›  Interview 

Quels sont les changements apportés au CSPP par la BCE ?

Dans le cadre de sa Revue stratégique, la BCE a pris des mesures considérables pour intégrer le changement climatique dans la conduite de la politique monétaire. Les experts de NN IP commentent les changements annoncés par la BCE à son programme d’achat d’obligations émises par les entreprises (CSPP, Corporate sector purchase program).

Quelle est l’importance de ces changements en termes de promotion et d’incitation des entreprises à agir de manière positive pour l’environnement ?

Willem Verhagen, économiste principal chez NN Investment Partners : Dans le cadre de sa Revue stratégique, la BCE a pris des mesures considérables pour intégrer le changement climatique dans la conduite de la politique monétaire. Cette démarche se justifie par le fait qu’à côté de la stabilité des prix comme objectif principal, la BCE est également tenue légalement de soutenir les politiques économiques globales de l’UE, à condition que ce soutien n’entre pas en conflit avec l’objectif de stabilité des prix. Au cours de la dernière décennie, la lutte contre le changement climatique est devenue l’un des objectifs politiques les plus importants du continent. Il existe de multiples façons d’y parvenir. Un instrument important consiste à modifier les incitations des ménages et des entreprises par le biais de taxes, de subventions, de droits d’émission, etc. Un autre instrument consiste à modifier la réglementation afin de réduire directement la pollution et les émissions de carbone. Enfin, la région se concentre sur l’investissement public vert comme moyen de galvaniser et de compléter les investissements verts privés.

Naturellement, la politique monétaire ne peut pas jouer un rôle majeur dans cet effort. Les politiques fiscales et réglementaires sont bien mieux adaptées à cet objectif, car elles peuvent être ciblées sur des industries spécifiques. Néanmoins, la politique monétaire peut jouer un rôle de soutien utile en aidant à créer et à maintenir une différence de coûts de financement entre les entreprises vertes et brunes. L’un des mécanismes dont dispose la BCE pour y parvenir consiste à orienter les achats d’obligations d’entreprises vers les entreprises vertes, ce qui permettra à ces dernières de bénéficier d’une prime de risque de crédit inférieure à celle des entreprises brunes. Un autre moyen est d’appliquer des décotes différentes pour les entreprises vertes et brunes dans les opérations de refinancement de la BCE. Compte tenu de l’important volume de liquidités fourni par la BCE au système bancaire, cela pourrait avoir un impact significatif sur la demande d’obligations vertes et brunes et ainsi augmenter l’écart entre leurs coûts d’emprunt.

Y a-t-il des perdants évidents ? Par exemple, les compagnies pétrolières seront-elles particulièrement touchées ?

Koen Straetmans, stratégiste senior Multi Asset, chez NN Investment Partners : L’UE mène la lutte mondiale contre le changement climatique et a bien avancé dans l’alignement de ses politiques climatiques sur des objectifs récemment renforcés. L’annonce des propositions de la Commission européenne à été faite ce 14 juillet. La BCE s’aligne sur ces objectifs et ces ambitions et, dans le cadre de sa Revue stratégique, a intégré les considérations relatives au changement climatique dans sa politique. Ce faisant, elle contribue à l’accélération du processus de transition énergétique. Les entreprises de combustibles fossiles éprouvent déjà des difficultés à financer de nouveaux investissements et un ajustement des achats des entreprises par la BCE pourrait accroître les coûts de financement, ce qui aurait des conséquences similaires, c’est-à-dire entraîner une diminution de l’offre. De ce point de vue, les dépenses d’investissement des entreprises de combustibles fossiles doivent rester limitées. De même, aux États-Unis, la surveillance accrue du "fracking" ou fracturation hydraulique se traduit par un faible niveau d’investissement et une offre limitée. À court terme, cela implique une pression à la hausse sur les prix des combustibles fossiles, car la reprise de la demande se heurte à une offre limitée. À moyen terme, l’offre devra être réduite pour rattraper la baisse de la demande pour les combustibles fossiles à mesure que la transition énergétique s’accélère.

Comment cela va-t-il influencer la façon dont les investisseurs comme vous abordent leurs avoirs en obligations et leurs futurs investissements ?

Fouad Mehadi, stratégiste senior Fixed Income chez NN Investment Partners : Il est clair que cela incitera les entreprises à accroître leur empreinte ESG si elles veulent s’assurer que leurs obligations sont perçues comme attrayantes par les investisseurs. L’ESG est et sera de plus en plus un facteur important de perception du risque de crédit. Avec la BCE qui concentre ses achats d’actifs sur les obligations vertes, nous pourrions même voir ces obligations se négocier avec une prime par rapport à leurs homologues non vertes. Mais nous devons disposer de davantage de détails sur la nouvelle stratégie pour pouvoir être certain de cette conclusion, car cela touche également au principe de neutralité du marché dans les achats d’actifs.

Next Finance , 19 juillet

Partager
Envoyer par courriel Email
Viadeo Viadeo

Focus

Interview Eric Dubos : « Nous nous engageons à détenir 8% d’investissements responsables au sein de la poche obligataire dont au moins 80% en obligations vertes »

Selon Eric Dubos, Directeur Financier et membre du COMEX de MACSF, avec des taux négatifs sur une bonne partie de la courbe des taux, la recherche de rendement pousse les investisseurs à rallonger la duration des (...)

© Next Finance 2006 - 2021 - Tous droits réservés