2012, croissance pour la Chine et tensions sur les marchés des matières premières agricoles… ?

Hélène Morin, responsable développement et relations internationales chez Agritel, explique le tournant stratégique que prend actuellement l’agriculture chinoise et ses conséquences sur la demande de certains produits agricoles…

Le 23 janvier, la Chine célèbre une nouvelle année sous le signe du dragon, symbole de vie et de croissance…..
Avec 1,3 milliards d’habitants, l’empire du milieu nourrit des ambitions de développement impactant le secteur agricole, avec des échanges de plus en plus volumineux de matières premières (soja, blé, maïs, …) et de produits alimentaires transformés (produits laitiers, vin, concentré de protéine, viande…).

Pour les Chinois, l’enjeu de la sécurité d’approvisionnement passe par le développement et la diversification des importations. Dans ce contexte, l’Europe, qui bénéficie d’un large crédit auprès des consommateurs chinois, pourrait également tirer parti des volontés des opérateurs d’investir directement dans les structures de production à l’étranger.

C’est aussi dans ce contexte qu’Agritel, cabinet de conseil spécialisé dans la volatilité des matières premières agricoles, développe ses activités en Chine en 2012. Notre objectif principal est d’appréhender les impacts de la Chine sur les marchés mondiaux et faciliter ainsi les échanges import/export.

L’agriculture chinoise subit actuellement un tournant stratégique, que tous les opérateurs ne perçoivent pas forcément. Fortement subventionnée depuis 2004, elle doit faire face à l’accroissement des besoins de sa population, chamboulant l’équilibre des échanges internationaux sur les marchés des matières premières agricoles.

La Chine multiplie ses efforts pour conserver son autosuffisance. Elle y parvient toujours avec le blé, mais plus pour le maïs.

En oléagineux, la Chine a déjà renversé l’équilibre du marché du soja avec des importations qui ont triplé depuis 2004, pour atteindre aujourd’hui 60% des échanges mondiaux.
En blé, elle disposerait de 60 Mt de réserves stratégiques, un chiffre fulgurant qui équivaut à la moitié de sa production annuelle et surtout… à 30% des réserves mondiales ! En blé fourrager, l’importation de produits australiens en 2011 souligne la demande forte en élevage, déjà à la limite de l’autosuffisance.

En maïs, le marché chinois est à un réel tournant d’autant plus crucial qu’il est mal évalué par de nombreux opérateurs, comme on l’a constaté récemment dans le dernier rapport USDA.
Dans ce rapport, les importations chinoises sur la campagne 2011/12 sont estimées à seulement 4 Mt alors qu’elles devraient dépasser les 6 Mt.
Ces volumes restent certes minimes par rapport au commerce global de maïs de 92 Mt, mais leur progression rapide de 2 Mt annuelle devra être surveillée avec attention. En effet, malgré son rang de 2ème producteur derrière les Etats-Unis, la Chine devient un importateur net de maïs dans un marché où les stocks mondiaux sont déjà très tendus, n’excédant pas un mois et demi de consommation. Alors quels indicateurs observer en 2012 ?

L’urbanisation et la démographie constituent les deux maîtres mots de cette croissance chinoise :
- Le contrôle de la croissance démographique est remis en cause : en cas de maintien de cette politique, un plafonnement à 1,4 milliards d’habitants est envisageable à l’horizon 2020. Mais le secteur industriel fait pression pour la lever : les besoins de main d’œuvre augmentent dans le pays. Le gouvernement chinois réfléchit actuellement à un assouplissement de la politique de l’enfant unique.
- Entre 2000 et 2010, le taux d’urbanisation s’est déjà accru de 35% à 50%. L’objectif du plan quinquennal en vigueur est de faire culminer ce taux à 70% en 2030 et là cet objectif devient un risque de poussée démographique vertigineuse dans les mégalopoles chinoises. Pour exemple, Shanghai compte aujourd’hui 24 millions d’habitants et en cible 50 millions pour 2040, l’équivalent de la population de l’Espagne !

Cette tornade démographique nécessitera de nouveaux développements des secteurs agricoles et agroalimentaires qui devront répondre à l’augmentation de la demande en produits à plus forte valeur ajoutée, impactant directement le marché des commodités sur le plan mondial.

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