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Ce n’est pas parce que j’ai changé d’avis que je n’ai plus raison

Affirmer que l’Europe a pu avoir ces dernières années mauvaise presse dans le reste du monde revient à enfoncer des portes ouvertes. De l’interminable débat sur la soutenabilité de sa dette souveraine aux multiples risques politico-économiques ayant défrayé la chronique sur la période...

« Ce n’est pas parce que j’ai changé d’avis que je n’ai plus raison » Ashleigh Brillant

Affirmer que l’Europe a pu avoir ces dernières années mauvaise presse dans le reste du monde revient à enfoncer des portes ouvertes. De l’interminable débat sur la soutenabilité de sa dette souveraine aux multiples risques politico-économiques ayant défrayé la chronique sur la période (citons pêle-mêle le Brexit mais surtout la tragédie grecque en plusieurs actes), nombre d’acteurs du marché (anglo-saxon notamment) n’ont longtemps vu dans le vieux continent qu’une opportunité tactique* liée à des corrections boursières ou des thématiques spécifiques… L’aller-retour des investisseurs US sur les actions européennes (de novembre 2014 jusqu’au mois de mars de l’année suivante) pour jouer la mise en place du Quantitative Easing de « Super Mario » en est un bon exemple... Son excédent commercial, qu’on pourrait presque qualifier de structurel, ne pesait finalement que peu dans l’esprit des opérateurs face à la lourdeur administrative de la zone et son incapacité à se réformer dans un contexte autre que l’urgence et la dramaturgie. L’Europe périphérique et sa pléthore de défis (structurels/conjoncturels) l’emportaient ainsi assez largement dans les éditoriaux financiers face à la locomotive allemande et ses multiples succès (micro/macro) … Une ambiance si morose que la question même de son existence et de sa légitimité fut plusieurs fois posée.

Un vent nouveau est-il en train de souffler sur le vieux continent ?

Dans un passé récent, rarement l’Europe n’aura en effet bénéficié d’un avis favorable aussi consensuel dans les salles de marchés ! Croissance enfin alignée sur ses homologues américaine et anglaise, demande intérieure solide, potentiel de rattrapage relatif de son marché actions, effet procyclique du retour des flux des investisseurs extra-européens et révisions à la hausse des anticipations de croissance de la zone Euro par le FMI pour 2018… Les raisons expliquant cet optimisme retrouvé ne manquent pas. Ajoutons que la croissance réelle par habitant est l’une des plus élevée du monde développé (2% en 2017, contre 1.5% chez nos amis américains) … N’ayons pas peur des mots : l’Europe bénéficie actuellement de la confiance des investisseurs ! Tout sauf une sinécure après tant de défiance… Reste à déterminer si les opérateurs s’autorisent un nouveau flirt sans lendemain avec Dame Europe ou s’ils ambitionnent au contraire de construire une relation plus solide et durable. La sérénité avec laquelle les intervenants observent d’un œil distant les tensions politiques espagnoles tel un simple fait divers symbolise ce changement de paradigme… L’alignement des planètes dépeint dans ces premières lignes restera évidemment un équilibre à surveiller. La probabilité que ce contexte favorable persiste est pour autant tout sauf nulle... Et la Banque Centrale Européenne restera comme souvent un des « market mover » à suivre ces prochains mois.

Mario Draghi passera bientôt son examen :

Le président de la BCE ne s’apprête évidemment pas à retrouver les bancs de l’école… Mais c’est tout comme. Les prochains mois de M Draghi ressemblent en effet fort à un contrôle continu, dont le premier oral est prévu jeudi. L’exercice auquel va devoir se livrer le meilleur allié des marchés financiers européens sera ces prochains mois de ne pas menacer l’équilibre évoqué dans les précédentes lignes, tout en initiant une inflexion de sa politique monétaire. Le « magicien » Mario Draghi, capable en quelques années de rendre -provisoirement- soutenable la dette souveraine, assouplir les conditions de financement des entreprises européennes, faire fondre -provisoirement- comme neige au soleil les risques systémiques de la zone, et plus globalement de mettre en place un plan de relance européen… tout en ne visant initialement que son objectif d’inflation (sic) ! L’homme qui murmurait à l’oreille des marchés confirmera t’il les anticipations des marchés ? L’idée générale est actuellement que les achats mensuels de la banque centrale seront réduits dès janvier de 60 milliards à une fourchette comprise selon les estimations entre 20 et 40 milliards. La politique monétaire restera donc expansive ; bien que le plus important soit de ménager la perception des opérateurs quant à cette inflexion. Pour répondre à cette problématique, M. Draghi pourrait continuer d’insister sur la capacité de la banque centrale à réaugmenter ses achats en cas de nécessité (comme une inflation en berne par exemple). En amont de cette réunion, le patron de la Banque d’Autriche Ewald Nowotny considérait lui que couper brutalement le QE était impossible sous peine d’assister à un ajustement violent des rendements obligataires. Décidemment, la préparation mentale des marchés est enclenchée…

Pendant ce temps, outre-Atlantique…

Un événement « banque centrale » en chassera bientôt un autre quand l’heure sera venue de déterminer le prochain président de la FED. Qui de Taylor, Powel… ou Yellen succédera à la Présidente de la FED ? L’incertitude est plus grande que sur la BCE. L’occasion sera donc belle de consacrer l’édito de la semaine prochaine à cette thématique. En attendant, la saison des résultats d’entreprises bat son plein. Les publications se sont succédées dans les secteurs bancaire, industriel, pétrolier ou encore technologique. Sur les 80 sociétés à avoir dévoilé leurs comptes pour le T3, 75% ont battu le consensus des analystes. « Business as usual ». Pour autant, le lecteur assidu de nos communications n’oubliera pas que la valorisation en absolue du marché action de l’oncle Sam pose toujours question…

François Jubin , 31 octobre

P.-S.

Opportunité tactique* : stratégie visant à exploiter une dynamique de court terme sur les marchés. A dissocier de la prise de position stratégique qui répond davantage à une vision fondamentale de long terme.

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