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Jeux Olympiques : Faux départ (économique) pour le Brésil

Selon Euler Hermes, leader mondial de l’assurance-crédit, les Jeux Olympiques généreront un léger surplus de croissance et d’emploi au Brésil en 2016. Néanmoins, l’impact net de l’évènement devrait être négatif pour le pays hôte...

Selon Euler Hermes, leader mondial de l’assurance-crédit, les Jeux Olympiques généreront un léger surplus de croissance et d’emploi au Brésil en 2016. Néanmoins, l’impact net de l’évènement devrait être négatif pour le pays hôte. « Recevoir les Jeux Olympiques a forcément un coût. Pour le Brésil, cela se matérialisera par un accroissement de la dette publique, une hausse des défaillances d’entreprises à l’échelle locale, et la création de pressions inflationnistes supplémentaires et durables », explique Daniela Ordóñez, économiste en charge de l’Amérique Latine chez Euler Hermes.

Qui dit accueil des Jeux Olympiques, dit investissement en infrastructures et retombées touristiques. Ces deux canaux n’apporteront à l’économie brésilienne que +0,05 point de croissance réelle du PIB en 2016. Le pays est endigué dans un sévère marasme économique, et la dynamique olympique ne sera pas suffisante pour inverser la tendance. « Le Brésil doit faire face depuis plusieurs années à une forte instabilité politique, des déséquilibres structurels, et des conditions extérieures défavorables, qui l’ont plongé dans une profonde récession. Après -3,8% en 2015, nous estimons que l’économie brésilienne se contractera de nouveau en 2016 (-3,5%) », détaille Daniela Ordóñez.

Certains aspects de l’économie brésilienne seront même significativement impactés par les Jeux Olympiques. L’investissement en infrastructures et les dépenses publiques additionnelles associés aux Olympiades devraient augmenter la dette publique brésilienne de +0,4 point de PIB. Une hausse qui peut paraître limitée, mais qui intervient en pleine spirale de hausse de la dette : alors qu’elle représentait 74% du PIB en 2015, elle est attendue à 89% en 2016 et à 98% en 2017. A l’échelle fédérale, l’Etat de Rio devrait aussi enregistrer un accroissement record des dépenses publiques (+17%), directement lié à l’organisation des Jeux Olympiques.

Par ailleurs, l’apparition de nombreuses micro-entreprises dans un nombre réduit de secteurs, liés à la bonne tenue de l’évènement (construction, tourisme), a eu un impact direct sur les défaillances d’entreprises brésiliennes. « La plupart de ces nouvelles entreprises ont une durée de vie limitée, et devraient fermer après les JO. Ainsi, nous estimons que les défaillances d’entreprises dans l’Etat de Rio croîtront en 2016 de +5% à cause des Jeux Olympiques, et de +12% si l’on zoome sur les micro-entreprises », confirme Daniela Ordóñez. A l’échelle nationale, Euler Hermes estime que les défaillances d’entreprises devraient augmenter de +22% en 2016, et de +15% en 2017.

L’inflation brésilienne est depuis plusieurs années un problème majeur pour les ménages et le secteur privé. En 2009, l’annonce de l’organisation successive de la Coupe du Monde de football 2014 et des Jeux Olympiques 2016 semble d’ailleurs avoir accéléré les pressions inflationnistes. La conjonction de ces deux évènements devrait expliquer +1 point de l’inflation en 2016 (attendue à +8,6%), dont +0,4 provenant uniquement de la préparation des Jeux Olympiques. Les pressions inflationnistes générées par les évènements sportifs ne disparaitront pas avant 2020, du fait de la rigidité des prix au Brésil.

« A l’heure actuelle, le Brésil ne peut pas profiter pleinement des potentielles retombées d’un évènement comme les Jeux Olympiques. C’est surtout une question de timing, et organiser deux telles manifestations sportives coup sur coup s’est finalement avéré plutôt pesant pour l’économie brésilienne. C’est un défi supplémentaire à relever pour le Brésil, qui vient s’ajouter à une liste déjà bien fournie », conclut Daniela Ordóñez.

Next Finance , 8 août

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