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Bruno Servant & François Garreau : « Le changement climatique et ses conséquences constituent un défi considérable pour l’assurance et son business model »

Selon Bruno Servant, Directeur des investissements et François Garreau, Responsable de la Mission RSE chez Generali France, les assureurs doivent prendre des positions stratégiques pour gérer les risques en cohérence avec l’horizon long terme de leurs engagements.

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Next Finance : En 2018, Generali a annoncé la fin progressive des investissements dans les activités liées au secteur du charbon, pourquoi ?

François Garreau : Le changement climatique et ses conséquences constituent un défi considérable pour l’assurance et son business model. En tant qu’investisseurs institutionnels, les assureurs doivent prendre des positions stratégiques pour gérer les risques en cohérence avec l’horizon long terme de leurs engagements. Generali n’investira plus dans les entreprises dont 30% du chiffre d’affaire provient du charbon ; les entreprises dont 30% de l’énergie produite est issue du charbon ; les entreprises minières produisant plus de 20M de tonnes de charbon par an ; les entreprises identifiées dans le Top 120 des centrales à charbon d’Urgewald.

Vous étiez exposé à pratiquement 2 milliards d’euros à ce secteur en début 2018. A quelle hauteur se situe votre exposition au Charbon aujourd’hui ?

Bruno Servant : Le Groupe avait réduit son exposition de 310M€ à fin Q3 2018. La France a baissé son exposition charbon de 90M€ en 2018. Nous sommes alignés avec la Trajectoire 2°C sur le secteur du charbon.

Y a-t-il d’autres secteurs dans lesquels vous souhaitez arrêter d’investir ?

Bruno Servant : Nous appliquons un filtre éthique incontournable pour tous nos investissements en direct (armes controversées, charbon et dégâts environnementaux, violation des droits de l’homme et corruption). Sur les autres sujets, nous souhaitons parallèlement développer le dialogue avec les émetteurs pour contribuer à une transition juste et créatrice de valeur.

Pour certains de vos confrères assureurs, un monde qui se réchaufferait de plus de 4 degrés n’est pas assurable. Etes-vous également de cet avis ? Les assureurs ne devraient-ils pas être à l’avant-garde en matière d’investissement bas carbone ?

François Garreau : La question de l’assurabilité se pose et se posera de plus en plus si le réchauffement n’est pas contenu. Ayant ceci en tête, notre stratégie d’investissement et nos activités d’engagement actionnarial auprès des émetteurs tendent à la convergence vers une société bas-carbone et une « transition juste », qui offre un soutien et inclut aussi ceux qui pourraient être impactés par cette mutation. En tant qu’assureurs, et pour lutter contre le risque de non assurabilité, nous avons un rôle important à jouer pour accroître la résilience et l’adaptation de nos clients au changement climatique. Par exemple via un programme de prévention et un soutien apporté aux PME pour développer durablement leur activité, comme nous l’avons fait au travers du programme Generali Performance Global.

Notre stratégie d’investissement et nos activités d’engagement actionnarial auprès des émetteurs tendent à la convergence vers une société bas-carbone et une « transition juste »...
François Garreau, Responsable de la Mission, Generali France

Allez-vous modifier la composition de votre actif général pour augmenter la proportion d’actifs verts et éventuellement aussi réduire l’empreinte carbone de votre portefeuille ?

Bruno Servant : Oui, plus d’actifs verts, moins de titres carbonés, plus d’infrastructures. Notre politique de gestion immobilière s’inscrit aussi dans une démarche de développement durable depuis les années 2000 : toutes certifications confondues, plus de 61% des surfaces locatives de bureaux gérées par Generali Real Estate sont certifiés. GRE est membre fondateur de CIRCOLAB, qui œuvre en faveur de la réutilisation des matériaux issus de la déconstruction.

Etes-vous en mesure aujourd’hui de calculer l’empreinte carbone de votre portefeuille ? Si oui, de quelle façon ?

Bruno Servant : Nous faisons calculer l’empreinte carbone des portefeuilles actions cotées et obligations de Generali France depuis 2 ans par un spécialiste externe. Nous retenons l’indicateur d’intensité carbone moyenne pondérée mesurée en tonne équivalente CO2 par chiffre d’affaire ou PIB (émissions directes et indirectes des fournisseurs de premier rang). Il permettra de mesurer dans le temps l’impact de notre stratégie de décarbonisation. Nous prévoyons d’élargir cette mesure à nos actifs immobiliers en 2019.

Quelles classes d’actifs suscitent le plus d’intérêt chez vous ? Les Green Bonds ? Les Actifs réels verts (Infrastructures) ?

Bruno Servant : Ces deux classes d’actifs font l’objet d’objectifs chiffrés au niveau Groupe. Les actifs obligataires représentent la majeure partie des encours des assureurs, donc en premier lieu nous augmentons significativement les encours des Green bonds. Pour la France nous avons investi plus de 240M€ en 2018, pour un encours de 620M€. Pour le Groupe cela représente sur 2018 un investissement net de 1.2 Md€ en Green bonds et 200M€ en dette infrastructure, avec un objectif de 3.5 Mds à fin 2020 et 4.5 Mds à fin 2021.

Nous augmentons significativement les encours des Green bonds. Pour la France nous avons investi plus de 240M€ en 2018, pour un encours obligataire de 620M€...
Bruno Servant, Directeur des investissements, Generali France

Au niveau Epargne, allez-vous élargir la gamme de vos produits aux solutions d’investissement faisant la part belle au secteur des énergies renouvelables, aux thématiques liées à la transition énergétique, aux grands enjeux mondiaux (Eau, Démographie…) ?

François Garreau : Nous poussons les offres comme celle liée au vieillissement de la population avec SRI Ageing Population. Generali a lancé Generali Investissement Durable (GID), avec la conviction qu’un investissement durable ne doit pas se faire au détriment de la performance. GID donne accès à des solutions d’épargne diverses, adaptées à chaque profil d’investisseur. L’objectif est bien de répondre aux attentes de + de 50% des épargnants qui recherchent de l’impact et du sens.

RF , 14 février

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