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Brexit : Livre Sterling, leur monnaie, le problème des expatriés

La poursuite de la dépréciation de la Livre Sterling pourrait remettre en cause l’intérêt des expatriés à rester en Grande-Bretagne. A charge ensuite pour les différentes places financières européennes d’attirer ces talents. L’analyse de Stéphanie Villers, chef économiste d’Humanis...

A court et moyen terme, le Brexit entraînera son lot d’incertitudes et de risques politiques. Au niveau économique, il adviendra de connaître les modalités de sortie pour anticiper les conséquences pour l’économie britannique mais aussi pour l’Union européenne. L’unité du Royaume-Uni risque d’être remise en cause avec la volonté affichée par l’Ecosse et par l’Irlande du Nord de rester au sein de l’Union.

Mais, le risque immédiat se concentre sur la Livre Sterling. Si la dévaluation de leur monnaie offre une bouffée d’oxygène pour leurs exportations, reste que l’intérêt pour bon nombre d’expatriés, notamment français, de rester en Grande-Bretagne pour se constituer une épargne, risque fort d’être contrarié.

To stay or not to stay ?

Ainsi, 400.000 français vivent au Royaume-Uni dont 150.000 à Londres majoritairement concentrés à la City. Nombreux sont ceux à avoir décidé de s’expatrier en Grande-Bretagne pour percevoir des rémunérations attractives et bénéficier d’une fiscalité allégée. L’idée de la majorité d’entre eux est bien de se constituer un patrimoine plus rapidement et plus facilement que s’ils étaient restés en France, avec comme perspective plus ou moins lointaine de retourner un jour dans l’Hexagone. Mais, la donne change aujourd’hui.

L’annonce du Brexit a entraîné une forte dépréciation de la Livre Sterling. Cette baisse de la monnaie britannique par rapport à l’ensemble des devises internationales détériore le capital constitué par ces expatriés. Rappelons que ces derniers sont payés en devise britannique et que la conversion en euro (ou en dollar) risque fort de leur faire perdre une part non négligeable en capital. Depuis le résultat du référendum, la Livre a reculé de 9% par rapport à l’euro et de plus de 17% en un an.

Or, la faiblesse de la Livre va durer, voire s’amplifier tant que le Royaume-Uni restera affaibli, isolé et sans garantie de conserver les avantages offerts par le marché unique.

Les négociations qui débuteront dès que l’article 50 sera enclenché, risquent de s’éterniser. Deux ans minimum seraient nécessaires pour parvenir à un accord et pour définir les contours d’une sortie britannique de l’Union européenne. Une période longue qui va obliger les expatriés à revoir les raisons de rester résidents en Grande-Bretagne face au risque d’étiolement de la Livre Sterling.

Au final, bon nombre d’expatriés pourraient être tentés de s’installer ou de revenir en zone euro. A charge ensuite pour chaque pays membre d’offrir des modalités de retour ou d’installation attractives. Dans ce contexte, les places financières européennes auront une carte à jouer avec, in fine, la mise en place d’un rééquilibrage au sein de l’Union européenne. La City ne jouera plus cavalier seul, elle devra désormais composer avec les autres places telles que celles de Paris, de Frankfort et de Dublin notamment.

Redistribution des cartes et opportunité pour les places financières européennes

Mais pour ce faire, plusieurs obstacles sont à lever. L’Union européenne s’est construite autour de principes réglementaires et juridiques contraignants. En proposant un tel cadre légal et institutionnel, les instances européennes ont freiné et empêché le développement d’énergie innovante et créatrice de richesse. La fuite des cerveaux vers la place financière londonienne qui s’est constatée au moment de l’avènement de la monnaie unique en est un exemple cuisant. Ainsi, entrer en concurrence avec la City, la première place financière internationale, impose aux pays membres de la zone euro de comprendre les raisons de son succès afin d’offrir, à leur tour, un cadre attractif à ces financiers qui chercheraient un nouvel « havre » d’expatriation. Nombreux sont ceux à dénoncer l’incapacité des pays membres, en particulier de la France, à se « libéraliser » pour récupérer une partie de la finance européenne installée à Londres. Cette question éminemment politique ne doit pas laisser pour compte les conséquences économiques non négligeables et prometteuses pour le ou les pays de la zone euro qui sauront surfer sur l’opportunité de récupérer une partie de ces expatriés de la City.

Stéphanie Villers , 6 juillet

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