›  Opinion 

L’atonie du marché des financements en EuroPP ne remet pas en cause sa dynamique

Selon Cyril Kammoun, Responsable de l’investment banking de Degroof Petercam en France, le millésime 2016 des EuroPP ne restera pas dans les annales. Beaucoup de liquidités à disposition des établissements de crédit et peu de projets à financer expliquent le recul provisoire de ce mode de financement désintermédié, alternatif aux prêts bancaires.

Le millésime 2016 des EuroPP ne restera pas dans les annales. Beaucoup de liquidités à disposition des établissements de crédit et peu de projets à financer expliquent le recul provisoire de ce mode de financement désintermédié, alternatif aux prêts bancaires. Mais, très développé aux Etats-Unis (USPP), il devrait continuer à prendre de l’ampleur en France au cours des prochaines années.

Le marché des EuroPP (Euro Private Placements), qui permet à des investisseurs de prêter directement à des entreprises émettrices à travers des placements privés, connaît depuis le début de l’année un ralentissement assez marqué : 2 milliards d’euros ont été levés, contre 4,8 milliards sur l’ensemble de 2015. Plusieurs facteurs expliquent cette tendance à la baisse : la liquidité bancaire abondante et la baisse continue des taux conduisent les établissements de crédit à relancer à tout prix leur conquête de parts de marché auprès des entreprises. En Europe, historiquement, le secteur bancaire occupe une place prépondérante dans le financement de l’économie. Pourtant, la crise de 2008-2009 avait mis un coup d’arrêt à cette dynamique. La mise en place de nouvelles contraintes réglementaires avait conduit au développement d’une vague de désintermédiation et à la naissance du marché des EuroPP en 2012.

Cependant, dans ce contexte de liquidité abondante et de concurrence bancaire accrue, les investisseurs potentiels ne peuvent également que constater un faible nombre de projets à financer cette année.

Or, ce marché des EuroPP n’est pas destiné à tous les types d’émetteurs. Certaines grandes entreprises, dont les chiffres d’affaires dépassent le milliard d’euros, ont levé des fonds sur ce marché, qui ne leur était pourtant pas destiné en priorité. En effet, elles peuvent aujourd’hui aisément émettre sur les marchés obligataires à des taux plus attractifs, sans subir des « covenants » contraignants. A l’inverse, certaines entreprises de taille petite et moyenne seraient susceptibles d’être intéressées par le marché des EuroPP, mais elles ne sont pas éligibles aux critères de taille posés par les investisseurs spécialisés.

Plus attractif, le marché des USPP séduit des entreprises européennes

Encore récent, ce marché du placement privé destiné à financer des projets de moyen ou long terme est en effet destiné en priorité aux entreprises de taille intermédiaire (ETI), celles qui cotées ou non n’appartiennent ni au Cac 40, ni au SBF 120 mais affichent tout de même un EBITDA en moyenne supérieur à 10 millions d’euros. Quand ces entreprises ont un projet à financer, elles ont désormais la nécessité de s’interroger sur cette option, d’engager une réflexion plus aboutie sur la structure de leur financement et de leur capital.

Le crédit bancaire reste incontournable, mais le placement privé est amené à prendre une place grandissante, en complément, dans les options de financement.

Aux Etats-Unis, le paysage est très différent car la culture du crédit y est beaucoup plus développée et la désintermédiation davantage répandue. Le marché des USPP (US Private Placements) est plus mature, animé à 90% par des assureurs-vie. La durée moyenne des prêts en USPP est plus longue, elle s’étale sur dix ans en moyenne et peut atteindre quinze ans, alors qu’elle ne dépasse pas sept ans en moyenne pour les EuroPP. Le succès des USPP, qui peuvent offrir aux entreprises émettrices des conditions financières plutôt attractives, a poussé certaines entreprises européennes, telles que Valeo, à intervenir sur ce marché.

Lever des fonds en dollars et les convertir en euros peut en effet s’avérer plus judicieux pour un émetteur européen que d’émettre directement sur le marché des EuroPP.

Cyril Kammoun , 12 octobre

Partager
Envoyer par courriel Email
Viadeo Viadeo

Focus

Opinion Solvabilité II : peut-on valoriser les engagements des assureurs comme des produits dérivés ?

Alors que la directive Solvabilité II est entrée en vigueur et mise en œuvre dans les compagnies d’assurance européennes depuis le 1er Janvier 2016, de nombreuses questions se posent encore quant à l’utilisation de la théorie des options en finance pour valoriser les engagements des (...)

© Next Finance 2006 - 2016 - Tous droits réservés