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Attention aux mirages !

Selon Daniel Gerino, président et directeur de la gestion de Carlton Sélection, la conjoncture actuelle semble justifier l’emballement des marchés actions. Mais les déséquilibres internes de l‘économie chinoise et la faiblesse de l’investissement aux Etats-Unis pourraient finir par enrayer ce scénario euphorique.

Les marchés financiers sont parfois déconnectés des fondamentaux économiques. Ces périodes sont bien souvent annonciatrices d’une amélioration de la situation non encore perceptible dans les données statistiques d’activité. Mais il arrive que le monde de la finance surfe sur ses désirs de voir le verre à moitié plein et survalorise certains actifs pariant sur le maintien à moyen terme de statistiques sympathiques à court terme. Bien souvent la déception est à la hauteur de l’enthousiasme précédent.

La situation actuelle est en partie « drivée » par ce phénomène de dichotomie qui laisse les marchés boursiers très hésitants.

Les marchés de taux et particulièrement les fonds d’Etat sont survalorisés par l’impact des achats massifs de la Banque centrale européenne. Qu’adviendra-t-il dans quelques mois lorsque le « tapering » sera mis en œuvre ?

L’activité industrielle se tient bien un peu partout dans le monde. Les raisons en sont la croyance aveugle dans les bonnes nouvelles même lorsqu’elles ne sont pas certaines. Ainsi, le redémarrage de la bourse américaine suite à l’élection de Donald Trump s’appuyait sur la croyance d’un vaste plan de relance des infrastructures et d’une réduction massive de la fiscalité des entreprises. Même si ces orientations sont nécessaires, de notre point de vue, elles ne sont pas entérinées et pourtant les marchés exultent.

En Chine, l’approche du congrès du parti communiste et des élections fausse la lecture des chiffres d’activité. En effet, Xi Jinping met la poussière sous le tapis et survend sa croissance au monde entier. Les nuages pourraient s’accumuler et pas seulement par la pollution ambiante. En effet, le crédit abondamment distribué constitue une menace pour la Chine. La forte stimulation artificielle du crédit semble déjà s’essouffler et le marché immobilier pourrait en souffrir. Or la bourse s’est emballée sur un trend d’activité peu soutenable sans les stimuli dangereux de l’Etat. Les matières premières ont également sur-réagi à ce phénomène d’anticipation. Les métaux ferreux et non ferreux ont des parcours exponentiels depuis quelques mois s’appuyant sur la croyance dans ces plans de relance et sur d’importantes positions spéculatives misant sur ce mirage. Attention au brusque retour aux réalités.

Etats-Unis : une baisse du dollar qui renforce l’inflation importée

Le dollar reste le pivot des tendances économiques et financières. En effet, celui-ci devrait continuer à s’affaiblir dans un mouvement de repli qui pourrait nous conduire à 1,25 puis 1,30. Le risque économique d’un dollar fort est en effet trop important. L’économie américaine souffre d’un manque d’investissement, les ménages consomment toujours mais le rythme décélère et la progression des revenus n’est pas suffisante. Quant au secteur de la construction qui tirait mollement la croissance, il semble s’essouffler. La composante commerce extérieur de la croissance américaine est négative et au mieux légèrement positive depuis plusieurs trimestres, la force du dollar sur cette période n’y étant pas étrangère. La baisse de celui-ci pourrait être un sérieux adjuvant à l’amélioration de la balance commerciale et particulièrement vis-à-vis de la Chine dont le solde ressort à -347 milliards de dollars en 2016. Cette baisse du dollar souhaitée par les Américains pourrait également faciliter la poursuite d’une normalisation de la politique monétaire de la Fed. Elle présente l’avantage de rendre les produits made in USA plus compétitifs mais aussi de stimuler l’inflation par le biais des produits importés (le phénomène commence d’ailleurs à produire ses effets sur l’inflation), ce qui facilitera le travail de Mme Yellen.

En contrepoint, la Banque centrale européenne se trouvera sans doute gênée par la vigueur de l’euro éloignant encore plus le taux d’inflation de son objectif de 2%. La sortie de la politique accommodante de la BCE sera à coup sûr très délicate.

Dans ce contexte de guerre des devises déjà bien amorcée, la belle amélioration des indicateurs avancés en Europe, la fin des incertitudes politiques et la volonté de plus en plus affichée de faire les réformes nécessaires font souffler un vent d’optimisme qui pourrait constituer une belle opportunité d’achat des marchés actions de la zone euro. Toutefois, la vigilance doit rester présente à l’esprit car une bourrasque sur le ciel américain ou chinois ne serait pas sans conséquences sur l’Europe.

Daniel Gérino , 21 septembre

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