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Réduire le risque d’investissement n’est pas une option pour les assureurs selon une étude de BlackRock

Selon l’étude « Global Insurers Investment Strategies 2016 » de BlackRock, les assureurs conservent un fort appétit pour le risque. Ils sont confrontés à un casse-tête de l’allocation d’actifs entre liquidités, obligations et crédit plus risqué...

Une nouvelle étude commandée par BlackRock révèle que l’environnement de croissance faible et de taux durablement bas renforce l’appétit pour le risque des assureurs, en dépit des incertitudes géopolitiques.

Dans ce contexte d’instabilité géopolitique, de rendements obligataires faibles et de croissance atone, la cinquième édition de l’enquête mondiale annuelle BlackRock sur l’assurance (menée par The Economist Intelligence Unit auprès de 315 responsables du secteur) révèle que seulement 8 % des répondants prévoient de réduire leur exposition au risque, tandis que 47 % envisagent une augmentation et que 46 % souhaitent maintenir un niveau similaire sur les 12 à 24 prochains mois. Ces résultats soulignent un niveau de prudence légèrement plus élevé qu’en 2015, alors que 57 % des assureurs dans le monde prévoyaient de s’exposer davantage au risque, tandis que 38 % visaient à maintenir un niveau stable.

Patrick M. Liedtke, responsable du département gestion d’actifs Assurance de BlackRock en Europe, a déclaré : « l’environnement d’investissement mondial est toujours très délicat pour les assureurs. Bien que l’appétit pour le risque ait globalement légèrement diminué depuis l’année dernière, les assureurs prennent beaucoup plus de risques que dans le passé, à mesure qu’ils élargissent leurs horizons pour trouver de nouvelles sources de rendement et de revenus. »

Le Brexit enracine les tendances passées

La faiblesse de la croissance mondiale a été l’un des sujets de préoccupation phares des enquêtes précédentes, puisque depuis 2014, environ 50 % des répondants considèrent ce problème comme l’un des plus menaçants vis-à-vis de leur stratégie d’investissement, bien qu’il soit maintenant relégué au second plan derrière la perception d’un environnement politique beaucoup plus instable. Le risque géopolitique est invoqué cette année par 51 % des assureurs comme l’un des plus sérieux affectant les stratégies, contre 25 % en 2014. La faiblesse prolongée des taux d’intérêt a quant à elle été désignée comme le risque de marché le plus important par 59 % des répondants, suivi de près par la volatilité des prix des actifs (57 %).

Bien que ces résultats soient antérieurs au vote du Brexit intervenu fin juin, un nouveau sondage flash conduit auprès de plus de 100 assureurs a fait ressortir que les retombées du Brexit semblent amplifier les tendances préalablement anticipées, notamment sur le sujet des taux d’intérêt durablement bas.

Patrick M. Liedtke a commenté : « Le Brexit montre bien que les risques de marché qui inquiètent le plus les assureurs sont intimement liés à l’incertitude politique. »

Le casse-tête de l’allocation d’actifs

La volonté des assureurs de s’exposer davantage au risque contraste avec la proportion élevée de répondants qui prévoient d’augmenter leur allocation aux liquidités et aux emprunts d’État.

50 % des assureurs affirment en effet vouloir renforcer leurs détentions de liquidités au cours des prochains mois, contre 36 % l’année dernière, alors que 47 % d’entre eux estiment toujours augmenter leur allocation aux emprunts d’État, qui est ainsi la classe d’actifs obligataire la plus citée de cette enquête.

Cela met en exergue une tendance à prendre des risques de manière sélective sur différentes classes d’actifs.

Du côté des actifs risqués, 41 % des assureurs ont l’intention d’accentuer leurs pondérations des titres obligataires non-investment grade, contre seulement 26 % en 2015, et 21 % disent vouloir augmenter leur allocation aux actions, contre 13 % l’année dernière. Parallèlement, très peu ont prévu d’accroître leur allocation aux obligations investment grade comparé à l’année dernière (seulement 21 % contre 45 % en 2015).

Patrick M. Liedtke a poursuivi : « L’environnement macroéconomique imprévisible engendre un certain nombre de tensions et de contradictions manifestes dans l’allocation obligataire. Les assureurs stockent des liquidités avec réticence, afin de pouvoir miser sur des opportunités lorsque la volatilité de marché le permet. Ils transforment également les liquidités excédentaires en revenu additionnel en se positionnant sur des formes de crédit plus risquées et moins liquides. »

Intérêt marqué pour les marchés privés

Le rapport souligne une forte volonté de renforcer l’allocation aux marchés privés. 53 % des assureurs ont l’intention d’accentuer leur exposition aux prêts hypothécaires commerciaux, contre 38 % l’année dernière ; du côté des titres immobiliers commerciaux, 48 % prévoient une augmentation de leur allocation, alors qu’ils étaient 30 % en 2015.

L’intérêt porté au capital-investissement fait également ressortir cette tendance, sachant que 49 % des répondants pensent accroître leur allocation à ce segment, contre 27 % il y a un an.

Toutefois, les assureurs ont évoqué plusieurs barrières les empêchant de concrétiser pleinement leurs ambitions sur les marchés privés. Elles se rattachent principalement aux charges de capital ou encore à l’efficacité du capital, qui est citée par 46 % des interrogés. La collaboration avec les équipes dirigeantes apparaît cruciale, et 27 % des assureurs affirment travailler sur la formation des parties prenantes en interne.

« Les marchés privés constituent une formidable opportunité pour les assureurs, et notre enquête révèle un intérêt prononcé pour certains actifs générateurs de revenus et certaines primes de liquidité sur ce segment. Toutefois, il y a des obstacles à surmonter. Nous pensons qu’une évaluation approfondie des risques sous-jacents, un accès à un éventail d’opportunités le plus large possible, une expertise minutieuse et des processus adaptés pour mettre en œuvre les stratégies sont les éléments clés du succès dans ce marché concurrentiel », explique Liedtke.

La portée de Solvabilité II

En 2016, les questions réglementaires restent un facteur de risque macro majeur pour 46 % des répondants (soit le troisième facteur le plus important), ce qui représente une hausse de six points de pourcentage par rapport à l’année dernière. Cela dit, la nouvelle réglementation n’est plus considérée comme un vecteur de changement significatif au sein du secteur de l’assurance.

Les inquiétudes réglementaires divergent selon les pays, mais la directive Solvabilité II demeure le sujet de préoccupation numéro un pour l’ensemble des assureurs. Elle a été citée par 53 % d’entre eux comme ayant l’incidence la plus marquée sur leur processus décisionnel.

Les acteurs anticipent globalement un élargissement probable des réformes sur les fonds propres à des pays hors de l’Europe dans les trois à cinq prochaines années.

Liedtke conclut : « les exigences de fonds propres de Solvabilité II sont entrées en vigueur pile au moment où les assureurs renforçaient leur exposition aux actifs risqués afin de soutenir leurs business models. Bien que les modalités puissent être différentes, les assureurs en dehors de l’Europe se préparent à s’adapter à des règles plus strictes, mais devraient parallèlement disposer de plus d’opportunités de diversification. Dans ce contexte hautement concurrentiel, savoir assurer une gestion intelligente et efficace des investissements devient un élément différenciateur de plus en plus important. »

Next Finance , 27 septembre

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