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Les fonds monétaires ont-ils encore un intérêt ?

Massivement souscrits alors qu’ils proposaient des taux positifs, les fonds monétaires continueront-ils de l’être avec des rendements négatifs ? Réponse de Raphaël Dupuy-Salle, Gérant monétaire d’Humanis gestion d’actifs.

Investissements réputés sans risque et destinés à protéger une partie du patrimoine des investisseurs, les fonds monétaires se retrouvent aujourd’hui confrontés à un environnement de taux négatifs qui ne leur permet plus de délivrer de performances positives. L’indice de référence (L’EONIA, le taux interbancaire sur une journée) évolue autour de - 0.35% ; Les émissions de dettes des sociétés privées se font quasiment toutes à taux négatif et ce jusqu’à l’échéance 1 an. Le taux 2 ans allemands se situe à -0.50% et le 2 ans français à -0.44%. Situation aberrante s’il en est avec une inflation certes proche de 0%, mais avec des taux de croissance encore supérieurs à 1%. Alors, comment en est-on arrivé là ?

La version officielle annonce que dans le cadre de son mandat, la BCE se doit de piloter l’inflation de la zone euro avec comme objectif une cible proche de 2%.L’inflation de la zone se situant aux alentours de 0%, la BCE se devait d’intervenir.

Plus officieusement, la très forte détérioration des taux d’endettement des pays de la zone euro à partir de 2009, avec pour corollaire une augmentation très importante des taux d’intérêts et donc du coût de la dette, la fragmentation du marché interbancaire qui a accompagné ce mouvement (les banques de la zone ont arrêté de se prêter de l’argent car elles n’avaient plus confiance dans leur bilan), les risques de sortie de certains pays, voire de certaines régions, la décroissance dans les pays du sud, accompagnée pour certains de taux de chômage catastrophiques (en Espagne, au pic de la crise, le taux de chômage des jeunes est monté à 50%), et une croissance moyenne très faible en générale ont obligé la BCE à intervenir afin de stabiliser un système au bord de la rupture.

Le but des opérations de la BCE est donc non seulement d’ancrer les anticipations d’inflation à 2% (son mandat), mais aussi et surtout de soutenir les dettes d’état, les bilans bancaires, la croissance de la zone euro et le projet européen.

Les actions musclées de la BCE

La BCE s’est montrée très imaginative dans ses démarches, mais ce que nous devons retenir au-delà des décisions dites conventionnelles, comme la baisse de son principal taux de refinancement à 0%, ce sont bien celles qui ont fait basculer les taux d’emprunts en territoire négatif.

Des taux de dépôt bancaire abaissés à -0.40% couplés à une politique quantitative qui consiste à acheter chaque mois 80 milliards de dettes (principalement d’Etat, mais à partir de Juin 2016 également de dettes privées), et à des prêts de montants illimités aux banques sur des durées de 4 ans ont dégagé un surplus de monnaie estimé aujourd’hui à 700 milliards.

A partir de là, les banques ont intérêt à prêter cet argent même à taux négatif, à la seule condition qu’ils le soient moins que les -0.40% de leurs comptes ‘’rémunérés’’ à la BCE. Ici commence la bulle des actifs de dettes, la baisse de l’euro/$, la hausse de la volatilité des marchés, et plus généralement un glissement et une perte de nos repères historiques.

La gestion monétaire en taux négatifs

Dans cet univers de taux négatifs les gérants de portefeuille ont dû s’adapter, en rallongeant tout d’abord la durée de vie moyenne des titres achetés ce qui leur permet de profiter des marges de crédit qui restent, elles, encore positives, même si la tendance est là aussi à la baisse.

En outre, ils ont augmenté la proportion de titres moins bien notés financièrement (A2/P2 contre A1P1) présentant des marges plus attractives, ainsi que la part d’émissions privées, peu liquides, mais plus rémunératrices.

C’est donc au prix d’une augmentation globale des risques que les fonds monétaires délivrent encore des performances proches de 0%. Mais cette approche touche maintenant ses limites de par les contraintes réglementaires mais aussi de par la nature même de ces supports qui doivent être justement averses aux risques.

Nous pouvons anticiper d’une manière quasi certaine que cet environnement perdura jusqu’à 2018 au moins. Dans un monde incertain, voici quelque chose de rassurant…

La situation de l’investissement monétaire dans le cadre de l’épargne salariale

Nous avons dépeint la situation délicate du marché monétaire, mais tout investissement doit être évalué à l’aune des notions de performance attendue et du risque qui lui est associée, le couple rendement/risque. Avec une volatilité proche de 0% (le cas des fonds monétaires), ce couple dépend avant tout du rendement attendu. Proche également de 0% pour les raisons vues précédemment, il peut devenir nettement plus important dans le cadre de l’intéressement et de la participation.

Rappelons d’abord que ces sommes reçues par le salarié peuvent être soit touchées en salaire, soit être investies sur les fonds de son plan d’Epargne.

S’il est imposable et qu’il choisit cette seconde solution (avec un blocage de 5 ans), il économisera en quelque sorte la somme non payée à l’Etat et la sécurisera s’il décide de l’investir sur un support monétaire.

Ensuite, il faut évidemment évoquer l’abondement. Si on ajoute cette somme que l’entreprise peut octroyer à ses salariés qui choisit un des fonds du dispositif, alors, le rendement final de l’investissement s’en trouvera de facto « boosté ». Par ailleurs, le rapport entre ce rendement final et le risque sous- jacent, qui reste toujours très faible pour des fonds monétaires, va croître. En d’autres termes, le placement monétaire est, dans ce cadre, plus attractif que les autres. Les résultats de calculs du ratio de sharpe (rendement final –taux sans risque/ volatilité) restent à cet égard assez éloquents. Sous cet angle purement financier, l’investissement monétaire garde du sens, et beaucoup de salariés font ce choix de manière intuitive. La différence aujourd’hui est que pour sécuriser le gain fiscal et l’abondement de l’entreprise, le salarié ne touche plus une faible rémunération, mais va payer « de façon certaine » un faible montant.

Enfin, n’oublions pas l’essentiel, les taux d’intérêt négatifs traduisent une situation délicate avec des perspectives économiques fragiles. Il n’est donc pas aberrant, dans ces moments de doute, de rechercher un placement qui s’apparente encore à de l’investissement peu risqué, et très liquide, et ce, même avec des rendements négatifs.

Raphaël Dupuy-Salle , 8 avril

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