Non à Bâle IV, La France doit préserver son crédit

Bâle IV irait encore plus loin en obligeant les banques à renforcer de nouveau leurs fonds propres. Face à une telle mesure, celles-ci auraient deux attitudes possibles. La première consisterait à prêter moins et, surtout, à moindre risque, ce qui leur permettrait de titriser leurs créances et de les placer auprès d’investisseurs.

Le crédit est un moteur essentiel pour les marchés immobiliers. (…) Un durcissement des conditions d’octroi des prêts immobiliers par les banques serait donc un mauvais coup porté à l’accession à la propriété, notamment chez les ménages les plus modestes. C’est pourtant ce qu’envisage la prochaine réglementation, appelée Bâle IV, prévue pour 2017.

Créé en 1974, le Comité de Bâle (…) édicte les règles destinées à renforcer la solidité du système financier mondial. Les accords de Bâle III, en 2010, enjoignaient aux banques de, notamment, renforcer leurs fonds propres et limiter leur exposition aux risques de crédit, afin d’éviter que se reproduise une crise des Subprimes.

Bâle IV irait encore plus loin en obligeant les banques à renforcer de nouveau leurs fonds propres. Face à une telle mesure, celles-ci auraient deux attitudes possibles. La première consisterait à prêter moins et, surtout, à moindre risque, ce qui leur permettrait de titriser leurs créances et de les placer auprès d’investisseurs. Pour amoindrir le risque, elles devront exiger un apport personnel plus important de la part des emprunteurs et écarter du crédit les plus fragiles d’entre eux.

La deuxième solution serait d’abandonner le taux fixe au profit du taux variable, ce qui reviendrait à faire déplacer le risque de taux de la banque vers l’emprunteur. C’est ce qui se passe depuis longtemps dans les pays anglo-saxons et que les Français ont toujours rejeté massivement, plébiscitant le taux fixe. Autrement dit, l’enjeu de Bâle IV est ni plus ni moins d’aligner la pratique bancaire française sur celle des pays anglo-saxons, Etats-Unis et Grande-Bretagne en tête.

Les banques françaises n’ont pourtant pas à rougir de leurs pratiques, elles qui connaissent un taux de défaillance des emprunteurs presque dix fois inférieur à celui constaté aux Etats-Unis. (…)

C’est grâce aux règles de droit et aux usages bancaires en vigueur en France que nous avons évité une crise des subprimes. Notre système a fait ses preuves, il fonctionne bien et permet au plus grand nombre d’accéder au crédit dans de bonnes conditions. Il mérite donc d’être défendu, quitte à invoquer l’exception française, parfaitement justifiée dans le cas présent. (…)

Philippe Taboret , 9 mars

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