellement à la Chine. Seuls les services restent durablement affectés et ne repartiront que lorsqu’une solution médicale sera avérée.

L’annonce de vaccins disponibles dès cette fin d’année est un motif d’espoir important et devrait permettre un retour progressif à une vie normale. La Chine, qui a vaincu la pandémie dès le printemps 2020, a retrouvé un rythme de croissance supérieur à celui de l’avant Covid grâce à une forte reprise des services. Cela donne beaucoup de perspectives aux économies toujours touchées par le virus.

La croissance mondiale en 2021 sera favorisée par certains facteurs identifiés. Tout d’abord une consommation forte, la fin de la crise sanitaire correspondant à une volonté de consommer, de voyager, de reprendre le fil d’une vie amoindrie depuis des mois… Cette consommation sera favorisée par un taux d’épargne très important aux Etats-Unis comme en Europe, qui diminuera lorsque la visibilité sera meilleure. L’investissement devrait aussi être un facteur de croissance. Les derniers indicateurs de commandes de biens d’équipement plaident pour une reprise progressive et durable de l’investissement des entreprises. Enfin, les politiques monétaires et budgétaires seront toujours très proactives en 2021, donnant une grande visibilité aux acteurs économiques. Les conséquences en termes de dettes et de déficits sont un vrai problème structurel qu’il conviendra de prendre en compte dans nos politiques de gestion à moyen terme.

Cette reprise économique annoncée en 2021 est une excellente nouvelle qui devrait contribuer à réduire chômage et précarité. Pourtant, paradoxalement, 2021 pourrait aussi être l’année des réveils sociaux difficiles. Les Etats-Unis sont aujourd’hui fracturés entre la partie conservatrice et la partie progressiste du pays. Les premiers n’ont pas digéré la défaite du président Trump que, dans leur majorité, ils contestent. Ils pourraient rendre le début de mandat du nouveau président périlleux. Réduire cette fracture, source de violence, sera le premier challenge de taille de Joe Biden.

En Europe, la cocotte-minute sociale menace d’exploser. L’exaspération des populations, le manque de confiance dans la parole politique, le rejet des élites, sont des facteurs préoccupants pour notre continent. L’Allemagne parait relativement préservée, mais la France est en première ligne. Cela devrait inciter les gouvernements à multiplier les gestes sociaux pour atténuer la colère, au détriment des grands équilibres économiques. Il n’est même pas sûr que cela fonctionne et le risque social devra être surveillé au cours des prochains mois.

La période actuelle est favorable aux actifs risqués : reprise économique, taux très bas, rebond des bénéfices des entreprises. Nous gardons nos allocations sur ces actifs mais nous poursuivons notre rééquilibrage graduel tant en termes géographiques que sectoriels. Les vents sont porteurs mais nous restons vigilants en cette fin d’année face aux risques politiques et sociaux qui pourraient marquer 202.

Emmanuel Auboyneau , Décembre 2020

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