Actions européennes : Le débat « Value vs Growth » tend à occulter les fondamentaux

Selon Franz Weis, gérant de portefeuille chez Comgest, les grands gagnants à court terme du débat « value vs growth », tels que les valeurs financières, présentent de piètres fondamentaux. Selon lui, le profil de rendement/risque des valeurs croissance de qualité s’est sensiblement amélioré en 2016...

Les actions européennes « value » ont fortement rebondi au cours du second semestre 2016. La victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine s’est révélée particulièrement bénéfique au secteur de la finance, secteur « value » par excellence.

L’indice MSCI Europe Value a surperformé de près de 15 % l’indice MSCI Europe Growth entre juillet et décembre 2016. Ce rebond des titres « value » est le plus prononcé depuis la crise financière mondiale.

De tels renversements de tendance ont de profondes implications à court terme sur les performances et influencent les décisions des investisseurs. Dans une récente enquête réalisée auprès des courtiers, 54 % de ceux interrogés ont indiqué estimer que le rebond des actions « value » allait se poursuivre durant une bonne partie de 2017, alors que seuls 13 % d’entre eux ont jugé qu’il était déjà arrivé à son terme [1]. À l’évidence, le débat « value/growth » est appelé à se poursuivre en 2017.

Ce récent rebond des titres « value » se justifie-t-il du point de vue des fondamentaux ? La récente hausse des prix des matières premières a conduit à une amélioration des perspectives bénéficiaires des entreprises liées à l’énergie et aux matières premières pour 2017 et 2018, à condition que cette hausse s’inscrive dans la durée. Au cours du mois de décembre, les valeurs financières ont accéléré le rebond des titres « value » dans la mesure où le marché interprète positivement tout hausse des taux d’intérêt pour ce secteur. Toutefois, les prévisions de bénéfice par action (BPA) pour les institutions financières européennes continuent de baisser. La feuille de route stratégique 2016-2019 d’Unicredit [2] dont les priorités sont des cessions d’actifs, des fermetures d’agences, des licenciements et une augmentation de capital et l’objectif de croissance est modeste (0,6% de hausse du produit net bancaire) est l’exemple le plus récent de la fragilité de la croissance des bénéfices des banques européennes.

Pour les entreprises « value » européennes, la croissance des bénéfices est appelée à fortement s’accélérer de -2 % en 2016 à +18 % en 2017. Elles sont créditées d’un potentiel de croissance de leurs bénéfices de près de 9 % par an entre 2016 et 2018. Mais, cette croissance est tributaire de plusieurs facteurs tels que le redressement des prix des matières premières, l’augmentation de la demande de crédits et la hausse durable des taux d’intérêt. Mais cette hausse des taux d’intérêt est-elle compatible avec des prévisions de croissance économique tablant sur une accélération minime par rapport au rythme actuel plutôt modeste ? Contrairement aux valeurs de croissance qui ont pâti d’une baisse de plus de 10 % de leur ratio cours/bénéfice (PER) durant les 12 derniers mois, les sociétés « value » européennes ont bénéficié d’une réévaluation à la hausse de leur ratio. En ce début 2017, elles se négocient à un PER de 13,5x, un niveau qu’il est difficile de considérer comme « bon marché ». Cela étant dit, elles ont peu de risque de décevoir sur le front des bénéfices en 2017.

A l’inverse, nous sommes convaincus que le profil de risque/performance des actions de croissance s’est sensiblement amélioré au cours des 12 derniers mois. Les valeurs au sein du portefeuille de notre fonds phare, Renaissance Europe, présentent actuellement un PER de 20x pour une croissance du BPA de 10 % attendue en 2016, 2017 et 2018. On continue d’observer une croissance continue des bénéfices intervenue ces dernières années grâce à l’innovation. Leur essor dépend de tendances de croissance structurelle et d’initiatives propres à chacune d’entre elles, plutôt que du cycle économique difficile à prévoir et volatil. Il est important, selon nous, d’adopter une approche « bottom-up » axée sur les fondamentaux et non sur les variables macroéconomiques et les rotations stylistiques.

Le débat « value vs growth » est-il digne d’intérêt pour les investisseurs à long terme ? De notre point de vue, il tend à faire oublier les signaux fondamentaux tels qu’une croissance des bénéfices et une génération de flux de trésorerie durables.

Dans le pire des cas, cela revient juste à suivre une tendance. En 2017, notre attention va rester concentrée sur les fondamentaux « bottom-up ». Au cours des premiers mois de la nouvelle année, les sociétés du monde entier vont publier leurs perspectives de croissance pour 2017. Cela devrait contribuer à faire redescendre les investisseurs sur terre et permettre de constater s’ils donnent à nouveau la priorité aux fondamentaux plutôt que de s’appesantir sur le débat « value vs growth ».

Franz Weis , 20 janvier

Notes

[1] BofA Merrill Lynch Global Fund Manager Survey, le 13 décembre 2016.

[2] Annonces des sociétés

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