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Le climat, le jour d’après ?

Si la pandémie du Covid-19 provoque une réduction massive à court terme des émissions de CO2 et une protection accrue pour les animaux sauvages – tout le monde a en tête les images de la chorégraphie des dauphins dans le port de Cagliari – qu’en sera-t-il de la sortie de crise ?

Plusieurs événements majeurs étaient prévus en 2020. La 15ème Conférence des parties de la Convention des NationsUnies sur la diversité biologique, prévue fin octobre à Kunming en Chine, a été officiellement reportée à 2021. Le but de ce rendez-vous était d’aboutir à l’adoption d’un plan d’action mondial pour sauvegarder l’ensemble des écosystèmes. A Glasgow, en Ecosse, doit se tenir en novembre 2020 la 26ème Conférence mondiale des Nations-Unies sur le climat (COP26), considérée comme un cap crucial pour le respect de l’Accord de Paris signé en 2015. Les Etats doivent tous apporter de nouveaux plans climatiques plus ambitieux. Mais les réunions physiques préparatoires ont été annulées et le calendrier en sera assurément bouleversé. La République tchèque a d’ores et déjà demandé l’abandon du Green Deal européen – dont l’objectif principal est l’arrêt des émissions nettes de gaz à effet de serre en 2050 – pour mieux se concentrer sur le Coronavirus, tandis que la Pologne veut suspendre le marché européen du carbone pour permettre de dégager de l’argent afin d’aider les entreprises et les citoyens. Aux Etats-Unis, la bien mal nommée Environmental Protection Agency (EPA) a assoupli les règles portant sur la protection de l’eau et de l’air en autorisant dorénavant les entreprises à ne pas respecter les règles limitant les rejets polluants dans l’atmosphère et dans l’eau.

Les entreprises ne sont également pas en reste. Par exemple, les compagnies aériennes, durement touchées, veulent lever le pied sur leurs objectifs climatiques. « Compte tenu de l’épidémie de Coronavirus, nous demandons aux gouvernements de suspendre l’introduction de nouvelles taxes sur les vols » a déclaré Benjamin Smith, directeur général d’Air France-KLM. Par ailleurs, le prix du baril de pétrole étant passé sous la barre des 30 dollars, certains gouvernements prévoient dès à présent des plans de relance de leur industrie fossile. Le Canada a déjà annoncé un soutien massif aux secteurs pétrolier et gazier, de même que les États-Unis, où l’industrie de la fracturation pourrait être un bénéficiaire majeur du plan de sauvetage colossal des entreprises annoncé par l’administration Trump. En France, les parapétroliers comme Vallourec ou Technip sont les premiers touchés par cette crise. « La puissance publique, qui va être appelée au secours, va-t-elle maintenir à bout de bras ces entreprises qui ont fait le choix de ne dépendre que du pétrole ou va-t-elle utiliser les moyens de pression dont elle dispose pour les pousser à se transformer et à construire des plans de transition justes et durables ?  » interpelle Cécile Marchand des Amis de la Terre.

Pour l’eurodéputé Pascal Canfin, la crise du Coronavirus constitue « un test pour la souveraineté et la solidarité européenne. Après le pic de la crise, lorsqu’il faudra accélérer la reprise économique, nous serons à la croisée des chemins : tout investissement dans les infrastructures, dans le secteur du bâtiment ou de la construction automobile, devra être cohérent avec la question climatique. Nous avons la possibilité de faire de cette crise une opportunité pour le climat, saisissons-la. »

La crise du Coronavirus a heureusement montré que les dogmes économiques pouvaient être, au moins momentanément, bafoués par les autorités monétaires et les gouvernements pour privilégier la santé de l’espèce humaine. Mais si cette crise constitue une terrible opportunité pour changer radicalement notre société et lutter efficacement contre le changement climatique, les remèdes à mettre en place ne peuvent pas être identiques. Comme l’énonce François Gemenne, chercheur en sciences politiques, « le changement climatique n’est pas une crise temporaire et implique des transformations en profondeur et irréversibles. » Alors que le Coronavirus a des conséquences immédiatement tangibles pour tous les habitants de notre planète, le changement climatique nécessite de déployer une solidarité à l’échelle planétaire dans la durée. Si ses conséquences néfastes sur la biodiversité et les catastrophes naturelles sont de plus en plus comprises, la réalité d’une planète invivable apparait encore comme très éloignée pour la plupart des terriens…

François Lett , 7 avril

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