Le retour des gros bonus dans les banques britanniques

Ces derniers jours ont permis d’en savoir plus sur le réel état de santé des banques britanniques en 2009, qui ont levé quelque 50 milliards de livres (54,9 milliards d’euros) depuis le début de l’année.

Avec d’un côté Barclays, qui a pu se passer de l’aide de l’Etat, et qui va dégager des profits record de plus de 10 milliards de livres (11 milliards d’euros). Deux ans après avoir touché 20 millions de livres de bonus (exercice 2007), son président Bob Diamond va de nouveau toucher un pactole, tout comme Jerry del Missier et Rich Ricci, les deux dirigeants de Barclays Capital. Barclays a directement profité de la crise en acquérant les meilleurs actifs de Lehman Brothers, l’automne dernier.

De l’autre côté de l’échiquier bancaire britannique : Royal Bank of Scotland. Destin de crise inversé, puisque la banque a été au cœur de tous les scandales avec les primes de départ colossales accordées à son ancien CEO Fred Goodwin (18 millions de livres), et a dû être nationalisée à hauteur de 70% en début d’année.

Cela n’empêchera pas RBS de distribuer cette année à son personnel de la branche banque d’affaires une rémunération globale de 4 milliards de livres (4.4 milliards d’euros).

L’annonce de ces résultats a mis Gordon Brown dans une colère rouge, il a d’ailleurs dans un premier temps annoncé un "raid fiscal" sur les bénéfices des banques, dans le cadre du pré-budget 2010, qui sera probablement le dernier des Travaillistes (élection générales en mai, avec une large défaite annoncée face aux Tories).

Puis il a dû se raviser sur les conseils de juristes, qui ont estimé qu’une législation de ce type sur les bonus constituerait un véritable champ de mines. A six mois des élections, et à quelques semaines du pré-budget, cette mesure a tout simplement été jugé irréaliste par les conseillers de Brown.

Le précédent impôt de ce type avait été mis en place en 1981, sous Margaret Thatcher, un autre avait vu le jour seize ans plus tard sur les matières premières, au tout début de l’ère Tony Blair.

Les banques présentes sur le territoire britannique ont récemment signé un accord de principe sur les bonus, mais aucun plafond n’est prévu. Elles se sont à cette occasion plaint d’avoir subi des pressions de la part du gouvernement pour signer un accord de limitation des bonus. Lord Myners, le ministre de la City, a ainsi présenté à la presse un accord que les banques concernées (Bank of America Merrill Lynch, Citigroup, Credit Suisse, Goldman Sachs, JPMorgan, Morgan Stanley, Nomura et UBS, entre autres) décrivent comme un "coup politique", tout en relevant les menaces dont elles auraient été l’objet à l’occasion d’une réunion particulièrement tumultueuse.

La banque d’affaires à Londres est en fait en voie d’atomisation et de profond renouvellement, sur le modèle de plus en plus utilisé des hedge funds, avec une possibilité de fixer des bonus sans restriction.

Johann Harscoët , Octobre 2009

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