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Brexitation

La Fed a donc passé son tour. Le dernier comité de politique monétaire (FOMC) réuni mardi et mercredi derniers s’est prononcé à l’unanimité en faveur d’un statu-quo. Encore inenvisageable il y a peu, ce scénario est devenu prédominant au fil des dernières semaines et d’indicateurs plus décevants que prévus – à l’image du rapport NFP sur l’emploi publié début juin.

Et tout porte à croire que la normalisation de la politique monétaire de la Réserve fédérale se fera désormais plus lentement que sûrement. Janet Yellen le concède elle-même : les incertitudes ne permettent pas dans l’immédiat d’envisager une seconde hausse de taux lors de la prochaine réunion du comité en juillet.

Ni même des deux prochaines d’ailleurs. L’environnement actuel plaide pour la prudence et a poussé la Fed à revoir à la baisse ses prévisions de croissance à 2 % cette année et l’an prochain contre 2,2 % et 2,1 % anticipés en mars. L’instance en a profité pour réduire d’un quart de point à 3 % le niveau de taux qu’elle juge approprié à plus long terme …

Bref, noir c’est noir ! Et, à bien écouter la présidente de la Fed, il n’y aurait donc plus d’espoir. Une appréciation qui nous semble bien éloignée du parfum conjoncturel exaltant des derniers mois et distordre une réalité économique qui se tient tout de même à bonne distance d’un risque de récession.

Mais il apparaît aussi clairement que la décision de la Fed n’a pas été seulement motivée par le petit coup de mou conjoncturel que traverse la première économie mondiale. La présidente de la Fed n’a pas caché que le risque d’un Brexit avait également pesé en faveur de la procrastination du comité. Un risque d’autant plus réel qu’il était par ailleurs croissant dans les derniers sondages d’opinion et a poussé la « brexitation » ambiante à son paroxysme.

La violence, jusqu’ici verbale, des partis battant la campagne référendaire a pris une tournure beaucoup plus tragique avec le décès, jeudi, de la député travailliste Jo Cox qui militait en faveur du maintien de la Grande-Bretagne au sein de l’Union européenne. En attendant de connaître les conséquences de ce drame sur le scrutin, la perspective d’un désamarrage anglais n’a pas manqué de peser sur la livre et sur les marchés. Un scénario qui pourrait bien se prolonger en cas de victoire du « Brexit ».

Plus généralement, le calendrier hautement politique des semaines et des mois à venir – avec, en point de mire, les élections américaines de novembre - est, en définitive, plus à même de justifier les atermoiements de la Fed que l’environnement conjoncturel.

David Ganozzi , 21 juin

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