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Un seul indicateur pour les marchés aujourd’hui… le pétrole !

Pour connaitre le vecteur principal de volatilité sur les marchés, il ne faut plus désormais s’attarder sur des publications d’enquêtes, de consommation, d’emploi, de croissance du PIB ou même d’inflation, il suffit d’observer la volatilité créée tous les mercredis à 16h30 par la publication des stocks hebdomadaires de pétrole américain

Pour connaitre le vecteur principal de volatilité sur les marchés, il ne faut plus désormais s’attarder sur des publications d’enquêtes, de consommation, d’emploi, de croissance du PIB ou même d’inflation, il suffit d’observer la volatilité créée tous les mercredis à 16h30 par la publication des stocks hebdomadaires de pétrole américain. Mais anticiper le sens de la tendance n’est pas chose aisée, loin de là.

En décembre, une baisse des stocks préjugeait d’un rebond des marchés car elle indiquait a priori un ralentissement de la production pouvant soutenir le cours du baril de pétrole. Mais cette tendance n’est pas toujours juste. La semaine dernière, l’augmentation des stocks de 3,5 millions de barils, un chiffre plus fort qu’attendu, relançait le cours du baril de Brent et lui permettait d’effacer une partie de ses pertes du jour. Mercredi, les cours sont repartis à la hausse dès la publication d’une progression bien plus forte qu’attendu des stocks américains (10,4 millions de barils contre 3,4 millions attendus)… de quoi en perdre son latin.

Ce qui est certain en revanche, c’est que cette publication ne laisse personne indifférent. Les bourses s’inquiètent du pétrole à tel point que le baril fait la tendance du marché à lui seul.

En effet, la corrélation entre prix du baril et cours des actions, usuellement très faible ou négative, est devenue fortement positive. La corrélation moyenne annuelle entre le cours du baril de brut et le MSCI World montre une certaine dichotomie historique entre les deux puisqu’elle était de 0,32 en 2012, de -0,12 en 2013, de -0,66 en 2014, et de 0,55 l’année dernière. Néanmoins, cette corrélation bondit à 0,72 depuis le début de l’année 2016, et à 0,84 en février ! L’influence du brut est également notable sur le marché du crédit. La chute du cours entraine une hausse des taux de défauts dans le secteur Pétrole & Gaz, dans toutes les zones géographiques et plus précisément aux Etats-Unis où ce taux monte à plus de 7% selon Moody’s, dès lors que le cours du baril est passé sous les 40$ en décembre. Il est toutefois naturel que le pétrole devienne le vecteur principal du marché puisqu’il s’avère être une possible source de crise, qu’il s’agisse d’un « événement crédit » ou d’une crise des pays émergents. Autre menace, différente celle-ci, la chute du cours du baril pourrait-elle préjuger d’un ralentissement brutal de l’économie chinoise ?

Mais alors où en sommes-nous de ces menaces ? En ce qui concerne le marché du crédit et le risque d’effet domino des taux de défaut, il faut savoir que la dette actuelle du secteur Pétrole & Gaz est actuellement de 3100 milliards de dollars, dont 1500 milliards pour l’Amérique du Nord, 800 milliards pour les pays émergents et 700 milliards pour l’Europe.

Mais ces dettes ont une particularité, elles sont principalement portées par des investisseurs finaux, ou des asset managers et seuls 500 à 550 milliards de dollars sont supportées par les banques. A titre de comparaison, en 2008, les crédits immobiliers américains pesaient 15 000 milliards de dollars dont près de 2300 milliards très risqués étaient supportés par les banques, américaines pour la grande majorité. Alors certes, il peut paraître inquiétant de voir des institutions comme JP Morgan, ou Wells Fargo accumuler des fonds de secours pour faire face à une explosion du taux de défaut, mais il convient de relativiser lorsqu’on constate que ces réserves se montent à 1,5 milliard de dollars, un bien faible montant pour les grandes banques quand on sait qu’elles ont dû s’acquitter de 66 milliards de dollars d’amendes du fait de fraudes sanctionnées par les régulateurs financiers en 2014, et de 27 milliards en 2015… Bien entendu, des défauts en chaîne seraient nuisibles mais ne seraient en aucun cas comparables à la crise des subprime. Quant à un baril de brut qui s’effondrerait du fait du ralentissement brutal de l’économie chinoise, il suffit d’observer la croissance de la demande locale de pétrole attendue d’ici 2020 pour voir que la conjoncture chinoise n’est pas ou peu responsable de la chute du cours. En effet, l’atonie passagère provient d’une moindre demande des pays de l’OCDE et nous constatons que le commerce de brut se déplace vers l’Est où la Chine et les autres pays d’Asie vont augmenter leurs importations de l’ordre de 2,4 millions de barils par jour d’ici 2020.

L’inquiétude s’avère donc a priori excessive, et c’est peut-être la raison pour laquelle nous assistons à un rebond des marchés depuis près de trois semaines. Toutefois, le cours du baril demeure faible et risque de le rester encore de nombreux mois puisqu’un déséquilibre est né de la faible progression de la demande et de l’excès d’offre. Selon l’AIE (Agence Internationale de l’Energie), l’excédent de production était de 2 millions de barils par jour en 2015, il devrait être en moyenne de 1,1 million en 2016, et ensuite seulement la production mondiale diminuerait et redeviendrait inférieure à la demande. Mais le prix ne rebondirait pas nécessairement dès 2017 à cause des énormes stocks accumulés. Il ne faut donc pas s’attendre à un rebond du baril avant l’année prochaine au bas mot. Et si l’offre augmente plus rapidement que la demande, c’est du fait de la résistance des producteurs de pétrole de schiste d’une part, et du retour de l’Iran sur le marché d’autre part.

En effet, il semblerait que la stratégie de l’Arabie Saoudite consistant à couler le schiste américain ait échoué puisqu’en décembre la production américaine était encore de 9,2 millions de barils par jour avec un baril de Brent vacillant entre 35 et 40 dollars, alors qu’elle se montait à 9,6 millions de barils par jour en juin, quand les cours s’approchaient de 65 dollars.

L’AIE estime que la production faiblira peu à court terme avec une production comprise entre 8,5 et 9 millions de barils par jour jusqu’en 2017. A ce rythme, la production mondiale n’est pas près de s’effondrer, ni les cours de rebondir. L’erreur probable de l’OPEP a été une surestimation du seuil de rentabilité du pétrole de schiste que les observateurs évaluaient entre 60 et 70 dollars il y a encore un an, alors que ces mêmes analystes l’estiment à 45 dollars aujourd’hui. On évalue même ce seuil à 25 dollars dans certaines régions du Texas. A ce récent mastodonte sur le marché du pétrole s’ajoute le retour en force de deux acteurs historiques. Longtemps bridés par des sanctions, l’Irak et l’Iran sont revenus sur le marché et ont contribué à l’excès d’offre l’année dernière. L’Irak a augmenté sa production de 500 000 barils par jour à 4,35 millions malgré les prix bas, et la production iranienne passerait de 3 à 3,6 millions de barils par jour au cours de l’année 2016 grâce à la suspension de l’embargo. Toutefois, l’AIE estime que ces chiffres stagneraient en 2016 et en 2017, les deux acteurs apparaissant incapables de produire plus à moyen-terme, limitant ainsi l’excès d’offre.

Il y a quelques mois, les économistes et observateurs du marché du monde entier se félicitaient de la baisse du pétrole et des matières premières, événement favorable à la conjoncture mondiale. Aujourd’hui, d’aucuns s’inquiètent de la faiblesse du cours et les marchés rebondissent dès lors que le Brent ou le WTI s’apprécient de quelques cents. Le marché serait bien inspiré de ne pas surestimer les menaces dues au cours du pétrole. Et enfin, il devrait éviter de rester focaliser sur ce seul indicateur car d’autres menaces pourraient apparaître ailleurs sans qu’on en ait tenu rigueur.

Thomas Page-Lecuyer , 8 mars

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