Chine : en route vers le leadership technologique

Après plus de trente ans de rattrapage économique accéléré, la Chine est à présent engagée dans la course au leadership technologique mondial. Aujourd’hui considéré comme l’« atelier du monde », le pays aspire aussi à devenir le leader mondial de l’innovation.

Les statistiques relatives à la recherche et développement (R&D) témoignent de cette ambition. Soutenue par une forte croissance économique, la Chine devrait en effet prendre la tête de la R&D mondiale cette année, et dépasser les États-Unis pour la première fois [1]. Le pays est d’ores et déjà à la pointe de nombreux domaines, tels que l’intelligence artificielle (IA), la 5G, l’électricité à très haute tension ou le train à grande vitesse.

La poussée technologique de la Chine n’est pas vraiment nouvelle, mais la montée des tensions avec l’Occident, en particulier avec les États-Unis, a mis en lumière ce phénomène. Ces dernières années, Pékin a mis l’accent sur la nécessité de devenir moins dépendant des technologies étrangères. D’aucuns ont même théorisé ce qu’ils appellent un « découplage technologique », plaidant l’autosuffisance dans un certain nombre d’industries essentielles.

Pour autant, il convient de garder à l’esprit que l’avancée technologique de la Chine, sur fond de tensions accrues avec les États-Unis, n’ouvre pas forcément la voie à un découplage économique total, ni à une ère de démondialisation, comme l’ont affirmé certains [2].Pour le moment, les restrictions américaines imposées en 2020 sur les exportations vers la Chine concernent essentiellement quelques technologies pour lesquelles il est difficile de trouver des substituts non américains.

Dans le même temps, le principal objectif politique de la Chine est toujours d’améliorer la capacité manufacturière du pays à produire des biens et services à plus forte valeur ajoutée, et de conserver un bon moteur de croissance économique. Les décideurs reconnaissent que cela sera impossible à atteindre sans importer des technologies de pointe provenant des États-Unis, d’Europe, du Japon ou de Corée du Sud.

Figure 1 : les dix industries stratégiques selon le MIC 2025

Les ambitions technologiques de la Chine ont été formellement énoncées en 2015 dans le programme « Made in China 2025 » (MIC 2025), une feuille de route de dix ans visant à moderniser le tissu industriel du pays. Le MIC 2025 recense dix secteurs stratégiques, parmi lesquels les équipements aérospatiaux, les dispositifs médicaux ou les navires de haute technologie, dans lesquels la Chine entend exceller et s’assurer une position de leader.

Priorité sur quelques technologies sélectionnées

Ces dix secteurs stratégiques ne sont cependant pas traités de la même façon, même dans le cadre du plan MIC 2025. Depuis quelques années, Pékin concentre en effet ses efforts sur un petit nombre de technologies émergentes, notamment l’IA, les semi-conducteurs, la robotique et les véhicules à énergie nouvelle (VEN) [3], où des efforts colossaux sont déployés sur le plan humain et financier.

Figure 2 : les 20 premiers pays producteurs d’articles sur l’IA, 1997-2017

L’intelligence artificielle, par exemple, est peut-être le domaine dans lequel la Chine a atteint les résultats les plus spectaculaires, puisqu’elle en est devenue le leader mondial [4]. Ce secteur bénéficie de divers facteurs de soutien, à commencer par la taille gigantesque du marché chinois – qui a fourni au pays une occasion unique de réunir d’immenses bases de données –, ainsi qu’un contexte politique favorable.

La Chine semble par conséquent bien partie pour devenir un leader des activités reposant sur l’IA, par exemple les applications de reconnaissance vocale et visuelle. À l’échelle mondiale, les principaux prestataires de services d’IA restent les géants technologiques américains, mais les entreprises chinoises rattrapent rapidement leur retard. Le pays compte déjà, et de loin, le plus grand nombre de professionnels de l’IA au monde, avec plus de 12 000 emplois dans ce secteur en 2019, contre environ 7 500 pour les États-Unis [5].

Des progrès importants sont également réalisés dans les VEN. La Chine possède le plus grand parc de VEN en circulation, loin devant l’Europe et les États-Unis, ainsi que le plus grand réseau mondial de points de recharge de batterie. Et même si les immatriculations de VEN y ont été inférieures à celles de l’Europe l’année dernière, la Chine reste l’un des marchés les plus dynamiques, largement dominé par les constructeurs locaux.

Figure 3 : part de marché des cinq premiers fabricants de batteries

La Chine occupe également une place de leader dans divers domaines de la chaîne d’approvisionnement des VEN. C’est notamment le cas dans la production de batteries électriques, où les plus grands fabricants chinois sont devenus des leaders mondiaux, aux côtés de leurs concurrents sud-coréens et japonais. Au total, la Chine représente plus de 70 % de la capacité mondiale de fabrication de batteries [6].

Trois thèmes d’investissement

La poussée technologique de la Chine offre des opportunités dans de nombreuses industries, mais elles ne sont pas toujours faciles à trouver. Jusqu’à présent, les initiatives menées n’ont pas toutes répondu aux attentes, et la volonté politique ne suffit pas à garantir le succès. Pour autant, cela ne signifie pas qu’il n’existe aucune opportunité dans les secteurs où les résultats sont mitigés, ni que le succès d’une politique se traduira forcément par des performances attractives pour les investisseurs.

À partir de là, nous avons identifié trois grands thèmes d’investissement qui valent la peine d’être considérés : la progression continue des VEN, l’avènement de l’« industrie 4.0 » en Chine, et un accent accru sur la localisation des chaînes d’approvisionnement. Compte tenu des bonnes perspectives offertes par ces trois thématiques, nous pensons que c’est là que se trouvent les opportunités les plus intéressantes.

Jie Lu , 13 octobre

Notes

[1] Source : R&D World, avril 2021

[2] Hale, T., 27 juillet 2021, « US and China face bumpy ride as talk of decoupling intensifies », Financial Times.

[3] Les VEN sont des véhicules qui ne sont pas alimentés par des carburants classiques tels que le sans-plomb ou le diesel. Il s’agit de véhicules électriques rechargeables, soit hybrides, soit 100 % électriques.

[4] Li, D., Tong, T. W. et Xiao, Y., 18 février 2021, « Is China Emerging as the Global Leader in AI ? », Harvard Business Review.

[5] Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), février 2021, « Technology and innovation report 2021 – Catching technology waves : Innovation with equity », rapport des Nations Unies.

[6] Agence internationale de l’énergie, avril 2020, « Global EV Outlook 2021 », rapport.

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