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Développement durable : vers une alternative à l’ISR

L’ISR note les entreprises sur leur stratégie actuelle, quand la réponse aux enjeux environnementaux de demain nécessite une analyse prospective, fondée sur l’anticipation des comportements futurs...

Les investisseurs doivent pouvoir choisir entre des fonds qui répondent au cahier des charges qu’impose l’ISR et des méthodologies alternatives.

Le sommet de Copenhague n’est pas qu’une affaire politique, citoyenne ou sociétale. C’est aussi un enjeu économique, managérial. Stratégique. Depuis plusieurs années déjà, les entreprises s’emparent peu à peu de ces enjeux, qui conditionnent l’évolution du monde et donc, la transformation de leur propre environnement de marché. Il en va souvent de leur intérêt, parfois de leur survie. Reste, pour les investisseurs, à identifier les entreprises les mieux-disantes en la matière, celles qui seront réellement en mesure de relever les défis qu’imposent ces changements radicaux à venir. L’investissement socialement responsable (ISR) nous propose une première méthode. L’hypothèse de base : l’ISR est la composante financière du concept de développement durable par lequel l’investisseur, au lieu de s’intéresser aux seuls critères financiers habituels, intègre dans sa méthodologie de sélection des critères extra-financiers. Ceux-ci sont rangés en trois grandes catégories, sortes de méta-critères (respect de l’environnement, des rapports sociaux et de la gouvernance) eux-mêmes segmentés en quelques règles de bonne pratique. L’interprétation de ces critères et le formalisme de leurs méthodologies d’analyse sont très variables, mais la logique reste la même : il convient de trier l’univers d’investissement entre bons et mauvais élèves, voire entre bons et mauvais secteurs, selon une grille binaire qui s’attache à scruter l’adéquation à certaines règles à l’instant T.

Sur le fond, l’intention est la bonne. Surtout, elle rend des services bien commodes : elle harmonise les méthodologies, propose des benchmarks et offre une base de comparaison relativement homogène, tout en participant à la pédagogie des investisseurs. Sur la forme, en revanche, l’approche peut être discutée. L’ISR note en effet les entreprises sur leur politique et leur stratégie actuelles, quand la réponse aux enjeux environnementaux et sociaux de demain nécessite une analyse prospective, fondée sur l’anticipation des comportements futurs. Au fond, la question est moins de savoir qui est aujourd’hui le mieux-disant en matière d’ISR que d’anticiper qui sera en mesure de répondre aux grands changements structurels à venir.

Dans ce contexte, l’approche « blacklisting » proposée par l’ISR peut exclure des sociétés a priori bien placées pour répondre aux enjeux de la raréfaction du pétrole, du réchauffement climatique ou encore de la croissance démographique. Autrement dit, cette méthodologie Impose un cadre restrictif là où le gérant a besoin d’anticipation, de discernement et de recul. Pour déceler les valeurs dites « développement durable », un investisseur ou un gérant devront regarder au-delà de la réalité actuelle d’une entreprise pour analyser sa stratégie à long terme et l’évolution de son environnement de marché, qui conditionnera en retour ses décisions futures. Un travail d’autant plus critique que les conclusions d’une telle approche peuvent se révéler contre-intuitives. Un exemple : la séquestration du CO2. Si les technologies de stockage de carbone sont encore loin d’être abouties, elles semblent être une des solutions contre le réchauffement climatique. Or aujourd’hui, qui a les compétences techniques pour étudier les terrains à même de recevoir ces gaz ? Les producteurs de pétrole, de gaz naturel et leurs sous traitants spécialisés dans les études géologiques et sismiques. D’une façon générale, les entreprises en mesure de relever les défis que l’humanité devra relever dans des domaines aussi divers que les énergies propres, l’eau, la santé ou l’agri-business ne sont pas forcément les « Best in class » d’aujourd’hui.

Un autre exemple, en matière de gouvernance celui-là. Certaines sociétés ne disposent pas d’un comité de rémunération au sein de leur conseil d’administration. Mais au fond, l’existence d’un tel comité est-elle réellement un gage d’excellence en matière de gouvernance ? A l’inverse, son absence doit-elle systématiquement jeter le doute sur la pertinence d’une politique de rémunération ? Par exemple, des sociétés de taille moyenne façonnées par l’héritage de traditions familiales sont aux antipodes du monde bancaire, dont les comités de rémunération pourtant bien réels, n’ont pas pleinement joué leur rôle de contre-pouvoir pour moraliser la pratique des bonus. Les règles décrétées comme étant les bonnes pratiques du jour doivent donc être interprétées et analysées avec suffisamment de recul.

Se désintéresser de la dimension du développement durable, de plus en plus prégnant dans la vie des affaires, serait une erreur. Sa prise en considération dans toute méthodologie de sélection de valeurs à long terme apparaît même comme une condition nécessaire à toute velléité de surperformance à long terme. Néanmoins, se fier exclusivement au prisme de l’ISR est trop réducteur. C’est au contraire d’une pluralité d’approches dont le marché a aujourd’hui besoin. Les investisseurs doivent pouvoir choisir entre des fonds qui répondent précisément au cahier des charges qu’impose l’ISR et des méthodologies alternatives, plus prospectives celles-là. C’est cette diversité qui permettra finalement à la gestion d’actifs de faciliter le financement en capital qu’imposent les défis à venir et aux investisseurs de capter la valeur ainsi créée.

Christophe Brulé , Décembre 2009

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  • Développement durable : vers une alternative à l’ISR 30 janvier 2010  09:47, par Florent BARDY [Analyste]
    <p>Merci pour cette analyse critique et pertinente, après le premier enjeux d’information et de sensibilisation des investisseurs à l’investissement socialement responsable, il va falloir faire en sorte de présenter une réelle offre pour permettre à tous du particulier au trésorier d’investir autrement. Cela devra-t-il passer par une régulation de ces méthodologies alternative, tout comme la labelisation ISR qui devenait plus que nécessaire ou au contraire par une certaine liberté peut-être plus propice à l’innovation&nbsp;?</p>

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