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Arabie Saoudite : vers une ère post-pétrolière…

Il aura fallu beaucoup de temps à l’Arabie saoudite pour se décider à se réformer. Après huit décennies de dépendance vis-à-vis du pétrole, et alors que la grande faiblesse des prix du pétrole brut a entraîné une hausse de son déficit budgétaire jusqu’à pratiquement 10 Md$ en 2015 (15% du PIB), le temps est toutefois venu pour le royaume de penser à l’après-pétrole.

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Lundi 25 avril, le prince Mohammad ben Salmane (vice prince héritier d’Arabie Saoudite) a présenté le plan très attendu « Saudi Vision 2030 », un vaste programme de réformes visant à réduire la dépendance du royaume vis-à-vis des recettes tirées des exportations de pétrole. La baisse soutenue des prix de la matière première au cours des 18 derniers mois pourrait avoir constitué un cadre idéal permettant au prince âgé de 30 ans de promouvoir son ambitieux programme de réformes économiques et sociales, une première étape vers l’après-pétrole pour le royaume. Si une nouvelle page se tourne, la capacité de ce dernier à se transformer et à faire face à de nouveaux défis, alors qu’il est ultraconservateur, reste incertaine.

Il aura fallu beaucoup de temps à l’Arabie saoudite pour se décider à se réformer. Après huit décennies de dépendance vis-à-vis du pétrole, et alors que la grande faiblesse des prix du pétrole brut a entraîné une hausse de son déficit budgétaire jusqu’à pratiquement 10 Md$ en 2015 (15% du PIB), le temps est toutefois venu pour le royaume de penser à l’après-pétrole. Après l’approbation du roi Salman ben Abdulaziz, le vice prince héritier Mohammad ben Salmane âgé de 30 ans a dévoilé son plan de réformes « Saudi Vision 2030 » lundi 25 avril dernier, à la télévision d’Etat.

Un large éventail de réformes…

Si le plan de transformation national ne sera divulgué en intégralité que fin mai, ses grandes lignes ont été annoncées dans des domaines très variés : de la promotion du secteur privé, à la réduction du budget de l’Etat (défense et dépenses militaires), en passant par la création de nouveaux emplois dans le secteur privé (ouvertement favorable à une meilleure intégration des femmes au marché du travail, amélioration des conditions pour les travailleurs étrangers), ce programme ambitieux vise à diversifier l’économie et à permettre au pays de réduire sa dépendance vis-à-vis des recettes tirées des exportations de pétrole de plus de 80% actuellement à 50% d’ici 2030. Les recettes tirées des hydrocarbures représentent actuellement 90% du budget du royaume. Après l’annonce, l’indice Tawadul de Riyad a gagné 2,53% à 6 858 lundi dernier, atteignant son plus haut niveau depuis janvier.

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Principaux objectifs du plan« Saudi Vision 2030 »
 Faire progresser le royaume de la 25e place actuellement jusqu’aux 10 premiers rangs du classement des indices de compétitivité mondiale.
 Faire passer les IDE de 3,8% à 5,7% du PIB.
 Accroître la contribution au PIB du secteur privé de 40% à 65%.
 Augmenter de 16% à 50% la part des exportations non pétrolières dans le PIB.
 Faire passer les recettes budgétaires non pétrolières de 163 MdSR à 1 000 MdSR
 Ramener le taux de chômage de 11,6% à 7%, et augmenter le taux de participation des femmes à la population active de 22% à 30%.

Diagnostiquant une « dépendance maladive au pétrole », Mohammed ben Salman a notamment annoncé l’introduction en bourse de la compagnie pétrolière nationale Saudi Aramco et la création d’un fonds d’investissement public. Afin d’améliorer la transparence de l’environnement et d’alléger la mainmise de l’Etat puisque des informations financières seront divulguées, pour transformer la société en holding, jusqu’à 5% de son capital représentant une valeur estimée d’environ 2 000 Md$ seront cédés en bourse. En outre, un fonds souverain - le plus important au monde avec des avoirs estimés entre 2 000 Md$ et 3 000 Md$ - sera créé à partir de la restructuration du fonds d’investissement public actuel (600 Md$), la part détenue dans Aramco devant être transférée au nouveau fonds.

Le prince a également affirmé l’intention du royaume de développer une industrie militaire nationale répondant à plus de 50% des besoins en armement du pays. Concernant dans un premier temps les petites pièces, les munitions, les services de maintenance et de soutien, cette décision pourrait à moyen terme modifier l’ensemble des industries tournées vers les exportations. Avec 46 Md$ en 2015 et 57 Md$ prévus en 2016, le budget militaire du royaume est l’un des plus importants du monde.

Le plan part de l’hypothèse d’un prix du pétrole de 30 $/b. Le pays a donc retenu le scénario d’une faiblesse durable de ce dernier - en ligne avec sa politique récente mettant l’accent sur le maintien des parts de marché au détriment d’un renforcement du prix du brut (s’agit-il d’un signe pour les autres membres de l’OPEP ?). Les réductions de dépenses mises en place pour limiter l’impact de la faiblesse des prix du pétrole sur les finances saoudiennes ont commencé à porter leurs fruits : selon le FMI, cette politique d’austérité va permettre un repli de 30% du prix du pétrole qui assure l’équilibre des comptes de l’Arabie saoudite, passant de 94,8 $/b à 66,7 $/bbl, la plus forte baisse des pays de la région MENA et de l’OPEP.

…susceptible de déstabiliser une société ultraconservatrice

Le prince Mohammad ben Salmane, vice prince héritier d’Arabie Saoudite, est l’instigateur de ce programme ambitieux. Il cumule des pouvoirs sans précédent depuis l’accession de son père au trône début 2015, agissant en tant que ministre de la Défense et décidant des questions économiques en tant que président du Conseil des affaires économiques et du développement. Son ascension fulgurante et sa grande influence ont été visibles lors des récentes négociations de Doha (pour un gel de la production de pétrole). Il s’est alors imposé comme principal porte-parole des principaux pays exportateurs de pétrole dans le monde, faisant de l’ombre au très expérimenté ministre saoudien du Pétrole Ali Al-Naimi.

Malgré l’intervention coûteuse et critiquée qu’il conduit au Yémen et ses efforts pour limiter l’influence de l’Iran dans la région, le prince Mohammad ben Salmane est très populaire auprès des jeunes saoudiens. La moitié de la population du royaume ayant moins de 25 ans et 70% moins de 30 ans, ce soutien pourrait constituer un atout majeur, décisif pour la réussite de la mise en œuvre du plan « Saudi Vision 2030 ».

Mais la tâche pourrait s’avérer ardue. Le large éventail de réformes sociales qui découlent implicitement des objectifs économiques de Vision 2030 pourrait provoquer certaine réactions dans une société très bureaucratisée, se caractérisant par une administration ultraconservatrice, voire même au sein de la famille royale puisqu’il remet en cause des privilèges de longue date. En effet, le plan prévoit une participation accrue des femmes au marché du travail et évoque la nécessité de « plus de divertissement » dans le royaume, deux propositions viendront très rapidement tester la stabilité du climat social de l’Arabie saoudite.

Lysu Paez Cortez , 2 mai

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