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Les Britanniques surprennent le monde entier en votant en faveur d’une sortie de l’UE

Les Britanniques ont surpris le monde entier et entraîné une chute libre des marchés financiers en votant en faveur de la sortie de l’Union européenne lors d’un référendum historique. Le principal risque est l’Italie et la possible progression du nationalisme en France et en Allemagne...

  • Les Britanniques ont voté en faveur du Brexit à 52 % avec un taux élevé de participation de 72 %
  • La livre sterling s’effondre de 10 % face au dollar et de 7 % face à l’euro
  • Les résultats ont entraîné la démission du Premier ministre et pourraient provoquer une scission de l’UE
  • Deux années de négociations difficiles après le déclenchement de l’Article 50

« Contraire aux sondages et aux cotes des bookmakers, le résultat a provoqué un énorme choc », déclare Léon Cornelissen, économiste en chef de Robeco. « En revanche, la victoire du oui a été serrée, de sorte que le Royaume-Uni ne quittera pas automatiquement l’UE car il revient au gouvernement britannique de déclencher l’Article 50 du Traité de Lisbonne qui lancera le processus de scission. »

« Et compte tenu de la majorité pro-européenne au Parlement britannique, qui est par convention souverain, on ne peut exclure l’organisation d’élections législatives au Royaume-Uni. Entre-temps, les incertitudes politiques seront très nombreuses. À court terme, le climat sera empreint d’une forte incertitude et le Royaume-Uni perdra probablement sa notation de crédit AAA attribuée par S&P. »

Effondrement de la livre sterling

Alors que le décompte des voix n’est pas encore terminé dans une poignée de régions, 17,3 millions de personnes, soit 52 %, ont opté pour une sortie de l’UE après 43 années d’une adhésion souvent mouvementée, alors que 16 millions de personnes, soit 48 %, ont voté pour rester dans l’UE. Le taux de participation s’est élevé à 72%. David Cameron, qui avait dirigé la campagne en faveur du maintien, a démissionné de son poste de Premier ministre une fois les résultats confirmés.

La livre sterling a chuté à son plus faible niveau depuis 1985 par rapport au dollar en raison des craintes suscitées par les futurs échanges commerciaux à la suite de la sortie du marché commun européen, par une possible récession et par les années de discorde et d’incertitude qui s’annoncent. À 6h du matin heure de Londres, la livre sterling accusait un repli supérieur à 10 % par rapport au dollar (à 1,33 dollar) et à 7 % face à l’euro (à 1,21 euro). Le Gilt britannique à 10 ans a chuté de 30 points de base, et les contrats à terme sur actions prévoyaient une correction de 10 % de l’indice britannique FTSE 100 à l’ouverture.

Lors d’un évènement considéré comme une révolution très britannique, les électeurs ont fait fi de la recommandation des partisans du maintien dans l’UE, qui avaient d’ailleurs reçu le soutien de l’ensemble des grands partis politiques britanniques et d’une majorité du Parlement. En effet, ces électeurs ont préféré soutenir le camp du Brexit, défendu essentiellement par les partis indépendantistes anti-européens et les nationalistes britanniques.

Un choc extrême

M. Cornelissen table désormais sur une récession au Royaume-Uni, une éventualité qui avait été soulevée lors des quatre mois de campagne de l’OCDE. Celle-ci anticipait une contraction économique à long terme qui se traduirait par une baisse du PIB de 2,7 % à 7,7 % d’ici 2030, avec un scénario central de -5,1 %, bien que le camp du Brexit ait taxé ses prévisions d’« alarmistes ».

« Il s’agit sans aucun doute d’une mauvaise nouvelle pour l’économie britannique », déclare M. Cornelissen. « Celle-ci pâtissait déjà des incertitudes entourant le Brexit illustrées par le déficit croissant de sa balance courante passé à 7 % du PIB, soit un niveau extrêmement élevé pour une économie développée. Dans ce contexte, le Royaume-Uni est désormais plus exposé à une fuite de capitaux ce qui fait de l’effondrement de la livre sterling une réaction compréhensible. »

« Pour le moment, les investissements devraient encore pâtir de la situation. La confiance des ménages sera également pénalisée par les perturbations sur les marchés, de sorte qu’une récession semble probable au Royaume-Uni. Le sentiment des entreprises en Europe pourrait également pâtir des craintes croissantes de contagion. Nous pourrions assister à des appels au vote en faveur d’une sortie de l’UE par d’autres partis européens et euro-sceptiques. La première indication des répercussions politiques sera fournie ce week-end par les élections législatives en Espagne. Le principal risque est l’Italie et la possible progression du nationalisme en France et en Allemagne. Ce contexte est globalement défavorable au climat des affaires. »

Scission du Royaume-Uni ?

Le résultat du référendum est voué à avoir des répercussions majeures sur l’avenir du Royaume-Uni dans la mesure où l’Écosse et l’Irlande du Nord ont voté en faveur du maintien. En revanche, l’Angleterre et le Pays de Galles ont voté en faveur de la sortie de l’UE bien que les électeurs londoniens aient voté majoritairement contre le Brexit. Les observateurs tablent désormais sur un second référendum sur une scission entre l’Écosse pro-Europe et le Royaume-Uni.

La démission de David Cameron entraînera des élections en vue de la désignation d’un nouveau dirigeant du Parti conservateur au pouvoir, qui pourrait être le maire de Londres Boris Johnson, un féroce défenseur du Brexit. Nigel Farage, dirigeant du parti anti-européen United Kingdom Independent Party (UKIP) pourrait également jouer un rôle dans le prochain gouvernement.

« Dans les faits, la décision sur la procédure dite de l’Article 50 reviendra au nouveau gouvernement. Or il pourrait préférer attendre compte tenu de la maigre majorité. »

« L’ensemble des régions d’Écosse ont voté pour le maintien dans l’UE, et le parti SNP au pouvoir a appelé l’Écosse à rester dans l’UE, ce qui rend probable la tenue d’un nouveau référendum » Les résultats du référendum sur le Brexit seront également déstabilisants pour l’Irlande du Nord. On pourrait donc assister à une véritable scission du Royaume-Uni ce qui diminue encore davantage la capacité de négociation du gouvernement britannique avec l’UE.

De nouveaux accords commerciaux

Autre incertitude : quel type d’accords commerciaux le nouveau gouvernement britannique sera-t-il en mesure de négocier avec l’UE après sa sortie du marché commun européen ? Le Royaume-Uni doit également réfléchir à ce qu’il fera des millions de citoyens européens qui vivent au Royaume-Uni en vertu de la libre circulation des personnes et des millions d’expatriés britanniques vivant au sein de l’UE.

« Une fois que les résultats du référendum seront promulgués par le Parlement, le Royaume-Uni entrera dans une longue procédure de divorce avec l’UE d’une durée minimum de deux ans avant la séparation effective, » souligne M. Cornelissen. « Ces négociations seront très délicates et il est peu probable d’obtenir un résultat avant le délai de deux ans suivant la procédure dite de l’Article 50. »

« L’UE ne fera certainement pas de cadeaux au Royaume-Uni. Elle ne voudra pas encourager de nouvelles scissions, de sorte que le Royaume-Uni devra payer le prix de son indépendance. Si le nouveau gouvernement britannique opte bien entendu pour le modèle norvégien, alors un accord sera facile à trouver avec l’UE. Or nous tenons à rappeler que la Norvège verse une contribution à l’UE et qu’elle verse davantage que le Royaume-Uni par habitant. La Norvège doit également accepter la libre circulation des travailleurs. À de nombreux niveaux, elle fait partie de l’UE à l’exception de la pêche et de l’agriculture. De ce fait, en cas de vote du Brexit, alors le référendum n’apportera pas de grand changement et il sera très difficile à vendre à l’électorat britannique. »

« Un accord commercial tel que celui conclu avec le Canada semble plus probable, mais il faudra des années pour y parvenir et il ne couvrira pas l’ensemble des échanges commerciaux. L’option minimaliste serait celle du modèle d’accord de l’OMC, mais il engendrerait de nombreux obstacles tarifaires et non tarifaires et serait beaucoup plus préjudiciable sur le plan économique. Ce référendum aura des conséquences économiques dans les années à venir. »

Léon Cornelissen , 27 juin

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