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Alain Dib : « La demande des investisseurs pour les obligations convertibles est forte »

Selon Alain Dib, Responsable Mondial de l’activité Equity-Linked chez BNP Paribas, l’appétit pour les obligations convertibles est supérieur à l’offre disponible, actuellement proposée par les émetteurs…

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Quelles sont les tendances observées sur le marché des obligations convertibles, ces dernières années en Europe, notamment en termes de volume d’émission ?

Le marché des obligations convertibles est reparti de l’avant en ce début d’année après une année 2011 pour le moins morose. Quelques chiffres pour illustrer mes propos. L’an dernier, le volume d’émission s’est, en effet, élevé à environ 7 milliards d’euros à travers une vingtaine d’opérations ; c’est-à-dire des chiffres loin des montants « standards » qui avoisinent plutôt les 25/30 milliards d’euros émis approximativement par une cinquantaine d’émetteurs. Mais, en ce début de l’année, le marché semble retrouver son dynamisme avec près de 3,8 milliards d’euros d’émissions réalisées sur un total de 7 transactions, dont la plus récente concerne la société Adidas.

Quelles sont les dernières opérations les plus importantes, en termes de taille sur le marché français et européen ?

Deux opérations ont récemment marqué les esprits. Adidas, tout d’abord pour un montant de 500 millions d’euros comme je vous le disais. Mais, la plus importante émission est à mettre à l’actif de la multinationale industrielle allemande Siemens qui a émis pour 3 milliards de dollars d’obligations convertibles en 2 tranches : une première de 1,5 milliards d’euros, échéance 5.5 ans et une seconde du même montant, ayant cette fois une maturité en 2019.

Pensez-vous que le marché primaire sera au rendez-vous en 2012 ?

Oui, le marché primaire sera au rendez-vous en 2012, si les conditions macro-economiques le permettent, ce qui semble être le cas en ce début d’année. Il faut en effet savoir que les investisseurs ont beaucoup de liquidités disponibles en ce moment et sont très demandeurs d’obligations convertibles. L’appétit pour ce type de produits financiers est, en effet, supérieur à l’offre disponible, actuellement proposée par les émetteurs. Ces derniers ont été échaudés par les récentes turbulences enregistrées sur les marchés financiers et hésitent donc, pour le moment, à se lancer dans des émissions d’obligations convertibles. Cela était particulièrement vrai durant le deuxième semestre de l’an dernier, après la crise boursière survenue pendant l’été 2011.

Comment expliquez-vous les réticences actuelles des émetteurs alors que les obligations convertibles leurs permettent d’emprunter à un taux plus faible qu’avec des obligations classiques ?

Comme je vous le disais précédemment, le contexte actuel y est pour beaucoup dans cette attitude des émetteurs. Mais, si la situation s’améliore sur les marchés financiers, cela devrait évoluer favorablement. D’ailleurs, on constate actuellement les premiers effets d’un meilleur environnement boursier, dans le rythme d’émission enregistré en ce début d’année 2012.

Quelles sont vos perspectives pour les obligations convertibles dans les années à venir ?

La demande des investisseurs pour les obligations convertibles est forte. Il faut dire que ces instruments financiers ont le mérite d’avoir une double qualité : un potentiel de gain en cas de rebond boursier tout en offrant une protection à la baisse à travers leur composante obligataire. La forte appétence pour ces produits devrait donc continuer dans les années à venir, d’autant plus que les cours des actions sont aujourd’hui plus proches de leurs points bas que de leurs sommets.

Les obligations convertibles semblent une classe d’actifs particulièrement recherchée, notamment du fait de son traitement favorable dans Solvency II. La demande des investisseurs institutionnels risque d’être forte, le marché des obligations convertibles est-il assez large pour satisfaire la demande ?

Oui, à condition que les émetteurs reprennent un rythme d’émission plus soutenu, comme on l’a vu en 2009 ou en 2007. A l’époque, plus d’une cinquantaine d’opérations avaient été par exemple réalisées pour un montant dépassant les 35 milliards de dollars par an.

Les obligations convertibles sont des instruments parmi les plus difficiles à « pricer » (notamment en raison de leurs nombreuses clauses complexes) et pourtant ils sont affichés comme des valeurs mobilières simples aux yeux du public, mieux bénéficient de la régulation Solvency II. Comment expliquez cela ?

Effectivement, les obligations convertibles sont des instruments difficiles à « pricer » car elles intègrent un certain nombre de variables « complexes », tel que la volatilité, le repo ou encore les spreads de crédit par exemple. Naturellement, les investisseurs dédiés aux convertibles sont des investisseurs sophistiqués qui maitrisent parfaitement l’ensemble de ces paramètres. Dans le même temps, ces produits ont l’avantage d’être assez simples à expliquer au public. Il s’agit tout simplement d’une obligation permettant de participer positivement à une hausse du cours de l’action de la société émettrice. Les investisseurs comprennent donc facilement, qu’en cas de hausse des marchés boursiers, ce type de produits permet sur le long terme, d’optimiser le couple rendement/risque par rapport à un simple placement en actions ou en obligations.

RF , Mars 2012

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