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Crise Européenne : Tournant historique pour l’économie européenne et mondiale ?

Le sommet européen du 26 au 27 octobre a été suivi d’une envolée spectaculaire des marchés. Marque-t-il pour autant un tournant historique comme l’avancent certains analystes ou est-ce simplement un petit peu de temps de gagné ?

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Pour Patrice Gautry, Chef Economiste à L’Union Bancaire Privée, le sommet européen a marqué une nouvelle fois au niveau mondial, l’avènement de la Chine sur la scène internationale. En effet, cette dernière a indiqué être prête à acheter de la dette FESF. Cet engagement économique a un coût politique, même s’il sert les intérêts chinois, puisque l’Europe constitue un marché d’exportation comparable au marché américain. « La Chine va demander une contrepartie à son engagement auprès du FESF : la reconnaissance de l’économie chinoise comme une ‘’économie de marché’’. Ce nouveau statut lui offrira des possibilités plus importantes en termes d’investissement et de pénétration sur le marché européen », souligne Patrice Gautry qui estime que le 27 octobre marque une charnière, puisque ce sont désormais les pays en voie de développement qui sont les créanciers du monde développé.

« Si le FESF est un bon outil pour résoudre les problèmes et un véritable filet de sécurité, il ne constitue pas pour autant LA solution à toutes les difficultés rencontrées par les pays de la zone euro », explique Patrice Gautry. La conjoncture économique restant difficile, les Etats européens doivent mener à bien les réformes de rigueur budgétaire pour renouer avec l’équilibre et la croissance. « Aujourd’hui, il est difficile d’assurer que ce fonds sera suffisant. De nombreuses incertitudes subsistent et les besoins de refinancement des Etats et des banques devront être évalués à chaque trimestre », ajoute-t-il.

Pour Eric Delannoy, Vice-président de Weave, cabinet conseil en stratégie opérationnelle, ce sommet européen est surtout marqué par l’absence d’un véritable projet commun. « L’organisation en urgence de sommets européens successifs est l’expression tangible d’une crise politique et non financière, celle du désaccord des gouvernements européens à s’accorder sur une vision commune et leur incapacité à inventer des mécanismes pérennes de relance de d’économie réelle. La sur-médiatisation de la valse des négociations n’a eu qu’un objectif électoraliste voué à sauver la cote de popularité des dirigeants.
Il est impensable de croire qu’une recapitalisation, finalement faible, des banques françaises à hauteur de 8,9 milliards sera à même renforcer leur solidité face aux risques alors que le doublement de leur fonds propres en 4 ans n’a pas suffit. La seule utilité : retrouver à court terme la confiance des investisseurs » affirme-t-il.

Selon lui, en augmentant les fonds propres des banques on ne résout rien : « les banques placent leurs liquidités au lieu de financer l’économie. Ici est l’effet pervers de l’application de Bale 3 : accentuer, en le rendant institutionnel, un repli sur soi des banques qui devront consacrer une part supplémentaire de leur activité (collecte, d’allocation de fonds propres) pour satisfaire des ratios réglementaires inefficaces. Conséquences réelles et concrètes : un ralentissement des investissements et de la consommation. Face à l’irrationalité ambiante, il est vital de passer d’une posture d’austérité à une action de relance de la croissance » explique Eric Delannoy, pour qui, au final, le sommet européen de mercredi aura été historique non pas par son contenu, à savoir la mise en œuvre de politiques structurantes, mais uniquement pour ce qu’il aura permis d’éviter, un aggravement de la crise.

Azad Zangana, économiste chez Schroders juge que les mesures annoncées constituent un pas en avant très important et confortent son opinion selon laquelle les dirigeants européens sont disposés à prendre des mesures sans précédent pour assurer la survie de l’Union monétaire européenne.

Même si les détails des mesures ne sont pas encore connus, il s’estime rassuré par l’orientation prise par les dirigeants européens. « Le plan devrait réduire la volatilité des marchés financiers, même si les dommages sur l’économie réelle sont probablement déjà faits. L’économie de la zone euro devrait connaître un ralentissement sensible d’ici la fin de l’année, mais les mesures annoncées éviteront probablement un second ‘’credit crunch’’ et une profonde récession » explique-t-il.

Pourtant plus de la moitié des économistes interrogés par Reuters jugent que la décote de 50% négociée sur la dette de la Grèce n’est pas suffisante pour rendre cette dernière viable et que le montant de garanties de 1 000 milliards d’euros ne suffira pas à rassurer les marchés sur la capacité du FESF à voler, le cas échéant, au secours de l’Italie ou l’Espagne.

Hier, les marchés ont salué en fanfare les conclusions pourtant partielles du sommet européen, avec un CAC 40 prenant 6.28%, le DAX 5.35% et l’indice EUROSTOXX50 près de 3.21%. Les progressions mensuelles sur le Dow Jones et le Nasdaq sont les plus importantes respectivement depuis 1972 et 1987.

Next Finance , Octobre 2011

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