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L’heure de gloire du Mexique

D’après Sophia Whitbread, Gérante Actions Emergentes et Asiatiques chez Newton Investment Management, le Mexique serait l’un des fleurons du monde émergent et aujourd’hui, un des 3 acteurs émergents à afficher le plus grand succès en matière de réformes, aux côtés de l’Inde et des Philippines.

L’élection présidentielle de décembre 2012, qui a vu l’investiture d’Enrique Peña Nieto, a annoncé le début d’une nouvelle ère au Mexique. Selon Sophia Whitbread de Newton, « près de 5 ans plus tard, le pays est l’un des 3 acteurs du monde émergent à afficher le plus grand succès en matière de réformes, aux côtés de l’Inde et des Philippines. D’une manière générale, nous sommes d’avis que les pays émergents qui ont su mener un programme de réformes présentent des perspectives favorables et, à cet égard, le Mexique ressort clairement en tête de liste. » Pour elle, le système fiscal du pays, ses réseaux électriques et son secteur des télécoms ont tous fait l’objet d’une libéralisation depuis l’élection. Les résultats positifs qui s’en sont suivis ont été supérieurs aux attentes.

Mexique : raisons d’investir

  • L’important programme de réformes mené en 2014 a mis fin aux monopoles de l’État dans les secteurs du pétrole, de l’électricité et des télécoms, réduisant les coûts et bénéficiant ainsi aux consommateurs.
  • La hausse des salaires et le faible taux de pénétration des banques génèrent des opportunités dans les secteurs de la consommation et des services financiers.
  • Le programme de réformes devrait survivre à tout changement de gouvernement lors des élections législatives de 2018.
  • L’adhésion du Mexique à l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) conforte la place du pays parmi les principaux partenaires commerciaux et centre manufacturier des États-Unis.

Le code fiscal du Mexique a été simplifié, notamment avec une réduction de 299 à 186 du nombre d’articles relatifs à l’imposition sur le revenu. Les failles et clauses qui faussaient involontairement l’application de l’impôt ont été corrigées. En amont des réformes, la Banque mondiale avait estimé qu’il fallait, en moyenne, à un professionnel mexicain 337 heures chaque année pour calculer et payer ses impôts, contre 176 heures dans les pays membres de l’OCDE. En 2013, le Mexique se classait à la 107ème place sur 185 économies en matière de simplicité du paiement de l’impôt. En 2016, le pays est remonté à la 92ème place.

En décembre 2013, le congrès mexicain a validé une loi visant à ouvrir le secteur de la production électrique à la concurrence. Des investisseurs et opérateurs privés ont été autorisés à acheter, vendre ou construire de nouvelles usines de production électrique et à vendre l’électricité produite à un organisme public centralisé. Des entreprises étrangères ont d’ores et déjà commencé à tirer profit de ces réformes, et une entreprise prévoit de quasiment doubler sa capacité de production au Mexique d’ici 2020. Les oligopoles ont fait l’objet d’une pression majeure des autorités antitrust de l’administration d’Enrique Peña Nieto. Afin de réduire leurs parts de marché, les acteurs historiques du secteur des télécoms ont ainsi annoncé des projets de cession d’importantes parties de leurs actifs fixes et mobiles au Mexique.

La réforme historique du secteur de l’énergie finalisée en 2014 a mis fin au monopole de l’État sur l’entreprise publique Pemex. À l’occasion de 3 ventes aux enchères distinctes en 2015, le gouvernement a cédé 30 zones d’exploration à des entités étrangères.

Cette année, le président Enrique Peña Nieto a annoncé que 10 zones supplémentaires situées en eaux profondes seraient également proposées à la vente. Le réseau de distribution de détail du pétrole a été modifié. Pour la première fois depuis la nationalisation du secteur en 1938, des entreprises privées ont été autorisées à ouvrir des stations-essence sous d’autres marques que Pemex. Cette décision devrait contribuer à une baisse des prix à la pompe au profit des consommateurs.

D’après Sophia Whitbread : « En tant que monopole de l’État, Pemex était présente dans tous les domaines, et pas uniquement dans le pétrole. Tout d’un coup, l’entreprise est tenue de revoir sa feuille de route et faire face à la concurrence d’autres arrivants. Les réformes ont ouvert les portes à des entreprises et des technologies étrangères, durcissant la concurrence, améliorant le degré d’efficacité et profitant au consommateur final. »

La signature de l’ALENA en 1992 a conforté la place du Mexique parmi les principaux partenaires commerciaux des États-Unis. Dans les années qui ont suivi, les liens économiques entre ces deux pays se sont significativement renforcés.

D’après la Chambre de commerce des États-Unis, le Mexique est le 3ème fournisseur du pays et le 2ème consommateur. De même, les États-Unis exportent 2 fois plus au Mexique qu’en Chine et 8 fois plus qu’au Brésil.

Pour Sophia Whitbread, la proximité géographique avec les États-Unis et le libre accès aux marchés américains ont joué un rôle essentiel dans le récent essor de la production manufacturière au Mexique, en particulier dans le secteur automobile. Rien que sur l’année 2015, par exemple, Ford a annoncé un projet d’investissement de 3,5 milliards USD dans le développement de nouveaux moyens de production au Mexique. Toyota lui a emboîté le pas avec un projet de 1 Md USD, et Volkswagen a également annoncé de prochaines dépenses d’investissement.

Dans certains cas, il est désormais plus logique pour les entreprises américaines de reporter leurs besoins de main d’œuvre sur les chaînes d’approvisionnement mexicaines au détriment de la Chine, suite à la forte hausse relative du coût de la main d’œuvre dans ce pays.

Enfin, les transferts de fonds (les sommes que les travailleurs mexicains vivant à l’étranger, et en particulier aux États-Unis, renvoient chez eux) restent un facteur important pour l’économie locale. En décembre 2014, par exemple, ces flux ont remplacé les revenus du pétrole au premier rang des sources de revenus étrangers du Mexique. Depuis lors, leur valeur n’a cessé d’augmenter. D’après la Banque centrale mexicaine, les transferts de fonds ont atteint 6,2 milliards USD au premier trimestre 2016, soit une hausse de 8,6% des sommes transférées sur la même période en 2015. D’après Sophia Whitbread : « La vigueur relative du dollar et la baisse du cours du peso ont contribué à accroître la valeur des transferts de fonds à destination de l’économie mexicaine, en particulier dans le secteur de la consommation. À cet égard, le Mexique est l’un des rares pays émergents à bénéficier de la vigueur du dollar américain. »

Risques et défis

  • Les cours du pétrole constituent un enjeu nettement moins significatif que dans le passé, mais une nouvelle baisse aurait pour effet de réduire les recettes publiques. Compte tenu de la force des liens économiques qui unissent les deux pays, une récession prolongée du secteur de la consommation aux États-Unis, tout comme le recul du dollar US, pourrait pénaliser le Mexique.

Le Mexique en quelques chiffres

  • 2014 : année où les transferts de fonds des travailleurs étrangers ont supplanté les revenus du pétrole au premier rang des revenus de source étrangère du Mexique.
  • 11,1 milliards : d’après un rapport du Congressional Reserve Service des États-Unis, le Mexique se place au 18ème rang mondial des réserves de pétrole. Le Mexique se situerait également à la 8ème place mondiale en termes de réserves de pétrole de réservoirs étanches (LTO), correspondant à 13 milliards de barils supplémentaires.
  • 337 : l’estimation en 2013 par la Banque mondiale du nombre d’heures annuelles qu’il fallait à un professionnel mexicain pour calculer et payer ses impôts (contre 176 heures dans les pays membres de l’OCDE).
  • 15 : le nombre de places gagnées par le Mexique dans l’indice de la facilité de paiement des impôts établi par la Banque mondiale depuis l’entrée en vigueur des réformes fiscales dans le pays en 2014.
  • 39% : le pourcentage de la population du Mexique titulaire d’un compte en banque, d’après la Banque mondiale (contre 68% de la population au Brésil).
  • 59% : le temps supplémentaire que le conducteur moyen à Mexico City peut s’attendre à passer dans des embouteillages en périodes de pointe contre les périodes de trafic fluide. Cette statistique place la ville de Mexico City au premier rang mondial des villes les plus embouteillées, devant Bangkok (2ème rang) et Istanbul (3ème rang).
  • Le Mexique est le 3ème fournisseur mondial des États-Unis et son 2ème plus gros consommateur. Les États-Unis exportent 2 fois plus au Mexique qu’en Chine et 8 fois plus qu’au Brésil.
  • Le « facteur Trump » peut être perçu comme un frein potentiel pour le Mexique. Le candidat républicain a indiqué qu’il prévoyait de demander au Mexique de construire un mur pour mettre un terme à l’immigration illégale à destination des États-Unis. Il a proposé d’imposer un droit de douane de 35% sur les importations mexicaines, tout en laissant entendre que d’autres pans de l’ALENA pourraient faire l’objet d’une renégociation. Cependant, Sophia Whitbread ne pense pas que ces différents scénarios soient réalistes. « Dans la pratique, les politiques sont contraints à plus de pragmatisme que leur rhétorique électorale. Pour ma part, je pense qu’il est peu probable que Donald Trump cherche à démanteler les accords de libre-échange actuellement en vigueur avec le Mexique. Cela risquerait de susciter la colère d’un grand nombre d’entreprises américaines majeures et biens établies qui bénéficient des accords actuels. »

Sophia Whitbread , 21 juillet

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