La transition énergétique, un enjeu capital pour les investisseurs

Le réchauffement climatique est maintenant un problème mondialement reconnu qui fait peser des risques physiques et financiers sur l’ensemble de la société. Pour les entreprises, cela peut se manifester par un risque sur les actifs qui se matérialise au bilan par une perte de valeur...

EN QUOI LES RISQUES CLIMATIQUES CRÉENT-ILS UN NOUVEAU PARADIGME POUR LES INVESTISSEURS ?

Le réchauffement climatique est maintenant un problème mondialement reconnu qui fait peser des risques physiques et financiers sur l’ensemble de la société. Pour les entreprises, cela peut se manifester par un risque sur les actifs qui se matérialise au bilan par une perte de valeur du fait de la baisse des revenus et de la dépréciation d’actifs. Dans ce cadre, le rapport 3 du GIEC [1] a quantifié l’évolution future des Gaz à Effet de Serre (GES) compatible avec un scénario 2° (par rapport à l’ère préindustrielle) à partir d’hypothèses d’évolutions démographique, économique, technologique et d’utilisation de ressources énergétiques. Ce cap ouvre ainsi le champ aux acteurs pour poser le cadre réglementaire incitant à mesurer et réduire l’impact environnemental pour favoriser la transition vers une société bas carbone.

QUELLES SONT LES PRINCIPALES INITIATIVES INTERNATIONALES LIÉES AUX RISQUES CLIMATIQUES ?

2015 est une année historique dans la prise en compte des enjeux climatiques. La COP21, qui s’est tenue à Paris fin 2015, a démontré l’ampleur de la mobilisation planétaire et a abouti au premier accord universel sur le climat avec un objectif clair consistant à réduire les émissions de GES pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés (depuis l’ère préindustrielle).

Les investisseurs sont au coeur de l’enjeu sur le changement climatique car, d’une part, ils sont exposés aux risques qu’encourent les entreprises et d’autre part, ils peuvent influencer leur stratégie en favorisant des actions responsables. Le « Carbon Disclosure Project », créé en 2000, est l’une des premières initiatives d’investisseurs pour permettre aux entreprises de déclarer sur la base du volontariat leurs émissions de GES dans un référentiel commun. De plus, les investisseurs signataires du « Montreal Carbon Pledge » s’engagent à publier l’empreinte carbone de leurs investissements et ceux de la « Portfolio Decarbonization Coalition » s’imposent en outre de la réduire. Enfin, le FSB [2] a décidé fin 2015 de créer un Groupe de Travail sur la Transparence Financière Climatique afin de définir des principes et de proposer des meilleures pratiques de reporting sur ces risques pesant sur le climat.

QUEL EST L’IMPACT DE LA LOI DE TRANSITION ENERGÉTIQUE POUR LA CROISSANCE VERTE (LTECV) SUR LES INVESTISSEURS ?

Dans ce contexte international, la loi relative à la LTECV, publiée au Journal Officiel du 18 août 2015, va permettre à la France de contribuer plus efficacement à la lutte contre le réchauffement climatique. L’article 173-VI [3] se concentre sur l’investissement financier et vise à développer la contribution des investisseurs (institutionnels et sociétés de gestion) en la matière. A cette fin, ces derniers devront communiquer, annuellement à partir du premier semestre 2017, leur prise en compte des critères relatifs aux objectifs environnementaux, sociaux et de qualité de gouvernance (ESG) dans leurs politiques d’investissement et de gestion des risques. De plus, les investisseurs devront porter une attention particulière à certains enjeux environnementaux dans leurs analyses et leurs décisions : réchauffement climatique, épuisement des ressources, dégradation des écosystèmes et atteintes à la santé humaine. Ils devront notamment intégrer dans leurs décisions d’investissement la transition vers une économie bas carbone, en tenant compte de trajectoires d’émissions carbone qui permettent de respecter l’accord de Paris. Pour atteindre ces objectifs, les investisseurs devront disposer de plus d’informations environnementales sur les entreprises : l’article 173-IV, imposé aux émetteurs, va permettre de satisfaire ce prérequis.

COMMENT CPR AM INTÈGRE-T-ELLE LE RISQUE CLIMAT DANS SES PORTEFEUILLES ?

Dans les portefeuilles sous gestion, le risque climat est abordé suivant une approche à la fois quantitative et qualitative. L’approche quantitative est fondée sur deux mesures complémentaires : les émissions carbone rapportées au chiffre d’affaires (intensité carbone) et une note de transition énergétique.

L’intensité carbone présente un intérêt dans une vue historique et instantanée du niveau relatif d’émissions d’un portefeuille (cf graphique 1) mais ne présente aucune vision prospective. C’est une métrique surtout concentrée sur les secteurs énergie, matériaux et services au collectivité intenses en émissions de GES (cf graphique 2). L’approche qualitative est basée sur l’analyse extra financière partagée avec le groupe Amundi. L’analyse des données et le dialogue avec les entreprises permettent de mieux appréhender leur stratégie ESG.

L’analyse du portefeuille est enrichie avec d’autres métriques comme le suivi des réserves et l’évolution du mix énergétique pour la production d’électricité dans la perspective d’alignement à la trajectoire 2°. A ce jour, le mix énergétique tel que proposé par l’Agence Internationale de l’Energie ne se fonde que sur la production d’électricité. Plusieurs études sont en cours pour déterminer les émissions par secteur (SDA) [4].

En conclusion, chez CPR AM nous avons fait évoluer nos outils pour intégrer la problématique climat dans nos processus de gestion et accompagner plus largement les investisseurs dans la définition de leur politique ISR en accord avec la loi.

Christian Lopez , David Usemma , Joseph Ouedraogo , 13 octobre

Notes

[1] GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat créé en 1988 en vue de fournir des évaluations détaillées de l’état des connaissances scientifiques, techniques et socioéconomiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies pour lutter contre le changement climatique…

[2] FSB : Financial Stabilty Board (Le Conseil de stabilité financière) travaille sur la question de l’intégration du risque climat dans les pratiques du secteurs financier. Il a pour mandat de définir un cadre de reporting pour les entreprises et acteurs du secteur financier.

[3] Article 173-IV : Décret no 2015-1850 du 29 décembre 2015 pris en application de l’article L. 533-22-1 du code monétaire et financier publié le 31/12/2015 au Journal Officiel.

[4] SDA : Sectoral Decabonization Approach.

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