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Programme d’assouplissement monétaire de la Banque d’Angleterre : Des mesures de relance décisives ou beaucoup de bruit pour rien  ?

Comme prévu, la BoE a dévoilé le 4 août une série de mesures visant à atténuer les répercussions économiques du Brexit. Stewart Robertson, économiste en chef d’Aviva Investors, analyse l’impact de ce programme...

Comme prévu, la Banque d’Angleterre (BoE) a dévoilé le 4 août une série de mesures visant à atténuer les répercussions économiques du Brexit. Stewart Robertson, économiste en chef d’Aviva Investors, analyse l’impact de ce programme d’assouplissement de la Banque d’Angleterre : représente-t-il le coup de fouet dont l’économie britannique a besoin ou se résume-t-il à une vaine intervention ?

La Banque d’Angleterre anticipe désormais une croissance du PIB de 0,8 % pour 2017, contre une estimation de 2,3 % en mai. Depuis sa constitution en 1997, jamais le Comité de politique monétaire de la Banque centrale n’avait autant abaissé ses prévisions de croissance. Dans ces circonstances, toute mesure de relance ne peut donc être que bénéfique. Ces actions auront pourtant en elles-mêmes peu d’effet en pratique : l’écart entre 25 et 50 points de base s’avérant limité, l’abaissement de taux n’aura qu’un impact marginal sur le coût d’emprunt.

Néanmoins, cette baisse indique que la BoE est prête à soutenir l’économie. Or, compte tenu des faits observés ces dernières années, force est de constater que les mécanismes nébuleux de la confiance et des croyances jouent un rôle central dans l’instauration d’un climat propice à l’investissement. Le nouveau plan de financement (« Term Funding Scheme ») revêt également une grande importance, car il devrait garantir l’accès à un financement peu coûteux à l’échelle économique nationale.

Le programme d’assouplissement quantitatif constitue une autre étape positive. En effet, lorsqu’un ralentissement économique compromet la croissance du financement, cette politique se présente comme un autre moyen de créer de la monnaie. Somme toute, ces mesures pourraient affaiblir la livre sterling, renforçant la compétitivité des exportations britanniques.

L’impact du programme d’achat d’obligations d’entreprise : accroissement des échanges et augmentation potentielle du volume d’émissions.

La Banque d’Angleterre engagera 10 milliards de livres sterling dans des obligations d’entreprise au cours des dix-huit prochains mois. Elle pourrait intensifier sa politique de rachat d’emprunts d’Etat britanniques, mais préfère privilégier la diversification sur le marché du crédit afin de s’assurer d’en avoir pour son argent. Les obligations d’entreprise offrent généralement un rendement élevé, les vendeurs sont donc susceptibles de s’orienter vers d’autres titres à haut rendement. Ce processus stimulera l’activité sur le marché et les émissions devraient également s’accroître.

La BoE a entrepris d’écarter les « carpet-baggers » (arrivistes) – ces sociétés étrangères tentées d’émettre des titres en livres pour tirer parti des coûts d’emprunt inférieurs – en faisant preuve de discrétion quant aux obligations concernées.

De nouvelles baisses de taux auront probablement lieu cette année, mais des taux négatifs pourraient se révéler contreproductifs

La Banque d’Angleterre abaissera sûrement les taux aux alentours de 10 points de base plus tard dans l’année. Si Mark Carney (gouverneur de la BoE) a fait savoir qu’il était contre l’instauration de taux négatifs, la BoE pourrait être contrainte de reconsidérer cette position en cas de forte détérioration des conditions économiques. Cependant, elle exclut clairement cette possibilité à l’heure actuelle.

Tout passage en territoire négatif risque de se révéler contreproductif. Réduire les intérêts de l’épargne vise à encourager les dépenses, mais une telle décision pourrait avoir un effet inverse à celui recherché, car les épargnants devront placer plus d’argent pour se constituer un capital équivalent. Les conséquences d’une politique de taux négatifs sont incertaines.

Activisme budgétaire : la présentation automnale du budget au centre de l’attention

Face à l’essoufflement économique, les stabilisateurs budgétaires automatiques vont entrer en jeu, au risque de peser sur la lente amélioration du déficit budgétaire observée ces dernières années. Concernant les initiatives d’activisme budgétaire, il nous faut attendre la déclaration automnale de Philip Hammond [ministre des Finances]. Rien ne laisse présager des mesures prévues pour le moment.

L’apparition de nouveaux signes de ralentissement économique d’ici à septembre pourrait mettre le gouvernement sous pression, l’incitant à engager des dépenses précoces pour les nouveaux projets d’infrastructure ou en vue de réhabiliter les écoles, routes et hôpitaux existants. Des émissions obligataires dans le secteur des infrastructures pourraient financer ces projets. Pareilles obligations sont susceptibles d’être achetées, à leur tour, par la Banque d’Angleterre, permettant ainsi d’harmoniser les politiques budgétaire et monétaire.

Stewart Robertson , 22 août

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