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Christian Carrega : « Aujourd’hui, nous regardons toutes les classes d’actifs sous un prisme ISR »

Selon Christian Carrega, directeur général de Préfon, même s’il faut se méfier de l’effet de mode, regarder toutes les classes d’actifs sous un prisme ISR est un moyen supplémentaire d’apporter de la sécurité aux placements de ses affiliés.

Next-Finance : La COP21 a suscité un important engouement. Quel bilan en avez-vous et quelles suites donnerez-vous à apporter à cet élan ?

Christian Carrega : Nous n’avons pas découvert la problématique du rôle de la finance dans la maitrise du réchauffement climatique à cette occasion. Notre Conseil d’administration s’est depuis 2010 saisi du sujet d’un Investissement Socialement Responsable. En premier lieu, parce que nous pensons que c’est un moyen supplémentaire d’apporter de la sécurité aux placements de nos affiliés. En second lieu, parce que nous considérons avoir une responsabilité sociale dans les choix financiers réalisés par les assureurs du régime Préfon-Retraite créé il y a 50 ans.

Pour autant, il est vrai que la médiatisation de cet événement a permis une mobilisation plus importante des assureurs français avec des annonces fortes en terme de décarbonisation des portefeuilles.

Aujourd’hui, sur toutes les classes d’actifs, on voit fleurir des investissements dit « ISR » ou « ESG ». Green Bonds, Infrastructure « sustainable », Immobilier « sustainable », indice actions low carbon, Actions sustainable / ethic, etc…Quel regard portez-vous sur l’irruption de l’ISR sur toutes ces classes d’actifs ?

Comme je l’indiquais, il faut se méfier de l’effet de mode. Lorsque nous avons, il y a 6 ans, commencé à investiguer le sujet, nous nous sommes dit que cela était quand même assez opaque. Chaque Asset Manager a finalement sa propre définition de l’ISR. Nous avons donc adopté une approche très pragmatique avec un principe simple : ne pas se restreindre à telle ou telle classe d’actifs et construire des indicateurs compréhensibles et interprétables par nos clients. C’est ainsi que depuis quatre ans, nous publions des indicateurs ESG sur l’ensemble du portefeuille

Aujourd’hui, nous regardons toutes les classes d’actifs sous un prisme ISR. Nous avons souhaité, en 2016, faire un travail d’investigation plus précis, avec notre prestataire conseil, sur le contour des Green Bonds, pour éviter tout ce qui pourrait s’apparenter à une approche marketing sans réalité du contenu.

En tant qu’Investisseur Socialement Responsable, allez-vous, vous-même bâtir une allocation d’actifs entièrement « ISR » ?

Le modèle Préfon fait que le régime Préfon-Retraite est un contrat d’assurance géré par CNP Assurances (réassuré par AXA, Groupama et Allianz) souscrit par l’association. Chacun a donc un rôle. L’association ne décide pas de l’allocation d’actifs et ne doit pas intervenir dans la gestion financière. Il s’agit de la responsabilité des assureurs. Pour autant, comme nous avons construit ensemble les indicateurs ESG, nous discutons avec les assureurs. Et j’insiste sur le bon climat de coopération. Nous continuons, d’ailleurs, à bâtir ensemble une approche 100 % ISR. La Charte, adoptée en 2011 par le Conseil d’administration, qui est annexée à la convention financière témoigne de cette démarche. C’est un engagement fort.

Nous continuons, d’ailleurs, à bâtir ensemble une approche 100 % ISR
Christian Carrega, Directeur général de Préfon

La plupart des investisseurs fournissent actuellement à un reporting sur l’empreinte « carbone » de leurs portefeuilles mais il n’existe pas encore de consensus sur une méthodologie adéquate. De quelle façon fournissez-vous l’empreinte carbone de vos portefeuilles ? Avec quelle méthode ?

C’est un vrai sujet, les débats sont encore très vifs, et le consensus n’existe pas. C’est pour cette raison que nous n’avons pas publié l’empreinte carbone. Une nouvelle fois, notre approche est pragmatique et effectuée en co-construction avec les assureurs. Sous la conduite de la commission ISR de l’association Préfon, nous avons un groupe de travail avec les assureurs et notre partenaire conseil (MIROVA) afin de déterminer la méthode commune entre les 4 assureurs pour le portefeuille Préfon-Retraite.

De notre point de vue, la dimension ISR apporte à long terme un élément clef de sécurisation
Christian Carrega, Directeur général de Préfon

Dans un environnement de taux négatifs et de hausse de la volatilité, l’investisseur ISR que vous êtes ne doit-il pas se focaliser sur le long terme et augmenter la durée de détention de ses actifs ? Ne faudrait-il pas que les gestionnaires d’actifs à qui vous fournissez des mandats soient évalués en fonction d’indicateurs de rendement à long terme incorporant des mesures de risques ?

Nous ne sommes pas sur une logique de mandat. Il s’agit d’un contrat d’assurance de groupe dont la responsabilité de gestion incombe à l’assureur. C’est lui, in fine, qui porte le risque. La vision à long terme est évidemment essentielle et nous l’avons. De notre point de vue, la dimension ISR apporte à long terme un élément clef de sécurisation. Soulignons à ce titre, les modifications attendues sur ces régimes de retraite en points présentes dans le projet de Loi Sapin 2, actuellement en discussion au Parlement.

Paul Monthe , RF , 7 juillet

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