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Années 1930 - Années 2010, quelle est la moins pire des périodes ?

On a souvent coutume de comparer les années 2007-2012 à la grande crise des années 1930. Les contextes sont pourtant radicalement différents

- Certains considéreront que la situation actuelle est plus rassurante. En mettant en avant une plus forte compétence des autorités économiques et monétaires en matière de conduite de la politique économique. Ceci étant à quoi cette compétence sert-elle puisque les éléments de réponse traditionnels en termes de politique économique ne suffisent pas face à une crise de confiance sans précédent vis à vis justement de ces autorités.

- D’autres plus lucides et accusés à tort d’être catastrophistes vous diront que nous sommes en face d’éléments plus déstabilisants et plus inquiétants qu’en 1929. Nous pouvons recenser 3 types d’éléments

1. Aujourd’hui malgré la mort d’une certaine structuration sur les marchés financiers, nous restons en présence d’une complexité financière souvent inutile économiquement et très mal maitrisée dans des situations de fort stress sur les marchés : valorisation quasi-impossible de certains actifs financiers et donc liquidité inexistante …

2. mondialisation et interactions fortes entre les acteurs qui créent très rapidement des risques systémiques…. Lesquels risques sont renforcés par des phénomènes de contagion et de mimétisme qui transforment une crise locale en crise globale

3. Les autorités ont fini par mettre en place des normes comptables et prudentielles pro-cycliques qui sont génératrices de nouvelles instabilités. Exemple, les variations excessives du prix de certains actifs déstabilisent l’économie via des effets richesse. N’en déplaise aux normes IFRS, il serait peut-être plus sain de renoncer purement et simplement au mark to market pour certains supports de marché et pour certains acteurs des marchés. Autre illustratione, certaines évolutions réglementaires peuvent déclencher des bulles sur le prix de certains actifs financiers [1] et créer les conditions de nouvelles crises de solvabilité (latente ou réelle) chez certains acteurs lorsque ces bulles éclateront et que les prix d’actifs financiers surévalués se retournent violemment

La crise actuelle est donc autrement plus complexe qu’en 1929. Malgré l’accalmie de ces dernières semaine pour toute une série de bonnes et mauvaises raisons, la gestion optimale de cette crise par les états , banques centrales et institutions financières consistera pendant encore longtemps ( ??) à éloigner les risques de crise de liquidité bancaire sans dégrader la solvabilité ou –exercice symétrique à éloigner les risques de crise de solvabilité sans dégrader la situation de liquidité

En 1930, nous avions les risques déflationnistes avec toutes les conséquences désastreuses sur le plan social et économique que nous avons connu mais nous ne connaissions pas le risque systémique
Mory Doré

Pas toujours simple en effet : en vendant des actifs en perte, vous récupérez de la liquidité mais vous dégradez votre solvabilité (les pertes impactent négativement le niveau de vos fonds propres) ; si vous ne vendez pas pour ne pas dégrader vos ratios de solvabilité, vous devez aller chercher de la liquidité de marché ou clientèle et donc vous refinancer dans des conditions de plus en plus difficiles renforçant les risques de crise de liquidité.

En 1930, nous avions les risques déflationnistes avec toutes les conséquences désastreuses sur le plan social et économique que nous avons connu mais nous ne connaissions pas le risque systémique Dans les années 2010, si le risque déflationniste doit être évacué (le risque de demain sera inflationniste), nous vivons en permanence avec ce risque systémique et d’instabilité financière mondiale. Au jeu des comparaisons, je ne suis pas sur qu’intellectuellement il soit judicieux de comparer une période à une autre. Et émotionnellement, je ne suis pas sûr de préférer une période à une autre.

Mory Doré , Novembre 2012

Notes

[1] aujourd’hui le prix de certains emprunts d’état avec la mise en place des nouveaux ratios de liquidité Bale 3

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