›  Opinion 

Elections françaises : quelles implications pour les marchés en cas de victoire d’Emmanuel Macron ?

Selon Philip Dicken et Francis Ellison de l’équipe Actions Européennes de Columbia Threadneedle Investments, une victoire du candidat pro-européen centriste Emmanuel Macron créerait un environnement propice aux investisseurs actifs et accroîtrait leurs chances de dénicher des opportunités attrayantes parmi les titres de qualité élevée.

Article aussi disponible en : English EN | français FR

Une victoire d’Emmanuel Macron lors de la présidentielle française n’entraînerait pas la surprise, mais bien le soulagement. Elle permettrait de réduire l’incertitude politique accrue qui prévaut depuis que le peuple britannique a voté en faveur d’une sortie de l’UE le 23 juin 2016. La volatilité du marché boursier devrait selon nous s’apaiser en même temps que les préoccupations politiques. Dans un contexte macroéconomique positif, nous décelons des opportunités dans les valorisations attrayantes des entreprises européennes.

En revanche, si les sondages venaient à faire fausse route et que Marine Le Pen devançait E. Macron au second tour, l’Europe tout entière en serait ébranlée. Le triomphe de la figure de proue du Front National qui, de son propre aveu, est contre l’euro, l’OTAN, et l’UE, déclencherait une vague de choc plus grande encore que le vote en faveur du Brexit en juin et le triomphe de D. Trump en novembre.

Un vote en faveur de Macron indiquerait au contraire que les Français ont choisi la stabilité. Du haut de ses 39 ans, Emmanuel Macron serait le plus jeune président que la République française ait jamais connu, alors même qu’il ne fait pas partie de l’Assemblée nationale et qu’il ne s’est jamais auparavant porté candidat à une élection. Cela ne veut pas dire pour autant que cet ancien ministre de l’Economie ayant fait ses armes dans la banque d’investissement est un candidat indépendant réfractaire à l’establishment.

Macron promet de mettre en place des réformes économiques tout à fait radicales comparées aux normes françaises, mais son élection réaffirmerait également le statu quo à l’échelle internationale. Là où Mme Le Pen constitue une menace pour la zone euro et l’UE, son rival centriste croit quant à lui à ces unions, et veut les faire fonctionner plus efficacement.

Paysage économique de l’Hexagone

L’administration Macron hériterait d’une économie dont la croissance est plutôt molle depuis la crise financière de 2008, en retard par rapport à celles de l’Allemagne, du Royaume-Uni et des Etats-Unis. En effet, le taux de croissance a pointé à 1,1% l’année dernière, soit bien en deçà de la moyenne de l’Union européenne (1,8%). L’emploi reste un problème épineux. Le taux de chômage en France était de 10% en décembre 2016. Pour les jeunes, cette proportion représente près du double de celle du Royaume-Uni, les derniers rapports pour la République faisant état d’un taux de chômage des jeunes à 23,6%. La France affiche par ailleurs l’un des ratios de dépenses publiques les plus élevés dans les pays développés, à 57% de son PIB.

Si Macron l’emporte, il fera pression en faveur de l’adoption d’un budget commun pour la zone euro, géré par un ministre des Finances à l’échelle de l’union monétaire. S’il est conscient que ces propositions rencontreraient une opposition de la part de l’Allemagne, il renforcerait toutefois sa position en réformant l’économie de son pays et en respectant la limite de 3% de déficit public en vigueur dans l’UE.

Le programme du candidat d’En Marche ! est axé principalement sur des politiques favorables aux entreprises et à la croissance. Ses propositions phares comprennent :

  • Réduction de 60 milliards EUR des dépenses publiques d’ici 2022
  • Suppression de 120.000 postes de fonctionnaires en ne remplaçant pas les départs en retraite
  • Mesures de relance à hauteur de 50 milliards EUR sur cinq ans
  • Formations à destination des sans-emploi et transition vers une économie verte
  • Niveau du déficit sous la barre des 3% du PIB, conformément aux exigences en place dans l’UE
  • Négociations avec l’Allemagne sur un budget pour la zone euro et un programme d’investissement à l’échelle de l’Union européenne
  • Réduction de l’impôt sur les sociétés (de 33% à 25%)
  • Attribution d’allocations de chômage aux entrepreneurs, agriculteurs et indépendants et à ceux qui remettent leur démission volontaire
  • Exemption de la taxe d’habitation pour 80% des ménages
  • Suppression des placements financiers de l’assiette de l’impôt sur la fortune
  • Maintien de l’âge de la retraite et des pensions.

Combien de points parviendra-t-il à concrétiser ?

En tant qu’indépendant, Emmanuel Macron ne peut compter que sur le soutien de son mouvement En Marche ! Il serait le premier président de la Cinquième République à être élu sans disposer du soutien d’une union politique à part entière.

Même s’il remporte les élections, reste à voir si ses partisans obtiendront la majorité au Parlement lors des élections parlementaires à la mi-juin ; une majorité de 289 sièges à l’Assemblée nationale lui serait nécessaire. En règle générale, lorsque les électeurs choisissent un parlement opposé au président, cela entraîne quelques problèmes. Lorsqu’une telle situation se présente, le Premier ministre, soutenu par la majorité à l’Assemblée nationale, détient la majeure partie du pouvoir exécutif.

Ainsi, si une victoire de Macron réduirait sans doute les incertitudes géopolitiques, nous restons alertes en vue de possibles risques politiques à court terme, c’est-à-dire si les élections parlementaires de juin sèment la discorde.

Mais il ne s’agit pas là du seul événement politique susceptible d’engendrer de la volatilité à court terme. Le 24 septembre doivent se tenir les élections au Bundestag en Allemagne. En Italie, aucun scrutin n’est censé avoir lieu avant 2018, mais une élection pourrait être organisée plus tôt. Les partis populistes eurosceptiques feront couler beaucoup d’encre dans les deux cas, mais ne devraient pas être source de trop de désordre.

En Allemagne, le poste de Chancelier devrait revenir soit à la candidate sortante Angela Merkel soit au chef du Parti social-démocrate Martin Schulz. Ce dernier s’oriente encore plus en faveur de l’Europe que sa rivale, et son accession à la tête du pays serait perçue de manière positive. En Italie, le scénario le plus probable est de voir émerger une coalition fragile. Aucune surprise de ce côté donc, sauf si le Mouvement cinq étoiles de l’outsider Beppe Grillo l’emporte.

Qu’attendre des marchés ?

A court terme, nous tablons sur une réaction positive des marchés et de l’euro aux élections françaises. Les bénéfices pourraient toutefois être modestes. Les marchés intègrent une victoire d’Emmanuel Macron depuis un certain temps, même avant mars alors que les électeurs néerlandais disaient non au populisme de droite.

En anéantissant une menace à l’avenir de la zone euro, nous anticipons un regain de confiance dans l’économie mondiale. Nous prévoyons par ailleurs une poursuite de la faible reprise économique en Europe. Le Vieux Continent ne suivra pas la voie de la reflation de Trump et les taux d’intérêt européens ne progressent pas à la hausse, contrairement à ceux des Etats-Unis. Une inflation à 2% devrait profiter aux revenus des entreprises et garantir que la politique monétaire reste accommodante dans la zone euro.

Dans un tel contexte favorable, les valorisations sont relativement intéressantes en Europe.

L’année dernière, l’optimisme croissant vis-à-vis de l’économie américaine et les craintes d’une montée du populisme en Europe ont entraîné des sorties de capitaux au niveau des titres européens, qui affichent ainsi une décote par rapport à leurs homologues outre-Atlantique.

Cet environnement propice permettra aux investisseurs actifs de déceler des opportunités attrayantes. Politique et populisme ont été les deux thèmes dominants influençant les cours des actifs et les marchés. Si la France se manifestait en faveur d’un candidat centriste pro Union européenne, cette menace s’estomperait. Les marchés reporteraient leur attention sur les tendances à long terme : l’analyse des fondamentaux et l’art de la sélection de titres reviendraient sur le devant de la scène. Cette situation sous-tend notre approche, qui a recours à une vision à plus long terme (basée sur nos ressources analytiques étendues) pour identifier les sociétés dotées d’un modèle d’entreprise robuste et d’avantages concurrentiels durables.

Le risque politique ne disparaîtra pas, mais son importance grandira pour finir par retomber.

Les valeurs que nous détenons dans nos portefeuilles diversifiés sont suffisamment robustes pour supporter les turbulences à court terme sur les marchés comme sur l’échiquier politique et sont en mesure de prospérer à long terme.

Francis Ellison , Philip Dicken , 21 avril

Article aussi disponible en : English EN | français FR

Partager
Envoyer par courriel Email
Viadeo Viadeo

Focus

Opinion Smart Beta et psychologie

En français, l’expression « Smart Beta » sonne comme un oxymore. Que pourrait-il y avoir de smart à appliquer toujours la même stratégie, alors que les marchés sont versatiles ? Un gérant, avec sa capacité à analyser l’évolution du contexte de marché, devrait bien réussir à faire mieux (...)

© Next Finance 2006 - 2017 - Tous droits réservés