Acheter la baisse ? Attention à ne pas trébucher

Après le plongeon de janvier, les actions bon marché sont tentantes. Quatre facteurs incluant l’inflation et l’Ukraine appellent cependant à la prudence. Les marchés peuvent rester sereins si la croissance reste supérieure à la tendance...

Après la correction de janvier, les investisseurs auraient intérêt à jouer la prudence avant de revenir sur le marché, estime le stratégiste Peter van der Welle.

Les actions américaines ont plongé de près de 10 % en raison des craintes de voir la Réserve fédérale américaine relever ses taux de manière plus agressive, dans un contexte d’inflation durablement élevée. Celle-ci ayant atteint un record de 7 %, ce sont à présent cinq hausses de taux d’intérêt (soit 1,25 % au total) qui sont attendues.

En général, une forte secousse des marchés incite les investisseurs à revenir sur le marché tant que les actions sont moins chères. La prudence est cependant de mise, car quatre obstacles pourraient empêcher la reprise du marché haussier, analyse Peter van der Welle, stratégiste au sein de l’équipe multi-actifs de Robeco.

« La principale question qui inquiète les investisseurs aujourd’hui est de savoir à quel moment acheter à la baisse », explique-t-il. C’est une question pertinente, car le repli récent des actions des marchés développés correspond peu ou prou à celui qui se produit souvent autour d’une première hausse des taux de la Fed, laquelle devrait avoir lieu en mars, selon nous.

Les reculs passés ont été de 11 % en moyenne, tandis que l’indice S&P 500 a perdu 9,8 % en janvier, ce qui est proche du creux de la vague. Néanmoins, les marchés doivent à présent faire face à quatre grands risques, qui nous incitent à rester prudents avant d’acheter la baisse dans le fonds multi-actifs. Par conséquent, cette correction n’est pas aussi facile à analyser que les précédentes.

Principal problème : l’inflation

Selon Peter van der Welle, le principal problème reste l’inflation, qui est montée en flèche après la fin des ruptures de stocks induites par les confinements et par l’augmentation des prix de l’énergie, qui ont considérablement réduit le pouvoir d’achat des entreprises et des consommateurs.

« Selon nous, le premier danger est que les risques d’inflation soient toujours orientés à la hausse dans les mois à venir, même si nous tablons sur une forte redescente après cela », explique Peter van der Welle. Les marchés financiers savent que la Fed est à présent déterminée à lutter contre l’inflation et intègrent par conséquent cinq hausses d’intérêt en 2022.

Cela pourrait créer de nouvelles turbulences, mais par la suite nous pensons que les marchés prendront conscience que l’inflation décélère, du moins dans les pans cycliques de l’économie. Si l’on examine les effets des baisses du pétrole sur le taux de base, alors l’indice des prix à la consommation (IPC) devrait encore baisser à environ 3,5 %, ce qui signifie qu’il aura diminué de moitié par rapport aux niveaux actuels, en glissement annuel.

La prime de risque d’inflation (la rémunération exigée par les investisseurs pour se protéger contre une hausse imprévue des prix) a diminué ces derniers temps. L’inflation a été l’une des principales préoccupations l’année dernière, mais ce signal envoyé par les marchés obligataires nous indique que le marché peut y faire face.

Le rôle clé des consommateurs

Le deuxième risque est celui d’une décélération de la demande de biens durables (appareils électroménagers, voitures, etc.) lorsque la pandémie prendra fin et que le secteur des services redémarrera.

« La consommation de biens durables a explosé durant les confinements des 18 derniers mois : les gens ne pouvant plus sortir au restaurant, ils se sont rabattus sur l’achat de biens durables », indique Peter van der Welle.

Cette tendance devrait diminuer une fois que le variant Omicron aura disparu et que les économies rouvriront complètement. Cette moindre consommation de biens pourrait se traduire par une baisse des indicateurs manufacturiers tels que l’ISM et accroître le risque de peur sur la croissance, en particulier si l’ISM devait passer sous la barre des 55 (un indice supérieur à 50 est un signe de croissance).

La prévision de croissance du PIB réel pour 2022 (3,8 % selon le consensus) correspond à un ISM d’environ 56. Un recul sous ce niveau pourrait être une mauvaise surprise pour les marchés. Mais toute période de peur sur la croissance pourrait être de courte de durée car un rebond de l’activité de services devrait maintenir la croissance au-dessus de la tendance. Il s’agit donc d’un risque que les marchés pourront dépasser.

La roulette russe

Viennent ensuite les tensions actuelles entre la Russie et l’Ukraine, mais les investisseurs feraient mieux de regarder la valeur des credit default swaps (CDS) plutôt que les 100 000 soldats russes massés à la frontière ukrainienne, déplore Peter van der Welle.

« À l’heure actuelle, les spreads des CDS russes ne représentent qu’un tiers des niveaux observés durant le pic de la crise de 2014, lorsque le pays avait annexé la Crimée », poursuit-il. À l’époque, ces spreads étaient d’environ 600 points de base, contre 201 aujourd’hui. Nous pouvons par conséquent affirmer de manière assez sûre que ce risque est sous-évalué.

Une fois rentré des Jeux olympiques de Pékin, Vladimir Poutine pourrait essayer de conquérir le Donbass, région très convoitée de l’Est de l’Ukraine, mais cette grande ambition se heurte à des contraintes compte tenu des mesures de représailles imposées par les pays de l’Occident. Ce qu’il faut en retenir, c’est qu’un pays dont l’une des frontières est contestée a très peu de chance de devenir un membre de l’OTAN. Donc tout cela pourrait être de courte durée.

La crise ne devrait donc pas créer de nouveau marché baissier, bien qu’elle puisse pousser le cours du pétrole au-delà de la barre symbolique des 100 dollars le baril, contre 89 actuellement. Mais dans l’ensemble, ce risque semble gérable.

Une Fed moins indulgente

Le quatrième et dernier risque est plus sérieux, pas si facile à gérer et nous ramène à ce qui a provoqué la correction du mois de janvier : une Fed moins favorable aux marchés. Relever les taux est une chose, le resserrement quantitatif en est une autre.

Les multiples des marchés actions pourraient diminuer parallèlement à une réduction du bilan de la Fed, et inverser le processus observé durant l’assouplissement quantitatif, prévient Peter van der Welle.

La valorisation du marché actions américain reste historiquement élevée lorsqu’on examine le traditionnel ratio cours/bénéfice du S&P 500. Les multiples ont tous chuté lorsque le marché s’est replié en janvier, mais ce ratio reste encore supérieur de 30 % à sa moyenne historique sur 40 ans.

La grande question est de savoir si la Fed devient réellement moins favorable au marché, ce qui reste à voir. Si les risques d’inflation décélèrent, les prévisions de la Fed pourraient devenir moins agressives au deuxième ou troisième trimestre, ce qui pourrait également entraîner de nouvelles hausses des taux d’intérêt.

Toujours optimistes sur les actions

Tant que les taux de croissance dans les pays développés resteront supérieurs à la tendance (et c’est notre scénario central), nous pensons que les marchés actions pourront gérer une nouvelle augmentation des taux d’intérêt de manière sereine.

Bien qu’il ne soit pas aussi facile d’acheter la baisse que ces dernières années, cette correction ne présage pas la fin du marché haussier pour les actions, et ne signale pas non plus la fin du scénario TINA (there is no alternative).

Les indicateurs de valorisation relative actuels tels que la prime de risque sur les actions nous incitent à la prudence, en raison de la montée du risque baissier, même si l’histoire montre qu’en général, les actions continuent de surperformer les obligations à ces niveaux. Nous restons optimistes concernant les actions dans les 12 prochains mois et conservons une légère surpondération dans le portefeuille multi-actifs.

Peter van der Welle , 17 février

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