›  Stories 

Kirk Kerkorian, raider incontournable des affaires aux Etats-Unis

Kirk Kerkorian est aujourd’hui l’un des 50 américains les plus riches. Il pèse près de 10 milliards de dollars en ayant fait fortune dans les hôtels et les casinos avant de s’attaquer à l’industrie automobile...

Kirk Kerkorian est le président de Tracinda Corporation (Tracinda comme Tracy et Linda, du nom de ses deux filles), sa Holding privé basé à Beverly Hills.

De son vrai nom Kerkor Kerkorian, il est né le 6 juin 1917 à Fresno en Californie de parents immigrés arméniens, Ahron et Lily Kerkorian. La première langue pratiquée à la maison est l’arménien : « Bien que nous soyons nés aux Etats-Unis, notre première langue était l’arménien. Nous n’avons appris l’anglais que lorsque nous avons commencé à fréquenter d’autres enfants dans le quartier » racontera Kerkorian.

A neuf ans, il effectue déjà de petits jobs et parallèlement va à l’école : « quand vous êtes un self made-man, vous commencez très tôt dans la vie. Dans mon cas, c’était à neuf ans que j’ai commencé à rapporter de l’argent à la maison ». Au début des années 20, la récession économique pousse les Kerkorian à déménager pour Los Angeles.

Alors qu’il a été transféré dans un lycée disciplinaire, Kerkorian encouragé par son grand-frère commence d’abord à s’intéresser à la boxe, livre ensuite plusieurs combats en tant que boxeur amateur, où il gagne le surnom de « Rifle Right Kerkorian » et espère même un temps devenir boxeur professionnel. Mais il ne peut réaliser son rêve. Il rencontre alors (on est en 1939) un certain Ted O’Flaherty grâce auquel il découvre le monde de l’aviation.

Peu intéressé par les avions au début, Kerkorian finit par apprendre à piloter en six mois en 1940, puis s’engage dans la Royal Air Force pendant la seconde guerre mondiale. Après la guerre, il achète un petit avion, un cessna, à 5000 dollars qui doit lui servir à former des pilotes et qu’il utilise également pour transporter des voyageurs de Los Angeles à Las Vegas. Parallèlement, il se met à la recherche d’avions militaires usagés, « en surplus », et de qualité diverse qu’il revend à des acheteurs intéressés en les transportant lui-même.

En 1947, à 30 ans, il rachète une petite société charter appelée Los Angeles Air Service qu’il rebaptise « Trans International Airlines » pour 60 000 dollars. La compagnie transporte les habitués et les afficionados des casinos de Los Angeles à Las Vegas, une ville qui se transforme rapidement en paradis du jeu aux Etats-Unis et qui deviendra connue de la planète entière. La compagnie devient la première compagnie de service Charter aux Etats-Unis.

En 1965, l’entreprise est cotée en bourse. Kerkorian restera propriétaire de la société pendant 3 ans. En 1968, elle est revendue pour plus de 100 millions de dollars à Trans-America Corporation (Kerkorian reçoit plus de 85 millions de dollars d’actions Trans-America en contrepartie).

Après l’aviation, Kerkorian se lance dans l’immobilier. Percevant le potentiel de Las Vegas, il acquiert des terrains dans la ville. Il loue au Caesar Palace un terrain de 320 Hectares acquis pour un peu moins d’un million de dollars. Le terrain sera revendu en 1968 et lui aura rapporté au total quelques 9 millions de dollars. Grâce à l’argent de la vente et à ses actions, Kerkorian acquiert d’autres terrains et embauche Fred Benninger, un jeune architecte. « je ne pense pas qu’il faille avoir trente ans d’expérience si on a un solide bon sens » dira Kerkorian. Je pensais qu’il pouvait faire l’affaire et ça été le cas. Les résultats de la collaboration entre les deux hommes seront des hôtels tels que le « Paradise Hotel » qui est en 1967 le plus grand hôtel du monde, ou encore « l’International Hotel » en 1969 qui comptera plus de 1512 chambres et 30 étages. Les deux hôtels seront revendus à la chaîne Hilton en 1970. Lors de la construction de l’International Hotel, raconte Kerkorian, « on a entendu beaucoup de critiques, écouté beaucoup de gens, mais au final, il faut se fier à son instinct. »

En février 69, les actions de International Leisure, la société qui comprenait les hôtels étaient côtées à 5 dollars l’action et quelques mois plus tard en valaient 50. A cause d’un problème avec la SEC qui enquêtait sur les anciens propriétaires (soupçonnés de faire partie de la mafia), d’un hôtel racheté par Kerkorian, le Flamengo Hotel, ce dernier ne peut lever des fonds sur le marché (il entendait rembourser des dettes contractées par sa société) et se trouve obligé de vendre à 16 millions de dollars des actions qui valaient 180 millions quelques mois plus tôt.

Nullement abattu, Kerkorian vend sa résidence de Las Vegas, son yacht, et son jet privé. Il conserve son calme malgré la tempête en se disant que temps qu’on peut lever du capital via des business angels pour lancer des affaires, on peut accepter de tout perdre. Kerkorian s’intéresse à l’industrie du cinéma courant 1969 et finit début 70 par devenir propriétaire des studios MGM qui sont alors en phase de déclin, puis ouvre en 1973 le MGM « Grand Hotel » & casino. D’un coût 107 millions de dollars, 26 étages, 2084 chambres, c’est alors le plus grand hôtel du monde.

L’hôtel sera détruit dans un incendie en 1980, avant d’être reconstruit seulement 8 mois plus tard. La catastrophe avait causé la mort de 87 personnes au total et alors qu’on croît que Kerkorian va baisser les bras, ce dernier insiste pour reconstruire l’hôtel se justifiant ainsi : « Comment aurais je pu me retirer et tout abandonner alors que l’équipe était en première ligne ? Je devais faire face. Je ne pouvais simplement pas me retirer ».

En 1986, Kerkorian revend plusieurs chaînes hôtelières parmi lesquelles les MGM Grand Hotel pour 594 millions de dollars en même temps que les studios MGM sont revendus à Ted Turner. Qui les revend quelques mois plus tard à Kerkorian. Ce dernier revendra encore les studios MGM deux fois, la dernière dans un deal à 5 milliards de dollars auquel ont pris part Sony, le géant du câble américain Comcast et trois firmes de Private Equity.

Kerkorian s’est aussi approché de l’industrie automobile en entrant dans le capital de Chrysler en 1995, atteignant jusqu’à 15 %. Affirmant à son entrée qu’il serait un « investisseur passif » il tenta finalement de racheter la compagnie, mais son offre fut bloquée par le conseil d’administration, avant que celui-ci n’accepte quelques temps plus tard une offre de DaimlerBenz.

En mai 2005, Kerkorian a augmenté sa part dans le capital de General Motors à plus de 9,5 %. Puis en septembre 2006, a de nouveau occupé le devant de la scène en étant le principal promoteur d’un rapprochement entre l’américain General Motors et Nissan, sous la houlette de Carlos Ghosn, une proposition finalement rejetée par le top management du géant américain de l’automobile.
Toujours attiré par l’industrie automobile, Kirk Kerkorian refait parler de lui en ce début de printemps 2007. Il a en effet posé sa candidature au rachat de l’une des principales firmes automobiles américaines Chrysler, pour 4,5 milliards de dollars en cash. L’information diffusée par le « Wall-Street Journal » a été confirmée par un porte-parole de Tracinda, la firme de Kerkorian. Il n’est cependant pas seul sur le coup puisque l’équipementier canadien Magna International, ou les fonds d’investissement Cerberus et Blackstone s’intéressent de très près à Chrysler.

En 2007, Kirk Kerkorian est selon le magazine Forbes 31ème de la liste des milliardaires avec une fortune estimé à près de 15 milliards de dollars.

Paul Monthe , Décembre 2007

Partager
Envoyer par courriel Email
Viadeo Viadeo

Focus

Stories Lazard : Une incroyable saga familiale

Retour sur la fondation du mythe Lazard, l’une des banques historiques françaises les plus puissantes, qui aura remodelé le paysage mondial des affaires pendant près d’un siècle.

© Next Finance 2006 - 2019 - Tous droits réservés