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La hausse du marché actions est-elle menacée ?

Selon Keith Wade, économiste en chef chez Schroders, les marchés d’actions ont récemment corrigé à la baisse, conduisant de nombreux stratégistes à s’interroger sur le devenir à long terme de cette classe d’actifs. Toutefois, Keith Wade reste positif sur les actions et pense qu’elles sont encore en mesure de générer une prime de risque attractive pour les investisseurs.

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Un changement a été observé dans la correlation entre les indices actions mondiaux et les rendements des obligations souveraines, ces marchés ayant récemment évolué de façon divergente, contrairement au passé. Certains spécialistes voient cela comme une “lutte” entre les marchés actions et les marchés obligataires : la baisse des rendements obligataires étant souvent associée à des prévisions de croissance plus faible, ce qui mauvais pour les résultats des entreprises et donc le prix des actions. Depuis que les prévisions de croissance mondiale ont été revu à la baisse cette année, l’argument est de dire que les actions vont bientôt commencer à suivre la baisse des rendements obligataires, la corrélation entre ces deux marchés devenant à nouveau positive.

Si les marchés obligataires anticipent correctement l’activité économique mondiale, nous devons garder à l’esprit que les marchés boursiers devraient bénéficier des anticipations de taux d’intérêt plus faibles. En effet, le cours des actions reflètent la valeur actualisée des profits futurs, cette valeur augmentant avec un taux d’actualisation plus faible, à mesure que les rendements obligataires diminuent. La question de savoir, si ce sont les actions ou bien les obligations qui sont aujourd’hui dans le vrai, est beaucoup plus nuancée d’un simple jugement sur la croissance économique. Les investisseurs actions peuvent bien estimer que les perspectives de croissance mondiale et de résultats des entreprises sont modérées, en revanche ils les voient comme une classe d’actifs attrayante, étant donné la faiblesse du taux d’actualisation, compte tenu du maigre rendement offert actuellement par les obligations.

Nos prévisions de rendement à 7 ans montrent des actions affichant un rendement inférieur à 10%, mais surperformant la rentabilité des liquidités et des obligations. Selon nos estimations, sur cette base, les rendements absolus ne peuvent pas être aussi élevés que dans le passé, mais les marchés boursiers mondiaux offrent toujours une prime de risque sur les obligations. Il est clair, que cette prime de risque (qui varie de 1% à 6% selon le marché) est trop faible pour compenser les risques associés aux actions, mais de nombreux investisseurs ont été réticents à couper leur exposition pour plusieurs raisons.

La première raison est TINA « There Is No Alternative » : à savoir il n’existe pas d’alternative, les obligations et les liquidités n’étant tout simplement pas en mesure d’atteindre les objectifs de rendement des épargnants. Les investisseurs n’ont pas d’autre choix que d’accepter un risque plus élevé s’ils souhaitent répondre à leurs besoins de revenus futurs.

Un autre facteur important de soutien aux marchés actions est le fait que les responsables politiques se sont engagés à tout mettre en oeuvre pour faire repartir l’économie. La relance de la croissance économique ainsi que la réduction du chômage sont leurs priorités. Par conséquent, dans le débat sur la durabilité de la croissance et les bénéfices des entreprises, on a le sentiment que les banques centrales vont réagir face à la faiblesse économique, comme vient de le faire la Banque Centrale Européenne (BCE).

Cependant, l’utilisation d’orientations prospectives ou “forward guidances” de la part de la banque centrale a par exemple conduit à une sorte d’assurance contre la baisse des actions, connue sous le nom de “Draghi put". Lorsque ce phénomène se conjugue à un apport massif de liquidités, cela a pour conséquence de supprimer la volatilité, en créant un environnement où les investisseurs sont prêts à accepter des rendements moins élevés tout en prenant plus de risques.

Bien sûr, ce processus est dangereux car il peut conduire à la création de bulles sur le prix des actifs, ce qui a déjà été le cas dans le passé. Le problème est que la politique actuelle de la banque centrale va conduire à une allocation à la fois massive et mauvaise de capitaux et donc aux mêmes travers qui avaient conduit à la crise financière mondiale. Même si cette bulle apparaît cette fois dans un marché différent, elle peut s’avérer tout aussi néfaste. Cependant, ces préoccupations ont été minimisées par la présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen. Au cours de ses dernières observations présentées au Congrès, elle a indiqué qu’elle serait inquiète que si des bulles étaient susceptibles de créer une crise systémique et, comme les banques sont maintenant mieux capitalisées, ce risque est aujourd’hui faible.

La question pour les investisseurs est de savoir si cet environnement a rendu le marché des actions trop cher. Il y a certainement des secteurs surévalués, mais dans l’ensemble, nous ne voyons pas une surévaluation importante.

Par exemple, le ratio prix-bénéfice a augmenté au cours de la dernière année - étant généralement au-dessus de sa moyenne - mais n’est pas pour autant démesuré ; cet indicateur évoluant au sein de ses bornes historiques sur la plupart des marchés. L’exception serait peut-être les marchés européens ; l’Espagne, l’Italie et la France semblant anticiper une reprise significative des résultats des entreprises. À l’autre extrémité du spectre, le Japon et les marchés émergents apparaissent en revanche attrayants.

En dépit des préoccupations concernant la fin du marché haussier sur les actions et le comportement apparemment contradictoire des marchés obligataires, nous restons positifs sur les actions. Au delà de l’élément « TINA », nous croyons toujours que les actions peuvent générer une prime de risque pour les investisseurs. En outre, les responsables politiques continuent de favoriser la croissance et, ce faisant, offrent un soutien aux cours des actions.

Keith Wade , Octobre 2014

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