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Revenu universel, une science-fiction

Benoit Hamon voit loin, trop loin. Un jour, les machines remplaceront les hommes mais d’ici là il faut se concentrer sur les nouvelles contraintes et opportunités qu’offre cette nouvelle révolution industrielle. L’analyse de Stéphanie Villers, chef économiste d’Humanis...

Le revenu universel est indispensable pour parer à la « raréfaction du travail ». Les emplois vont se comprimer à cause de la révolution technologique. Les robots vont remplacer les hommes. Le travail va devenir une denrée de plus en plus rare pour les pays développés sur fond de croissance faible. Voilà le postulat du programme économique de Benoît Hamon. Pour partie, cette hypothèse de base tient la route, mais elle reste pour l’heure une utopie. Explications.

Le robot, l’avenir de l’homme

La substitution de l’homme par la machine peut être considérée comme l’ultime avancée d’un modèle économique efficient. Supprimer les tâches laborieuses, répétitives, sans valeur ajoutée, les robotiser pour que les individus puissent se consacrer uniquement au développement de la connaissance, de la culture et du bien-être est, sans doute, vers quoi l’humanité aspire. On peut, d’ores et déjà, anticiper un monde où chaque agent économique possèdera un ou plusieurs « robots » pour le remplacer dans toutes les tâches du quotidien que ce soit à la maison ou au travail. Il sera ainsi amené à louer les services de ses machines dont il en aura la propriété et dont il en tirera un moyen de subsistance, à l’instar du revenu. La croissance économique n’aura plus besoin d’être générée par le travail de l’homme (capital humain). Cette mutation par rapport à notre modèle ancestral a du sens et on en aperçoit déjà les contours.

Mais, nous sommes encore à des dizaines, voire des centaines d’années, de l’ère de la croissance générée sans capital humain.

L’innovation actuelle ne nous permet pas, pour l’instant, d’envisager de limiter le besoin de travailler, même si l’intelligence artificielle nous conduit à pressentir la fin partielle de la pénibilité de certains emplois. On sait, en outre, que la révolution technologique en marche va profondément changer notre façon de travailler et de consommer. Et, comme tout progrès technique, la « destruction créatrice » est au centre du débat rassemblant à la fois de nombreuses inquiétudes et des opportunités inopinées.

L’économie traditionnelle fait face à une détérioration de sa rentabilité qui se traduit par des pertes d’emplois. En contrepartie, les start-up du numérique et des nouvelles technologies recèlent des besoins nouveaux. La confrontation de ces deux mondes créée de nouvelles tensions assorties de fortes frustrations. Que va-t-il advenir des emplois d’antan ? Comme le rappelle Keynes, « la difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles mais d’échapper aux idées anciennes ».

Il faut donc accepter que les emplois d’hier soient détruits. Ils seront peu à peu remplacés par de nouveaux jobs reposant sur de nouvelles compétences. Jusqu’à présent, il n’y a jamais eu de progrès technique sans création d’emplois.

Le revenu universel versus une formation pertinente

Alors, doit-on accompagner cette nouvelle révolution industrielle en distribuant à chaque jeune un revenu compensatoire ou ne vaudrait-il pas mieux consacrer cette somme à des formations d’avenir ? Benoît Hamon propose de verser aux 18 – 25 ans une rémunération de 750 euros par mois. Il y a en France près de 8 millions de jeunes concernés, ce qui induirait un coût annuel de 72 milliards d’euros pour le financement de leur revenu universel. Orienter cette somme vers des formations pertinentes ne serait-il pas plus efficace ? On sait que ce sont les jeunes sans qualification qui sont les plus touchés par le chômage. D’après l’INSEE, seulement 31% d’entre eux sont en emploi, contre plus de 80% de diplômés de l’enseignement supérieur. A l’heure où de nouvelles opportunités émergent grâce au numérique notamment, il faut mesurer le gâchis que représenterait la mise sur le banc de touche de cette jeune génération qui a grandi à l’ombre des nouvelles technologies et qui en a une compréhension intuitive, contre tous les bénéfices à attendre de la formation des jeunes sans qualification pour les amener à créer leurs emplois de demain.

Stéphanie Villers , 8 février

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