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Yasmine de Bray : « Nous avons lancé le fonds CPR Invest - Social Impact, premier fonds d’actions au monde à placer la réduction des inégalités au cœur de son processus d’investissement »

Entretien avec Yasmine de Bray, gérante du fonds CPR Invest - Social Impact, qui explique comment CPR AM a transformé le problème séculaire de la réduction des inégalités en thème d’investissement.

Next-Finance : Lorsqu’on évoque le thème de la réduction des inégalités au niveau mondial, on ne l’associe pas nécessairement avec une stratégie d’investissement. Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a amené à transformer ce problème séculaire en thème d’investissement ?

Yasmine de Bray : Le creusement des inégalités sociales dans le monde entier au cours des dernières décennies est l’un des phénomènes majeurs qui accompagne la mondialisation. Il s’est d’ailleurs accéléré ces dernières années comme l’ont montré le phénomène des Gilets jaunes en France et la multiplication des revendications sociales à travers le monde (Chili, Equateur, Liban…). La crise sanitaire du coronavirus n’a fait qu’accentuer et mettre en lumière ce phénomène dans des domaines tels que le digital, l’éducation ou encore la vulnérabilité des emplois les plus précaires.

Un chiffre résume à lui seul l’ampleur des inégalités économiques : les 1% les plus riches détiennent la moitié du patrimoine mondial.
Heureusement cette prise de conscience ne se fait pas seulement dans les rues, dans les urnes ou au niveau des ONG. Les pouvoirs publics commencent à réagir en prenant des mesures incitatives. Et les entreprises elles-aussi ont compris récemment qu’elles avaient un rôle à jouer ; elles commencent à s’interroger sur leur mission pour la société et agir. C’est pour cela que nous pouvons transformer le sujet des inégalités en thème d’investissement. En décembre dernier, nous avons ainsi lancé le fonds CPR Invest - Social Impact, premier fonds d’actions au monde à placer la réduction des inégalités au cœur de son processus d’investissement. Il vise la performance financière en intégrant pleinement la dimension sociale, ce qui permet à nos investisseurs de donner du sens à leur investissement.
Notre rôle en tant que gestionnaire d’actifs est d’encourager les entreprises les plus vertueuses en finançant celles qui, par leurs pratiques, contribuent au progrès social dans leur pays.

Notre rôle en tant que gestionnaire d’actifs est d’encourager les entreprises les plus vertueuses en finançant celles qui, par leurs pratiques, contribuent au progrès social dans leur pays…
Yasmine de Bray, gérante du fonds CPR Invest Social Impact

Quels sont les critères d’investissement retenus et quelle est votre politique de gestion ? Quel est votre univers d’investissement et combien de titres sont sélectionnés au final dans votre portefeuille ?

Partant du constat que les inégalités s’établissent et se reproduisent au croisement de plusieurs facteurs, il s’agit tout d’abord d’apprécier le niveau d’inégalités dans un pays au regard de cinq piliers : Le Travail & Le Revenu (par exemple, existence d’un salaire minimum), La Santé & L’Education (par exemple, part des dépenses d’éducation dans le PIB), La Diversité (par exemple, existence et efficacité des dispositifs juridiques de lutte contre les discriminations), La Fiscalité (par exemple, progressivité du système fiscal) et Les Droits humains (par exemple, accès aux biens de base).

L’objectif est ensuite, au sein de l’univers d’actions mondiales du MSCI World All Countries, de définir un univers d’investissement qui rassemble les entreprises les plus vertueuses selon leur participation à l’effort de réduction des inégalités dans leur pays d’origine.

Pour ce faire des critères d’évaluation spécifiques pour les entreprises sont retenus autour des cinq piliers précités, tels que les écarts de rémunération observés dans chacune d’elles, les conditions de travail, la formation des salariés, leur participation aux finances publiques, ou la diversité. Une note est alors attribuée à chaque entreprise synthétisant ces différents critères. Elle est revue annuellement, prenant en compte les progrès accomplis ou le recul constaté.

Sont alors systématiquement exclues de l’univers d’investissement 50% des entreprises les plus mal notées, ainsi que toutes celles qui sont moins bien notées que le pays où est implanté leur siège social, et qui participent donc relativement moins à la réduction des inégalités. Les entreprises figurant parmi les 10% les moins bien notées par pilier sont également exclues.

Enfin, cet univers d’investissement est passé au crible de la méthodologie ESG de CPR AM. Au filtre des controverses moyennes ou élevées s’ajoute l’exclusion des entreprises affichant des résultats insuffisants à la fois sur la note globale ESG et sur l’ensemble des critères sociaux (S) sous-jacents.

Au total, ce sont approximativement 1 100 valeurs qui composent l’univers d’investissement éligible du fonds, soit environ 1/3 des titres du MSCI World All Countries.

Le processus de gestion combine analyse fondamentale approfondie et gestion du risque. Le portefeuille final de CPR Invest -Social Impact compte environ 80 valeurs.

La crise sanitaire aura sans doute un impact sur la capacité des sociétés à investir, sur leur capacité à intégrer les facteurs ESG mais aussi sur le niveau de chômage au niveau mondial, voire même sur la hausse des inégalités dans le monde. Comment seront affectées les sociétés de votre portefeuille ? Ne risquent-elles pas de prendre du retard au regard des objectifs assignés ?

A mon sens, les sociétés présentes dans notre portefeuille ne risquent pas de prendre du retard au regard des objectifs assignés. En effet, par leurs pratiques, elles sont en avance sur toutes ces problématiques, notamment au regard des réglementations potentielles qui devraient être amenées à voir le jour à la suite de la crise du coronavirus.

Tout comme la dimension environnementale ces dernières années, la dimension sociale de l’investissement responsable devrait gagner du terrain, car la grave perturbation économique liée à la pandémie de Covid-19 a rendu les inégalités sociales encore plus évidentes qu’elles ne l’étaient déjà et les a même élargies. Les entreprises qui affichent des inconduites sociales et une mauvaise sensibilisation aux problèmes sociaux peuvent être confrontées à un risque réglementaire, politique et de réputation plus important, qui est plus susceptible de se matérialiser de nos jours dans les évaluations financières.

Les entreprises qui affichent des inconduites sociales et une mauvaise sensibilisation aux problèmes sociaux peuvent être confrontées à un risque réglementaire, politique et de réputation plus important, qui est plus susceptible de se matérialiser de nos jours dans les évaluations financières…
Yasmine de Bray, gérante du fonds CPR Invest Social Impact

Au lancement de votre fonds, quelle a été la réaction des investisseurs lorsque vous leur avez présenté cette thématique ? Pensez-vous que la crise sanitaire actuelle va renforcer l’intérêt des investisseurs pour les fonds à impact social ?

Au moment du lancement de CPR Invest - Social Impact, les investisseurs ont manifesté un grand intérêt pour notre thématique et nous ont posé beaucoup de questions sur ce sujet. Soit à cause des dispositions réglementaires de certains pays qui doivent justifier la manière dont ils intègrent les critères sociaux et environnementaux dans leurs investissements, soit parce qu’ils cherchent à prendre en compte et à tenter d’atténuer les risques sociaux qui sont bien plus susceptibles de se matérialiser de nos jours dans les évaluations financières.

CPR Invest-Social Impact est une bonne solution pour agir sur les inégalités à travers nos investissements. Le fonds est géré de manière active et peut faire de l’engagement auprès des entreprises dans lequel il investit. Avec la crise sanitaire du coronavirus, cet engouement s’est accéléré, comme du reste pour l’ensemble des fonds à impact social, car cette crise met encore davantage en lumière les inégalités.

Quels sont les encours actuels et quelles sont les ambitions de collecte à long terme ? Quelle taille maximale votre fonds est-il en capacité d’absorber ?

Nos encours actuels s’élèvent à près de 14,5 millions de dollars. En ce qui concerne la collecte, nos ambitions sont grandes sur nos différents segments de clientèles. Quoiqu’il en soit, notre capacité de gestion dépasse les 10 milliards d’euros.

La thématique « Social Impact » vise à réaliser une performance financière alignée avec une contribution positive des entreprises au grand enjeu de la réduction des inégalités au niveau mondial. Comment appréhendez-vous au mieux la performance de votre fonds ? Est-ce que les investisseurs peuvent s’exonérer d’une performance en rapport avec celles des principaux indices actions mondiaux ?

Chez CPR AM, nous pensons qu’il est possible de conjuguer performance financière et impact social. Nous avons identifié trois sources de surperformance potentielle pour les sociétés en portefeuille : tout d’abord les entreprises de l’univers ont une plus grande capacité à innover et à générer de la croissance (lorsque les entreprises sont en avance sur le plan stratégique, elles le sont aussi souvent sur le plan social), ensuite les entreprises de l’univers sont moins vulnérables à la probable mise en place de réglementation par les Etats visant à réduire les inégalités, et enfin nous misons sur notre capacité à sélectionner les bons titres.

Je vous rappelle que notre objectif est de surperformer les marchés actions internationales sur le long terme (au minimum cinq ans) en investissant dans les sociétés qui participent au progrès social et à la réduction des inégalités dans le monde. Le MSCI All Countries World est utilisé à titre de comparaison.

Notre objectif est de surperformer les marchés actions internationales sur le long terme (au minimum cinq ans) en investissant dans les sociétés qui participent au progrès social et à la réduction des inégalités dans le monde. Le MSCI All Countries World est utilisé à titre de comparaison.…
Yasmine de Bray, gérante du fonds CPR Invest Social Impact

Quelles ont été la performance et la volatilité du fonds depuis son lancement ?

Depuis son lancement le 10/12/2019, CPR Invest - Social Impact surperforme son indice de référence (MSCI World All Countries) de 2% (net – Part I € Acc au 22/05). La surperformance atteint 2,45% sur 2020, le tout avec un niveau de volatilité moindre.

Un dernier point à ajouter ?

Avec cette première mondiale, CPR AM continue d’innover au service de ses clients. Ce fonds repose sur une méthodologie transversale, fruit de deux ans de travaux de recherche pour appréhender, via une gestion active, la thématique des inégalités dans sa globalité.
Ces travaux ont mobilisé plusieurs équipes, la recherche, les équipes de gestion thématique, la stratégie, mais aussi les équipes de marketing et le top management de CPR AM.

Manifesto Social Impact - CPR AM

RF , 4 juin

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