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Brexit : quelles conséquences pour les projets d’acquisitions au Royaume-Uni ?

A la veille du référendum sur le Brexit, Jean-Noël Mermet, Managing Director de Frenger International, donne son analyse et partage plusieurs hypothèses sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Quelles conséquences sur le marché des fusions acquisitions cross-border ?

L’incertitude, frein au dynamisme prévus sur le marché M&A

L’année 2016 devait être un très bon millésime pour le marché M&A et battre tous les records depuis 2009. Selon l’étude EY d’octobre 2015*, 59% des entreprises déclaraient avoir un projet d’acquisition dans les 12 prochains mois.

Le référendum sur le Brexit a quelque peu changé la donne et a déjà entrainé un ralentissement des transactions (au cours de la première moitié de l’année, les sociétés britanniques ont représenté 18% seulement des cibles européennes, contre 41% en 2015). Dans l’hypothèse d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, l’incertitude continuera d’exister sur le « sort » du Royaume-Uni. Le gouvernement britannique devra en effet faire une demande officielle pour sortir de l’EU et engager des négociations. Pour respecter le recours légal, cette demande ne pourra être faite que 6 semaines après la date du référendum.

L’article 50 du Traité de Lisbonne fixe une période de négociations de 2 ans mais il est fort probable que cette durée doive être rallongée car il y a un nombre très important de sujets à traiter et cela n’a jamais été fait. L’incertitude pourrait donc durer 5 ans ou plus avant de connaître le sort définitif du Royaume-Uni.

Malgré ce « marasme » administratif et le choc d’un vote en faveur du Brexit, nous ne pouvons cependant pas envisager que la City puisse perdre sa place de leader européen des marchés financiers.

La City restera une place financière incontournable

En effet, le processus de rapprochement de la Deutsche Börse et du London Stock Exchange témoigne de l’attractivité de la place londonienne. Avec ce rapprochement, la LSE renforcera son emprise sur les marchés financiers en confortant sa place de leader européen et en devenant un acteur mondial incontournable en matière de compensation, capitalisation et d’indices.

De nouvelles cartes pour tirer son épingle du jeu ?

Sur le marché M&A, le Brexit entrainera également des perturbations voire des annulations de transaction. Il est fort probable que le volume des acquisitions étrangères au Royaume-Uni sera aussi impacté durant cette période d’incertitude.

Il n’en demeure pas moins que le nouvel environnement post-Brexit pourra présenter des conditions favorables à la finalisation de rapprochements stratégiques entre la France et le Royaume-Uni :

  • La baisse de la livre (anticipée entre 5 et 10% voire plus),
  • La réduction de la pression concurrentielle émanant d’acquéreurs étrangers,
  • Des mesures d’encouragement des investissements étrangers pour renforcer l’attrait du Royaume-Uni,
  • Les tendances structurelles et notamment la nécessité pour certains secteurs de se rapprocher, comme celui du numérique et du digital pour lequel le Royaume-Uni restera attractif de par son avance sur le marché français,
  • Un environnement social et fiscal encore plus compétitif une fois libéré des contraintes de Bruxelles.

Malgré ces avantages potentiels, les milieux d’affaires britanniques sont dans leur très grande majorité en faveur de maintien du pays dans l’Union Européenne.

Certains journaux comme The Times semblent être à la fois partisan d’un maintien mais aussi favorable à un score élevé du camp Brexit afin de faire prendre conscience à la Commission Européenne et aux autres Etats membres qu’il est indispensable d’engager des réformes profondes sur la libre circulation des personnes et en faveur de la croissance économique.

En fait, ce que les Britanniques veulent vraiment, c’est une nouvelle Europe avec de meilleures perspectives économiques, plus de contrôle sur l’immigration et moins de centralisation des décisions par des bureaucrates non élus.

De nombreux pays membres partagent ces objectifs et espèrent pouvoir compter sur le Royaume-Uni pour faire évoluer l’Europe dans ce sens après le 24 juin.

Jean-Noël Mermet , 22 juin

P.-S.

* Etude EY publiée le 27 octobre 2015, dans laquelle plus de 1.600 hauts dirigeants dans 53 pays et couvrant 19 secteurs d’activité ont été interrogés

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