La BCE maintient ses taux mais déploie des mesures exceptionnelles pour inciter les banques à prêter

Lors de sa réunion de ce jour, très attendue par les marchés après celle de la Fed et de la Banque d’Angleterre, la Banque centrale européenne a laissé ses taux inchangés tout en annonçant le déploiement de mesures exceptionnelles pour faire face au ralentissement économique anticipé...

Lors de sa réunion de ce jour, très attendue par les marchés après celle de la Fed et de la Banque d’Angleterre, la Banque centrale européenne a laissé ses taux inchangés tout en annonçant le déploiement de mesures exceptionnelles pour faire face au ralentissement économique anticipé. L’objectif : inciter les banques à continuer à prêter, essentiellement aux entreprises, afin de leurs permettre de traverser cette période difficile mais temporaire… Pour les emprunteurs, si les conditions d’octroi se sont fortement durcies depuis les recommandations du HCSF, les taux devraient néanmoins rester bas pour ceux qui peuvent encore accéder au crédit, grâce au maintien des taux d’emprunt d’Etat en territoire négatif.

Pas de baisse des taux directeurs, mais davantage de liquidités pour les banques

Alors que les marchés attendaient une baisse des taux directeurs, dans le sillage la Fed, de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, la Banque centrale européenne a laissé ce jour ses taux inchangés mais en annonçant tout de même une série de mesures exceptionnelles destinées à faciliter la liquidité des marchés financiers et les prêts aux entreprises et particuliers : une enveloppe supplémentaire de 120 milliards d’euros pour le rachats d’actifs et une extension de son programme de LTRO ou Long Term Refinancing Operations, prêts long terme accordés aux banques de la zone euro, afin d’assurer la liquidité immédiate du système financier de la zone euro. Objectif : que les banques « puissent continuer à jouer leur rôle dans le financement de l’économie réelle à mesure que les effets économiques du coronavirus deviendront apparents » comme indiqué dans le communiqué de la BCE.

Coté taux, la BCE a opté pour le statu quo. En septembre dernier, le Conseil des gouverneurs avait décidé de réduire de 10 points de base son taux de dépôt, à -0,5%. Ce taux directeur est le taux auquel sont rémunérés les dépôts que placent les banques auprès de l’Institution. Lorsqu’il est négatif, comme c’est le cas depuis juin 2014, ce taux est donc une façon de taxer les liquidités excédentaires déposées par les banques à la BCE pour les inciter à prêter davantage... « Les banques disposent de liquidités - plus ou moins importantes selon les établissements - qu’elles ont la nécessité de placer. Le faire auprès de la Banque centrale européenne est sans risque, mais a un coût qui pèse dans leur bilan. Dans ce contexte, elles préfèrent placer leurs liquidités en prêtant aux entreprises, ou aux particuliers d’autant qu’en France, le taux de défaut sur les crédits immobiliers est le plus faible d’Europe. Et même si la rentabilité sur les crédits immobiliers est faible, elle reste positive ! » analyse Jérôme Robin, directeur général de Vousfinancer.

Quel impact sur les taux et la production de crédit ?

C’est l’un des impacts économiques indirects du Coronavirus : depuis le 22 janvier, les taux d’emprunt d’Etat français, comme ceux d’autres pays européens excepté l’Italie, sont retombés en territoire négatif à un niveau inédit depuis début octobre 2019 (malgré une légère remontée ce jour à – 0,25 % pour l’OAT 10 ans). L’explication : dans le contexte actuel d’instabilité boursière et sanitaire, les investisseurs privilégient les placements considérés comme non risqués, tel quel les emprunts d’Etat, qui voient ainsi leurs taux diminuer. « Si l’épidémie reste modérée en France, les taux devraient restés bas, soutenus en outre par la politique de la BCE. Dans le contexte actuel de baisse des valeurs boursières, l’immobilier est donc plus que jamais considéré comme une valeur refuge. La demande de crédit devrait donc rester soutenue comme elle l’est depuis le début de l’année, en dépit des recommandations du HCSF qui ne semblent pas décourager les acheteurs » analyse Sandrine Allonier, porte-parole de Vousfinancer.

Les banques attestent comme les courtiers, qu’en terme de demandes, le début d’année (janvier-février) est supérieur de l’ordre de 15 % à la même période en 2019.

Tant que les taux d’emprunt d’Etat resteront en territoire négatif, les taux de crédit demeureront bas. « Même si la Banque centrale a laissé ses taux directeurs inchangés, en annonçant ces mesures exceptionnelles elle montre qu’elle maitrise la situation et qu’elle fera tout pour limiter le ralentissement économique, ce qui devrait contribuer au maintien des taux d’emprunt d’Etat - notamment en France - à un niveau bas, et dans leur sillage, les taux de crédit immobilier » explique Sandrine Allonier.

En revanche si l’épidémie devait durer et si les banques devaient continuer à voir leurs valeurs boursières chuter, elles pourraient anticiper des problèmes de liquidités et de fonds propres et restreindre la production de crédit. C’est ce que veut éviter la BCE en annonçant ces mesures assurant des liquidités aux banques et allégeant temporairement certaines de leurs obligations en matière de capitaux propres.

Coté demande de crédits et dynamisme du marché immobilier, si ralentissement du marché il y avait – comme cela a été le cas début 2019 durant le mouvement des gilets jaunes – nul doute qu’il s’agirait uniquement d’une phase d’attentisme qui serait surement compensée par une phase de rattrapage une fois l’épidémie contenue et résolue...

Next Finance , 13 mars

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