›  Opinion 

Brexit : Le Rubicon est-il franchi ?

La mise en œuvre de l’article 50 du traité de Lisbonne a officialisé hier l’intention du Royaume-Uni de se séparer de l’Union européenne et amorcé le début des négociations de sortie. Quel sera l’impact pour les entreprises britanniques ? Quels risques et opportunités peut-on anticiper ?

Ce que nous savons à ce stade

La livre sterling a joué, comme prévu, le rôle de baromètre depuis le référendum sur la sortie de l’Union européenne (UE). La faiblesse de la devise britannique a commencé à alimenter l’inflation et à susciter de l’inquiétude quant à un impact potentiel sur le niveau des salaires. Les ventes au détail se sont relativement bien maintenues, mais la période est trop courte pour en tirer de véritables conclusions.

L’impact sur les marchés actions

Certains secteurs comme les biens de consommation, l’immobilier (notamment la construction) et les services publics ont déjà sensiblement réagi en Bourse, et devraient continuer à être affectés. Les deux premiers secteurs seront particulièrement vulnérables à toute compression supplémentaire des revenus réels, tandis que les services publics ont vu leurs marges chuter sous l’effet du taux de change qui a gonflé les prix à l’importation. Il est sans doute exagéré de craindre un exode de masse des sièges des multinationales - mais il serait tout aussi naïf de s’attendre à un scenario « business-as-usual ».

Un exemple parlant : les hautes sphères européennes ont récemment averti les compagnies aériennes basées au Royaume-Uni de la nécessité de relocaliser leurs sièges afin de pouvoir maintenir leurs itinéraires de vol à travers l’Europe continentale.

D’autre part, les exportateurs ont connu une poussée grâce à la livre plus faible, mais cela pourrait s’avérer temporaire si les négociations aboutissent à une séparation plus amère (y compris un retour des droits de douane) - ironiquement, il s’agit du scenario que le marché des changes semble avoir pris en compte dans ses valorisations.

A quoi faut-il s’attendre ?

La probabilité d’un « Hard Brexit », correspondant à la sortie du marché unique européen et de l’union douanière, semble se renforcer. Le discours actuel des politiques suggère en effet la volonté de préparer l’opinion publique à ce scenario éventuel.

Malgré les diverses estimations qui ont circulé dans les medias, le flou règne encore autour du coût exact de la sortie de l’UE pour le gouvernement britannique. Il est possible que ce sujet cristallise très tôt l’attention et l’énergie, au détriment de discussions critiques et plus complexes concernant, par exemple, la possibilité d’un pacte commercial.

En termes d’agenda politique, les négociations sur le Brexit vont sans aucun doute dévier l’attention des sujets domestiques pour les deux prochaines années. La stratégie industrielle ambitieuse de Theresa May, qui prévoit notamment d’intensifier les investissements d’infrastructure dans des secteurs comme les transports, l’internet haut débit et l’énergie, fait partie des sujets qui pourront passer au second plan.

En résumé, l’activation de l’article 50 marque le début d’un processus de négociation qui risque de s’avérer mouvementé.

Nous nous attendons à des périodes de volatilité récurrentes, à mesure que les marchés évalueront l’impact sur les entreprises individuelles. Nous chercherons, dans ce contexte, à exploiter au mieux les anomalies de valorisation qui pourront se manifester au fil du processus.

Mark Whitehead , 3 avril

Partager
Envoyer par courriel Email
Viadeo Viadeo

Focus

Opinion Smart Beta et psychologie

En français, l’expression « Smart Beta » sonne comme un oxymore. Que pourrait-il y avoir de smart à appliquer toujours la même stratégie, alors que les marchés sont versatiles ? Un gérant, avec sa capacité à analyser l’évolution du contexte de marché, devrait bien réussir à faire mieux (...)

© Next Finance 2006 - 2017 - Tous droits réservés