Les mêmes causes produisent les mêmes effets, en économie aussi !

La zone euro a le même comportement aujourd’hui que pendant la grande dépression des années 1930 qui avait comme étalon monétaire l’or !

À cette époque, l’Europe et l’Amérique ne pouvaient pas correctement fonctionner avec un système financier mondial basé sur l’or, où le prix des exportations (l’extérieur) d’un pays est dicté par les prix intérieurs et les salaires. Avec un tel système, le seul amortisseur de choc était le prix du travail, et non pas le taux de change ou le taux d’inflation.

Les leçons de cette période difficile furent dans le système de Bretton Woods en 1944 avec la création du FMI et la Banque mondiale. À Bretton Woods, les pays s’engagèrent à maintenir une parité fixe, mais ajustable (j’avoue que j’ai du mal à comprendre ce qu’est une parité fixe, mais ajustable), garder leur indépendance monétaire par le biais des contrôles de capitaux, tout en s’engageant à libéraliser une économie mondiale en abaissant progressivement les obstacles au commerce. (Vous noterez qu’une fois n’est pas coutume, la France conserva "trop longtemps" l’or comme étalon contrairement à la Grande-Bretagne qui récupéra plus rapidement de cette grande dépression.)

Principalement le système de Bretton Woods fournit aux États souverains quatre amortisseurs en cas de crise économique : Inflation - Déflation - Dévaluation - Défaut. Ce dernier devant toujours être considéré comme un dernier recours. La plupart des pays européens utilisèrent au moins trois de ces quatre amortisseurs pendant la période d’après-guerre, ce qui a permis la souplesse nécessaire pour faire face aux chocs économiques en fonction de leurs contextes économiques nationaux. En fin de compte, le choix incombait d’amortir ou non et le(s) type(s) amortisseur(s) au gouvernement national uniquement. La qualité des décisions était jugée aux urnes…

La crise économique des années 1970 entraina l’effondrement du système de Bretton Woods et de l’un de ses engagements : la fameuse parité fixe, mais ajustable. Mais les quatre amortisseurs nationaux furent conservés. Les européens de l’époque lièrent leur monnaie en créant le « European Currency Unit » (ECU), une moyenne pondérée de toutes les monnaies des pays européens, avec le plus fort poids pour Allemagne de l’Ouest et en laissant la Bundesbank maîtriser l’inflation et gérer leur politique monétaire. Ce choix stratégique n’était pas bon.

À la signature du traité de Maastricht en Décembre 1991, les européens décidèrent d’abandonner, une fois pour toutes, non pas un, mais deux de leurs amortisseurs - l’inflation et la dévaluation

Avec l'euro, les pays du sud ont perdu une variable d'ajustement et ont même acquis une variable de "désajustement"
Patrick Jaulent

A la mise en circulation de l’euro le 1er janvier 2002, la BCE eu un seul et unique mandat : celui de maintenir l’inflation juste en dessous ou proche de 2 %, et assurer la stabilité financière. François Mitterrand et Helmut Kohl réussirent à reconstruire l’or comme étalon sous une forme moderne, mais avec tous ses défauts.

Cependant à l’époque cela ne semble pas être une mauvaise idée. La convergence économique relativement rapide des années 1990 après les crises du SME de 1992-93 et le succès initial de l’euro dans les années 2000 semblait valider le plan audacieux d’une union monétaire l’européenne. L’idée de base de l’euro était de faire une paix européenne durable.

Être dans l’euro a aidé l’Allemagne à devenir plus productive par rapport à ses voisins du Sud (Grèce, Espagne, Italie, Portugal, France,). Si l’Allemagne avait encore le Deutschemark (DM), la performance de ses entreprises aurait entraîné une augmentation de sa valeur ce qui aurait eu pour conséquence de limiter la disparité entre l’Allemagne et les autres pays. Elle ne pourrait pas afficher fièrement un faible taux de chômage et une croissance saine aux électeurs allemands habitués à cela. Ce qu’on peut dire, c’est qu’avec l’euro, les pays du sud ont perdu une variable d’ajustement et ont même acquis une variable de "désajustement", en ce sens que la valeur de l’euro est bien plus grande que ne serait la valeur du franc, de la lire....si l’euro n’existait pas et plus faible que celle du DM. L’Allemagne est plus performante parce qu’elle prend son industrie au sérieux, ce que ne savent pas faire les Français par exemple. L’Allemagne est plus performante parce que plus cohérente que les pays du sud. L’Allemagne est plus performante car elle sait garder les savoir-faire

La croissance n'est pas un "bon nombre quantique", comme disent les physiciens : ce n'est pas un invariant de notre monde.
Patrick Jaulent

Aujourd’hui l’Allemagne poursuit plusieurs objectifs :
- Assurer la pérennité Club Med (selon l’expression consacrée des économistes : Grèce, Espagne, Italie, France [?]), dans l’euro afin de ne pas perdre les actifs détenus par les épargnants allemands dans les obligations et des prêts consentis dans le Club Med. L’Allemagne est à l’origine de la bulle financière européenne.
- Rester dans l’euro afin de conserver ses avantages en termes de productivité.
- Imposer un régime drastique aux pays du Club Med afin qu’elle puisse continuer à faire tourner son modèle économique - à savoir : exporter et investir.

Mais vous suivez un régime quand vous êtes gros, pas quand vous avez faim  ! Du fait d’un tel régime, une grande partie de la colère des pays du "Club Med" est dirigée vers l’Allemagne qui, selon eux, étouffe la croissance et rend le fardeau de la dette plus difficile à supporter. Le désaccord entre Paris et Berlin sur la supervision unique des banques dans la zone euro et l’euroobligation ne poussent pas à l’optimiste. (L’Allemagne saura placer ses pions)

Et si l’Allemagne sortait de l’euro à la demande ou sous la pression du CLUB Med ? Si l’Allemagne sortait de l’euro, cela entrainerait immédiatement une capitalisation du système bancaire allemand. En d’autres termes, les problèmes du sud de l’Europe seraient transférés au Nord. Pour l’Allemagne, il s’agira de relancer le deutsche mark impliquant une douleur certaine et immédiate pour les électeurs allemands. Ce serait sans doute bon pour l’économie européenne, mais ce n’est pas vraiment une recette pour la paix. Alors, on va de nouveau demander aux "maigres" de suivre un nouveau régime.

Il semble difficile d’imaginer que la stratégie actuelle de la « débrouillardise » puisse durer longtemps, ce qui laisse l’Europe deux options sérieuses pour sortir de la crise actuelle.
- La première option est d’essayer d’élargir le mandat de la BCE en concentrant également sur la croissance et l’emploi - ce que fait la Fed aux Etats-Unis. Bruxelles pourrait commencer à émettre des euro-obligations et construire une union fiscale et bancaire avec une union politique. Toutefois, cette option entraînerait un transfert sans précédent du pouvoir des Etats souverains à l’UE. Cette option fut utilisée en périphérie de l’Europe, avec des conséquences désastreuses.
- La seconde option consiste à dissoudre l’Euro est revenir au marché commun du milieu des années 1980. L’avantage de cette option est qu’elle ramènerait les deux amortisseurs perdus que sont : l’inflation et de la dévaluation. Cela permettrait de restaurer la souveraineté nationale économique des Etats comme la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie, tout en éliminant l’excuse, des responsables politiques nationaux, que c’est Bruxelles et l’UE qui imposent des mesures économiques impopulaires. L’inconvénient de cette option est que je ne suis pas certain que le projet européen puisse survivre à un tel retour en arrière dans son processus d’intégration.

Je suis toutefois convaincu que de grands changements nous attendent, car notre économie est méconnaissable. Le terme croissance même est à redéfinir puisque mathématiquement parlant nous sommes incapables de savoir si la croissance française est de -0,5 % ou +3,5 %. La croissance n’est pas un "bon nombre quantique", comme disent les physiciens : ce n’est pas un invariant de notre monde. Attention, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, même en économie.

Patrick Jaulent , Octobre 2012

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