Est-ce que la cure d’austérité imposée aux pays périphériques fonctionne ?

Les marchés sont de plus en plus friands des actifs (publics et privés) des pays périphériques de la zone euro. Sur les actions, depuis un mois, la bourse de Milan affiche la plus belle performance en Europe.

Les spreads entre les dettes souveraines se resserrent, et les investisseurs craignant un éclatement de la zone euro ont quasiment disparu des écrans radar.

Sur le plan fondamental également, il y a des signes apparemment encourageants. Ainsi, la balance commerciale espagnole s’est affichée en territoire positif en mars, une grande première. Le Portugal affiche toujours un déficit, mais il est beaucoup plus contenu qu’avant la crise (environ EUR 0.5 Md par mois). Et sa balance courante est maintenant à l’équilibre. L’Irlande affiche quant à elle un excédent commercial encore plus important qu’avant la crise, tandis que celui de l’Italie était repassé au-dessus de 0 dès fin 2011. Il n’y a guère que la Grèce qui a du mal à améliorer ses comptes extérieurs.

En première lecture donc, les efforts des pays périphériques destinés à améliorer leur solvabilité externe semblent payants. La question est bien sûr de savoir si ces tendances sont durables, ou encore quelle en est leur contrepartie.
Reprenons le cas de l’Espagne. Cet excédent commercial n’a pu être obtenu que parce qu’il y a eu un effondrement des importations (-15 % en glissement annuel), lié évidemment à l’effondrement de la demande intérieure. Et les exportations n’ont augmenté, en mars, que de 2 % en GA. Leur croissance annuelle a même sensiblement ralenti depuis le début de la décennie. Les importations sont très étroitement liées à la demande intérieure. Si cette dernière se redresse, les premières rebondiront également. Du côté des exportations, il y a certainement des signes positifs, peu visibles en raison de la récession en zone euro : même si leur progression est faible, elle est plutôt, en tendance, plus forte qu’en Allemagne. Et les efforts pour flexibiliser le marché du travail, réduire le coût du travail, portent clairement leurs fruits (on se souvient des arbitrages effectués par quelques grandes entreprises pour le choix de leurs nouvelles implantations). Mais la base exportatrice de l’Espagne reste faible, et la politique actuelle du gouvernement n’est pas de nature à inverser la tendance à la désindustrialisation.

Au total, s’il y a des évolutions favorables, elles restent fragiles. Mais à court terme, associées au « Draghi put », ces évolutions donnent des arguments aux « yield hunters ».

René Defossez , Mai 2013

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