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Pétrole : le retournement de tendance est proche

Pour Roberto Cominotto, gérant sur le secteur de l’énergie chez GAM, grâce à la baisse de la production américaine de pétrole, nous allons bientôt assister à un retournement de tendance durable sur le marché de l’or noir. Dans ce contexte, les actions du secteur de l’énergie lui semblent toujours attractives...

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La chute des prix du pétrole est-elle enfin finie ? Après être tombé sous les 30 dollars, le prix du baril est remonté et se situe maintenant aux niveaux de décembre dernier. Même si la volatilité sera toujours de mise, nous arrivons bientôt à un tournant sur le marché du pétrole.

La crise actuelle du prix du pétrole est due à un problème d’offre - la production de gaz de schiste aux Etats-Unis a explosé en même temps que l’OPEP atteignait sa pleine capacité de production. En face, la croissance de la demande n’a jamais été aussi forte. La réduction des investissements - la plus forte jamais vue dans l’industrie du gaz et du pétrole - va inéluctablement conduire à une baisse de l’offre. Comme la demande va quant à elle rester forte, la surproduction devrait être absorbée durant le second semestre 2016, ce qui se répercutera sur les prix.

Pour beaucoup, le très net redressement des prix du pétrole depuis la mi-février était dû aux négociations entre la Russie et l’OPEP pour geler la production. Pour nous, c’est surtout le résultat du ralentissement de la production américaine et la perspective d’un meilleur équilibre entre l’offre et la demande pour le second semestre. L’échec des négociations de Doha étaient prévisibles étant donné le refus de l’Iran de participer à ce gel de la production. Pour l’Arabie Saoudite, il n’y avait pas de raison de changer de stratégie maintenant que le pays est assuré de pouvoir inonder le marché et d’évincer les autres pays ayant des coûts de production plus élevés. Un gel de la production aurait pu avoir un effet positif à court terme, mais n’aurait finalement pas changé grand-chose dans la confrontation offre/ demande étant donné que la majorité des producteurs ne sont pas réellement en mesure d’augmenter leur production dans les 12 mois à venir. Par ailleurs, l’Arabie Saoudite a tout intérêt à ne pas laisser les prix grimper trop vite et trop tôt : plus les prix restent bas longtemps, moins les autres producteurs vont être enclins à investir et plus le marché du pétrole va se resserrer dans les années à venir.

Le facteur décisif d’un retournement de marché en 2016 reste la baisse de la production américaine. La chute des investissements s’est fait ressentir plus rapidement dans l’industrie américaine du gaz de schiste que dans le secteur pétrolier classique. La diminution de plus 75% du nombre de puits de pétrole en activité aux Etats-Unis depuis le second semestre 2014 s’est traduite par une accélération de la baisse de la production ces dernières semaines. Cette tendance devrait persister dans les mois qui viennent. Le moteur de croissance de l’offre mondiale de pétrole de ces 6 dernières années est entré dans une phase de sévère déclin. Même si cette évolution est un facteur clé pour comprendre le marché en 2016, à partir de 2017, le plongeon des investissements au niveau mondial va commencer à affecter l’extraction de pétrole partout dans le monde, ce qui pourrait se traduire par un déficit de l’offre. Depuis fin 2014, le démarrage de nouveaux et grands projets pétroliers est quasiment au point mort. Etant donné le temps particulièrement long nécessaire à la mise en place de ce type de projet, le déclin naturel du nombre de puits de pétrole en activité et la croissance continue de la demande, nous pourrions arriver à une pénurie dans l’offre d’ici deux ou trois ans. Le gaz de schiste américain, qui ne représente qu’environ 5% de la production mondiale, ne pourra pas combler cette pénurie. A moyen terme, les prix du pétrole vont donc devoir revenir à un niveau auquel les producteurs seront incités à investir. Pour la majeure partie de la production pétrolière mondiale, ce niveau se situe aux alentours de 70$.

Des inquiétudes concernant l’Iran et la demande mondiale.

La levée des sanctions contre l’Iran et la baisse de la demande mondiale ont souvent été citées au début de l’année comme étant les raisons de la chute des cours du pétrole. L’Iran va augmenter sa production de 0,7 millions de barils par jour en 2016, mais cela devrait être plus que compensé par la baisse de la production américaine. Par ailleurs, nous ne voyons aucune raison de penser qu’une crise de la demande serait imminente. La demande a augmenté en 2015 plus fortement que jamais depuis la crise financière : une estimation prudente porte la croissance à environ 1 million de barils de plus par jour en 2016.

Le ralentissement chinois fait aussi partie des raisons régulièrement citées pour expliquer la baisse du cours du pétrole depuis un an et demi. Mais contrairement à ce que l’on croit, la demande de pétrole n’est pas corrélée aux investissements dans les infrastructures, mais à la consommation. Les importations chinoises de pétrole restent élevées et ont affiché une croissance stable durant les dernières années. L’augmentation substantielle du nombre de voitures vendues en est la principale cause. La majorité de ces voitures ne viennent pas remplacer des voitures plus anciennes mais sont des véhicules supplémentaires sur les routes chinoises. De plus, les chinois ont manifestement tendance à préférer les grosses voitures et les SUV.

Les panneaux solaires continuent leur percée

Une autre erreur commune est de penser que les énergies renouvelables sont moins attractives maintenant que les prix du pétrole ont baissé. Cependant, jusqu’ici rien ne prouve que le bas coût des matières premières ait des répercussions sur l’installation de source d’énergie renouvelable, malgré la crise du prix du pétrole que nous traversons depuis 18 mois. Les projets solaires et éoliens ont une durée de vie comprise entre 20 et 30 ans. Les investisseurs en parcs solaires ou éoliens basent donc leurs décisions d’investissement sur des scenarios concernant les prix de l’électricité sur les 20 ou 30 prochaines années. Les fluctuations à court terme des prix de l’énergie sont donc sans conséquence. De plus, sur beaucoup de marchés, les prix de l’électricité provenant d’énergies renouvelables sont fixés pour 20 ans. Les sources d’énergie renouvelables gagnent en importance, notamment grâce à la forte demande de la Chine, des Etats-Unis, de l’Inde et des autres marchés émergents. En 2015, les nouvelles installations de sources d’énergie solaire ont augmenté de 25% ; en 2016, elles devraient encore augmenté de 20%. Les énergies renouvelables qui étaient auparavant une niche sont devenues une source d’énergie standard. Plus de 50% des capacités nouvelles de production d’énergie sont aujourd’hui renouvelables.

Du point de vue de l’investisseur

Dans ce contexte, les actions du secteur de l’énergie nous semblent toujours attractives, malgré la reprise de ces dernières semaines. Cependant les investisseurs intéressés par cet univers d’investissement vont devoir se montrer sélectifs. Les grandes compagnies pétrolières intégrées sont quasiment pleinement valorisées même si leur activité n’est pas viable avec un cours du pétrole en dessous des 60$. De plus, la baisse des marges sur le raffinage par rapport aux records de 2015 va impacter négativement les profits du premier semestre 2016. Les actions des compagnies spécialisées dans l’exploration et la production offrent le meilleur potentiel de hausse, notamment les producteurs de pétrole et de gaz schiste nord-américains ayant des coûts de productions très faibles. Dans l’univers des services et équipements gaziers et pétroliers, les entreprises qui ciblent le marché onshore nord américain seront les premières à bénéficier d’un regain d’activité tandis que les entreprises offshore devront attendre 2018.

Mais la hausse du prix du pétrole met aussi à jour des opportunités en dehors de l’univers du pétrole et du gaz. Les actions des entreprises industrielles exposées aux infrastructures énergétiques et les entreprises spécialisées dans les énergies renouvelables ont aussi souffert de la crise du pétrole et devraient maintenant bénéficier du regain de confiance des investisseurs pour les investissements liés à l’énergie.

Roberto Cominotto , 28 avril

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