« Bremain » ou « Brexit » ?

A l’approche du référendum du 23 juin prochain sur la sortie ou non de l’Union Européenne de la Grande-Bretagne, Nadine Trémollières, Directeur Général, Stamina Asset Management (Groupe Primonial) analyse l’Évolution des marchés financiers et les implication sur ses portefeuilles...

Le peuple britannique va se prononcer le 23 juin prochain sur sa sortie ou non de l’Union Européenne. Il est évidemment impossible de prévoir le résultat de ce vote mais nous pensons que la raison va l’emporter et rejeter ce saut dans l’inconnu que représenterait une sortie du Royaume-Uni hors de l’Union Européenne.

Pourtant les sondages montrent une progression des partisans du « Brexit » et les marchés entérinent ce changement en affichant une nervosité croissante. Rappelons toutefois que les instituts de sondage britanniques n’ont jamais fait preuve d’un grand discernement quant aux résultats finaux des élections nationales…

Pourquoi le Royaume-Uni n’a-t-il pas intérêt à sortir de l’Europe ?

  • La sortie de l’Union Européenne créerait une incertitude totale car rien dans les traités européens n’a été formalisé pour répondre à ce cas de figure : une période de négociation longue et incertaine s’ouvrirait, fragilisant à la fois les instances européennes mais aussi le Royaume-Uni qui ne pourrait en aucun cas faire marche arrière. Pour mémoire, la sortie du Groenland de l’Union Européenne qui avait été demandée en 1985, n’a pu se faire qu’après trois années d’intenses négociations avec les instances communautaires.
  • Le vote en faveur de l’Union Européenne permettrait par contre aux Britanniques de renégocier le traité avec les Européens. Un vote référendaire serré pour le maintien dans l’Union augmenterait la pression des négociateurs britanniques, leur permettant d’obtenir des conditions financières beaucoup plus avantageuses. A l’opposé un vote en faveur du « Brexit » mettrait les Britanniques en position de faiblesse par rapport aux instances européennes qui décideraient des conditions de sortie.
  • Des revendications indépendantistes resurgiraient au sein du Royaume-Uni puisqu’après la mise en place du référendum britannique sur le « Brexit » par David Cameron, le gouvernement écossais a déclaré mettre en place un nouveau référendum sur l’indépendance du pays en cas de victoire de la sortie de l’Union Européenne.

Quelle est la réaction des marchés depuis l’annonce des résultats du dernier sondage ?

Plusieurs fois échaudés par le thème du « Brexit » et ses sondages depuis l’annonce du référendum, les marchés financiers ont connu un regain de volatilité depuis la parution des résultats des derniers « polls » du 13 juin qui donnent une légère avance aux partisans du retrait du Royaume-Uni de l’Union Européenne.

Aujourd’hui, nous scrutons avec une attention toute particulière le marché des changes qui se révèle être le vecteur de transmission du risque de « Brexit » à travers l’ensemble des marchés : en effet, depuis le 10 juin, la volatilité de la Livre Sterling a littéralement explosé face au dollar et nous devons revenir en 2008 pour constater un tel niveau de tension.

Depuis cette date, le décrochage de la Livre face au Dollar a été accompagné par la baisse des marchés actions américains qui campaient sur les plus hauts de l’année mais également des marchés européens qui abandonnent près de 5% [1] à l’heure où nous écrivons cette note. Nous constatons également une tension sur les marchés du crédit en général et sur le secteur bancaire en particulier, un tassement des taux obligataires souverains qui servent de valeur refuge et qui offrent des rendements de… 0% [2] à 10 ans en Allemagne.

Quels sont les risques pour les marchés financiers d’un vote en faveur du « Brexit » ?

  • La Livre Sterling serait la monnaie la plus affectée malgré sa baisse récente. Elle pourrait être beaucoup plus faible contre le Dollar et le Yen que contre l’Euro qui souffrirait de concert de ce désaveu de la construction européenne.
  • Les indices actions européens seraient bien entendu affectés par cette sortie même si ces derniers abandonnent déjà près de 13% [3] depuis le début de l’année. En effet, la crise de confiance autour de la construction européenne détournerait durablement les investisseurs étrangers des marchés européens.
  • En revanche, l’indice le plus représentatif du marché anglais, le FTSE 100, pourrait paradoxalement bénéficier de la baisse de la livre car majoritairement représentatif de sociétés exportatrices qui bénéficieraient à plein de la dévaluation de la devise britannique.
  • L’impact sur les taux d’intérêt serait relativement faible en zone Euro, puisque majoritairement administrés par la BCE.
  • Enfin, de l’autre côté de l’Atlantique, un Brexit pourrait freiner le rythme de remontée des taux directeurs par la Banque Centrale Américaine évitant ainsi une trop forte appréciation du dollar.

Quels seraient les impacts pour nos portefeuilles ?

Depuis le début de l’année, nous avons gardé un profil plutôt défensif au sein de notre portefeuille phare Stamina Patrimoine tout en acceptant de renoncer à un fort rebond potentiel des marchés d’actions. Ainsi notre exposition au risque actions s’établit à 35% [4] du portefeuille : nous avons orienté nos allocations vers les marchés internationaux, les actions européennes ne représentant aujourd’hui que 17% d’exposition dans notre fonds.

Enfin, nous avons acheté des options de vente qui permettraient de compenser en partie la chute de nos fonds d’actions européennes en cas de forte baisse des marchés : nous préférons ainsi la conditionnalité de cette stratégie à la vente de nos positions européennes qui gardent ainsi un potentiel de rebond en cas de scénario favorable le 23 Juin.

Nadine Trémollières , 15 juin

Notes

[1] EuroStoxx 50 (dividendes réinvestis) du 10 au 13 juin.

[2] Au 13/06/2016

[3] EuroStoxx 50 (dividendes réinvestis) du 31/12/2015 au 13/06/2016

[4] Au 13/06/2016

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