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GB/Brexit : Orgueil et préjugés

Theresa May a beau scander « Brexit is Brexit », pour l’instant on ne voit toujours rien venir. Personne ne donne l’impression de vouloir s’engager dans la bataille des négociations. En ce qui concerne le passeport financier, gageons que « la raison du plus fort est toujours la meilleure ».

Les indicateurs économiques en Grande-Bretagne ont été plutôt rassurants tout au long de l’été. Les craintes sur les conséquences du Brexit s’amenuisent. La confiance des entreprises britanniques s’est redressée en août après un petit passage à vide suite à la décision de quitter l’Union européenne. L’indice global de confiance reste largement au-dessus de sa tendance de long terme. Les chiffres de croissance au second semestre ont rassuré à 0,6% par rapport aux trois premiers mois de l’année. La consommation est restée robuste avec près de 1% de hausse. L’activité industrielle a rebondi, portée par le recul de la livre Sterling, et le secteur des services s’est ressaisi en août. Face à ce tableau plutôt flatteur, nombreux sont ceux à espérer, en particulier les britanniques, que le Brexit reste un « non-event » et que, finalement, rien ne change.

Business as usual

Theresa May, nouvelle Première ministre du Royaume-Uni, a affiché sa volonté de ne pas se précipiter pour invoquer l’article 50 en prélude aux négociations. Pour autant, en faisant traîner en longueur, le brouillard s’installe pour les décideurs européens et paralysent la reconstruction à 27. Les revendications et les besoins outre-Manche ne s’adaptent pas aux exigences de l’Union européenne, qui montre un certain agacement face au manque de visibilité imposé par Londres. D’après l’ancien conseiller économique de Boris Johnson, Gerard Lyons, les discussions pourraient commencer au printemps 2017. Par chance pour les britanniques, les échéances électorales en France et en Allemagne réorientent les priorités et risquent de dicter les positions des chefs de gouvernements en repoussant d’un an les décisions concernant la mise en œuvre de la sortie du Royaume-Uni.

Nothing personal

Selon les pro-Brexit, la décision prise par les britanniques de quitter l’Union européenne ne doit pas être considérée par le reste des pays européens comme une sanction. La Grande-Bretagne a fait le choix de reprendre la main sur sa souveraineté pour assurer un meilleur contrôle à ses frontières. A contrario, les affaires ne devraient pas être perturbées bien au contraire.

On peut déjà entrapercevoir les contours des propositions britanniques au niveau économique et financier. En filigrane, les anglais veulent conserver le libre accès au marché unique, en particulier pour le secteur des services, qui compte pour plus de 78% du PIB britannique et leurs exportations 12% du PIB. Le Royaume-Uni a besoin d’un partenariat favorable avec les pays de l’Union pour que les producteurs britanniques de services puissent continuer à commercer.

Néanmoins, en quittant l’Union Européenne, la Grande-Bretagne va perdre, de facto, sa place dominante au sein des institutions européennes et ne pourra plus faire porter sa voix en réclamant un quelconque allègement de la réglementation européenne. Elle devra désormais la subir et s’y conformer. Notamment en ce qui concerne les services financiers qui représentent près de 7% du PIB et 3,5% des emplois, et dont 40% des exportations sont à destination de l’Union européenne (UE). Avec le Brexit, le Royaume-Uni risque de perdre le passeport européen (passporting rights) qui permet aux institutions financières implantées sur son territoire de vendre leurs produits financiers à travers l’ensemble des pays européens.

L’euro, une monnaie « apatride » ?

C’est bien là où se situe le nerf de la guerre, et les pro-Brexit le savent. Pour le moment, ils scandent que l’Union européenne ne pourra pas se passer de la place financière internationale de Londres. Pour ces derniers, Londres dispose de l’infrastructure, de la connaissance, des talents qui font de la City la place financière européenne indétrônable.

Mais, la sortie de la Grande-Bretagne renforce, de facto, la zone euro au sein de l’Union européenne, qui représentera désormais 86% du PIB de l’UE contre 73% actuellement. La zone euro, sa monnaie et ses institutions auront une place prépondérante dans la négociation. A charge ensuite aux pays membres de trouver un modus operandi pour récupérer une partie des activités de marché libellées en euros. Car, en toute logique, ce sont aux autorités européennes, en particulier à la BCE, de décider de l’avenir de la monnaie unique et du fonctionnement des infrastructures financières qui en dépendent. L’Institut monétaire de Francfort est garant de sa monnaie vis-à-vis des concitoyens européens et de ses épargnants notamment. La sortie de la Grande-Bretagne de l’UE offre une opportunité à la zone euro de se renforcer au sein de la communauté internationale. Dans ce contexte, Il va lui être difficile d’envisager de laisser de nouveau filer sa finance en déléguant sa souveraineté à un pays qui vient de rejeter le projet de construction européenne.

Stéphanie Villers , 23 septembre

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